Robert Maggiori : L’épine dans l’hostie

Revue de Jean Louis Schefer, L’Hostie profanée. Histoire d’une fiction théologique,. P.O.L, 554 pp., 48 illustrations en couleurs, 48 euros, à Libération (27.12.2007) :

Processions. Dans la Galerie nationale des marches, au palais ducal d’Urbino, se trouve l’une des œuvres les plus célèbres de Paolo Uccello. «Il s’agit d’une peinture sur bois, à la détrempe, divisée en six panneaux, d’une longueur totale de 42 cm sur 361», commanditée par la Congrégation du Corpus Domini et exécutée en 1467 ou 1469. La prédelle met en scène le Miracle de l’hostie profanée : indépendamment de ses caractéristiques esthétiques et de sa place dans l’histoire de l’art, elle donne à voir, ou à lire - s’agissant d’une «narration visuelle» - la façon dont le juif est conçu dans l’imaginaire chrétien. C’est par l’examen du polyptyque d’Uccello que s’ouvre l’H ostie profanée. Histoire d’une fiction théologique de Jean Louis Schefer, écrivain, théoricien de l’art, historien et philosophe. Les six tableaux de la prédelle reproduisent une véritable histoire, une suite de scènes telles que celles représentées sur des chars lors de processions, qu’on comparerait aujourd’hui aux planches d’une bande dessinée.

Cette istoria est celle d’un usurier juif. Pour rendre à une femme le manteau qu’elle a mis en gage chez lui, celui-ci exige qu’elle lui apporte une hostie consacrée. Il veut la brûler, mais l’hostie se met à saigner et le «liquide rouge sinue sur les dalles et passe au dehors entre les pierres du mur» - alors que des hommes en armes tentent de forcer la porte. Une procession reconduit l’hostie vers un autel pour la reconsacrer. La femme est amenée sous un arbre pour être pendue, mais un ange lui tend la main. Le marchand juif et sa famille sont brûlés vifs.

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Robert Maggiori : Métaphysique du déjà-vu

Revue de Remo Bodei, La sensation de déjà-vu, traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro, Seuil, 200 pp., 19 euros, à Libération (20.12.2007) :

Elle ne crée qu’un petit trouble quand elle est légère et passagère - trouble qu’effacent les lazzis de ceux qui alentour vous traitent gentiment de fou. Mais si elle revient souvent, si elle perdure, cette étrange paramnésie qui donne la sensation d’avoir déjà vécu un événement ou une situation présente, d’avoir déjà connu une personne qu’on voit pour la première fois, entendu prononcer à l’identique la phrase qu’on vient de prononcer devant vous, séjourné dans cet hôtel où l’on vient d’arriver, cette paramnésie, donc, non seulement inquiète ou effraie, mais pousse l’esprit à la divagation. Je déraille… l’Alzheimer me guette… mon âme a déjà vécu une autre vie et s’est réincarnée… je suis capable de voyager dans le temps… un revenant habite en moi… je reçois par télépathie des souvenirs inconscients de mon voisin… je suis possédé par le diable… et mon médecin est en vacances.

Professeur de philosophie à l’Ecole normale supérieure de Pise et, aujourd’hui, à l’université de Californie (Ucla), auteur, entre autres, de la Géométrie des passions (PUF, 1997) ou de Logiques du délire : raison, affects, folie (Aubier, 2002), Remo Bodei analyse, dans la Sensation de déjà-vu, toutes les dimensions, poétiques, littéraires, philosophiques, psychologiques, psychanalytiques ou neurologiques de ce «déraisonnable souvenir du présent» dont tout le monde a fait expérience au moins une fois dans sa vie, et qui, en tant que «trompe-l’œil temporel», fait se superposer «l’alors et le maintenant, l’ici et l’ailleurs», dans un «court-circuit qui annule non seulement l’écoulement du temps, mais jusqu’à son annulation même».

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Ophélia Deroy : Qu'est-ce que lire de la métaphysique ?

Revue de Emmanuelle Garcia et Frédéric Nef (dirs.), Métaphysique contemporaine. Propriétés, mondes possibles et personnes (Vrin), nonfiction.fr (17.12.2007) :

Après Qu’est-ce que la Métaphysique ?   les lecteurs peuvent enfin aller explorer par eux-mêmes les nouveaux territoires de l’ontologie contemporaine, avec comme fil d’Ariane trois grandes questions : qu’est-ce qu’une propriété ? Comment concevoir la réalité du possible ? Qu’est-ce qu’être une personne ?

La collection des textes-clés de philosophie contemporaine s’est récemment enrichie d’un volume consacré à la métaphysique, qui vient ainsi compléter une série déjà entamée en philosophie de l’esprit, des sciences, de la connaissance et l’esthétique. L’esprit de la collection, héritier des textbooks universitaires anglais et américains, est de réunir dans un même ouvrage un ensemble de textes et d’articles publiés de façon éparse, le plus souvent dans des revues philosophiques. Ce volume, dirigé par Emmanuelle Garcia et Frédéric Nef, met ainsi à portée des lecteurs français, en traduction et dûment introduits, une douzaine d’articles ou de chapitres signés par des philosophes de plus en plus familiers : David Armstrong, Robert Chisholm, David Lewis, Derek Parfit, Alvin Plantinga… La plupart de ces articles sont postérieurs aux années 1960, et sont d’une importance philosophique bien établie. Ils sont ici organisés autour de quatre grands thèmes : les particuliers, les universaux, les mondes possibles, les personnes, et accompagnés d’un index qui fait apparaître des thèmes transversaux : contingence, événement, instanciation, structure, Tout.

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Céline Spector : Difficile(s) liberté(s)

Ruvue de Marcel Gauchet, L'avènement de la démocratie, (Gallimard, 2 tomes, 2007), à nonfiction.com (07.12.2007) :

Mort des idoles, crise des idéologies

Au moment où se décrète la fin des idéologies, où les anciennes idoles (la Science, le Progrès, le Peuple) semblent déchues, M. Gauchet propose donc une extraordinaire plongée dans l’histoire politique des deux derniers siècles – au point de livrer, à sa façon, une théorie de la démocratie et une nouvelle figure de la philosophie de l’histoire. Bien sûr, ce choix n’est pas sans risque. D’un point de vue historique d’abord : le privilège absolu accordé à l’Europe, et en son sein à la France, n’est jamais justifié, et l’on s’interrogera sur l’interprétation étrange ou lacunaire de certains événements historiques : la naissance de l’impérialisme évoquée comme un "suivisme" anglais et allemand au regard du projet français , ou encore l’analyse de la révolution de 1848 lue comme une révolution purement libérale, sans mention des événements de juin, et de l’importance du socialisme, qui fit pourtant trembler Tocqueville. D’un point de vue philosophique ensuite : l’idéalisme méthodologique conduit à faire surgir des acteurs de l’histoire dont on ne voit pas comment ils pourraient s’incarner, des idées prétendument vouées à devenir des forces.

Mais au-delà de cette perspective cavalière sur l’histoire qui conduit à des approximations, à des abstractions ou à des thèses invérifiables,  on retiendra surtout la volonté de placer l’analyse des crises au cœur de la réflexion politique : crise de croissance de la démocratie, crises du libéralisme. C’est par cette théorie des crises que l’auteur distingue implicitement son approche de celle de Pierre Rosanvallon, concurrente dans sa volonté d’expliquer les évolutions contemporaines de la démocratie. Les trois crises diagnostiquées par M. Gauchet marquent chacune à leur façon la fin d’une époque et le commencement d’une autre. Avec la première s’achève l’espoir d’une unification de la condition collective : les trois dimensions de l’autonomie (politique, historique, juridique) sont appelées à coexister dans le "régime mixte" de la modernité ; avec la seconde se perd l’illusion selon laquelle ces versions de l’autonomie pourraient se couler dans le moule de l’unité religieuse, alors qu’elles sont incompatibles. La troisième crise, enfin, conduit à faire le deuil d’un âge d’innocence où l’on pouvait tenir la démocratie pour l’expression spontanée et le couronnement naturel de la liberté des individus. La conclusion de Gauchet n’appelle aucune thérapie miracle ou aucune "rupture" de choc : au fond, la démocratie libérale se dérobe à la prise dès lors que la puissance collective demeure d’un autre ordre que l’indépendance individuelle. Peut-être faudrait-il oser parler alors, après l’extinction du totalitarisme, de la mort du libéralisme comme idéologie – mais nul ne se risquera à une conclusion aussi manifestement contraire à l’évidence historique.

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Florian Coulmas : Japanese intellectual crosscurrents

Review of Takeyama Michio, The Scars of War : Tokyo During World War II, edited and translated by Richard H. Minear, Rowman & Littlefield, at The Japan Times (02.12.2007) :

Rather, it is the tension between high regard and disdain that gives this essay its acumen. Takeyama is genuinely puzzled and tries to come to grips with the fact that a country that in the past had produced the most sublime statements of European humanism and enlightenment was sinking into barbarity.

In his analysis, which anticipates ideas German philosophers Max Horkheimer und Theodor W. Adorno put forth after the war in "The Dialectics of Enlightenment," Germany epitomized the problems of modern man. Alluding to a poem by Goethe, Takeyama writes that "like the sorcerer's apprentice, modern man seems unable now to control the spirit he himself called up and set to work; instead, controlled by it, he is being destroyed."

Similarly, nationalism, in his diagnosis, once played a positive role in Europe, but turned into "state absolutism" in Germany — and Japan, one might add. For developments in Germany were of interest to Takeyama in their own right and because of its role as a model and political ally of Japan.

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François Thomas : Comprendre plutôt que communiquer

Revue de Denis Thouard, Le partage des idées. Etudes sur la forme de la philosophie (CNRS), à nonfiction.com (21.11.2007) :

Le philosophe est en quête d’une vérité qu’il n’est jamais assuré de posséder tout à fait. Mais dès lors qu’il communique sa pensée, celle-ci risque toujours de se figer, dans des formules ou des dogmes. L’élan de la pensée retombe et celle-ci peut devenir prisonnière des mots qui la disent. C’est pourquoi la question de la forme et du langage de la philosophie est essentielle. Le choix d’une forme par un auteur, loin d’être un simple souci littéraire, "engage le sort de sa pensée comme pensée partagée."

La preuve en est la très grande variété des formes utilisées dans l’histoire de la philosophie. Les attitudes des philosophes se rangent selon deux grandes tendances, entre d’un côté la volonté optimiste de faire partager sa pensée, et de l’autre l’exigence d’un effort plus ou moins grand de la part du lecteur pour comprendre. D’une part une pensée qui se veut claire et compréhensible par tous, mais qui court le risque de la simplification et du catéchisme ; et de l’autre une pensée qui prend le parti de l’hermétisme et s’expose à la tentation de n’être plus que poésie voire mysticisme.

C’est cette problématique qu’aborde l’ouvrage de D. Thouard - directeur de recherche au CNRS, spécialiste de philosophie allemande et notamment de la tradition herméneutique - à partir d’études consacrées aux Lumières ainsi qu’au romantisme et à l’idéalisme allemand.

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Chomsky-Foucault : « Justice contre pouvoir » (1971)

Michel Foucault et Noam Chomsky il y a 36 ans, au Monde Diplomatique (aoû 2007) :

Foucault : C’est donc au nom d’une justice plus pure que vous critiquez le fonctionnement de la justice. (...) Mais si la justice est en jeu dans un combat, c’est en tant qu’instrument de pouvoir ; ce n’est pas dans l’espoir que, finalement, un jour, dans cette société ou une autre, les gens seront récompensés selon leurs mérites, ou punis selon leurs fautes. Plutôt que de penser à la lutte sociale en termes de justice, il faut mettre l’accent sur la justice en termes de lutte sociale. (...) Le prolétariat ne fait pas la guerre à la classe dirigeante parce qu’il considère que cette guerre est juste. Le prolétariat fait la guerre à la classe dirigeante parce que, pour la première fois dans l’histoire, il veut prendre le pouvoir. Et parce qu’il veut renverser le pouvoir de la classe dirigeante il considère que cette guerre est juste.

Chomsky : Je ne suis pas d’accord.

Foucault : On fait la guerre pour gagner, non parce qu’elle est juste.

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Unknown Deleuze

COLLAPSE Volume III : Unknown Deleuze is available, from Urbanomic (18.09.2007) :

The volume includes two newly-translated articles by Gilles Deleuze along with contributions from Arnaud Villani, Thomas Duzer, Quentin Meillassoux, John Sellars, Éric Alliez & Jean-Claude Bonne, Haswell & Hecker, Robin Mackay, Mehrdad Iravanian, J.-H. Rosny the Elder, Graham Harman, Iain Hamilton Grant and Ray Brassier.

For anyone wanting to go right to the core of Deleuzian philosophy and to experience the challenge of Deleuze's thought, the articles collected in Collapse III will provide a virtually inexhaustible treasury of insights. As the featured authors shed light on this challenge from different points of view, they produce unexpected points of convergence, providing important resources for a more complete conceptual 'portrait' of Deleuze, and suggesting further lines of thought to be investigated. For anyone looking for an alternative to the emerging orthodoxy seemingly bent on broadcasting an 'image of Deleuzian thought', Collapse III provides a wide-ranging but uniformly rigorous and innovative survey of Gilles Deleuze's thought, and an illustration of the fact that, even if it is already fashionable to evoke a 'post-Deleuzian' era, we have not yet begun to draw the properly philosophical consequences of this thought.

Via Continental Philosophy (15.11.2007).

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Fabrice Bourlez : La morale d’état civil conduit-elle le savoir au musée de la pensée?

Revue de François Dosse, Deleuze et Guattari, biographie croisée (La Découverte), à nonfiction.fr (14.11.2007) :

Avec le livre de Dosse, cette nouvelle génération de philosophes apprendra qu’il ne faut pas sous-estimer la présence du travail de Guattari dans les livres qu’il cosigne avec Deleuze. Dosse traverse en effet l’ensemble des ouvrages des deux auteurs pour montrer comment chacun a contribué à sa façon à l’élaboration d’un nouveau savoir. Toutefois, pareil constat relève de l’évidence pour tout lecteur un peu rigoureux, jeune ou vieux, des œuvres de Deleuze et de Guattari. De plus, est-il bien nécessaire de savoir que Deleuze redoutait les fous ou que Guattari était plutôt coureur de jupons pour mieux saisir l’importance de la schyzo-analyse ou du concept de n-sexes ? Ajoutées à la rapide traversée des ouvrages de chaque auteur, les données personnelles qu’on glane dans l’ouvrage de Dosse ne risquent-elles pas de conduire à justifier l’œuvre de Deleuze-Guattari d’un point de vue strictement psychologique en parfaite contradiction avec tous leurs efforts théoriques? Du coup, la porte ne s’ouvre-t-elle à une série d’explications abusives ? Un exemple parmi d’autre : l’absence de la notion d’angoisse ou de pulsion de mort chez Deleuze proviendrait de la trace qu’a laissé en lui le décès de son frère…

Dans ces conditions, on dira plutôt qu’avec le livre de Dosse, les jeunes philosophes d’aujourd’hui et ceux de demain parviendront peut-être à mieux saisir le climat parisien des années 60-70-80. Cependant, il faut bien admettre que le traitement thématique qu’a adopté Dosse dans sa rédaction (d’abord le rapport à la psychanalyse, puis à la politique, puis au social, puis à l’université, puis à l’art, puis à l’international, puis…) et l’alternance entre l’histoire de Guattari et celle de Deleuze impliquent un constant va-et-vient temporel qui aboutit moins à l’effet d’une pliure baroque qu’il ne brouille la perception et la distinction des faits caractérisant chaque décennie. En tout cas, le livre de Dosse a au moins le mérite d’essayer d’expliquer l’histoire de la relation privée entre les deux hommes comme un événement qui serait le fruit d’une époque et dont les résonances sont encore tout à fait actuelles. Mais, alors que l’un des principaux intérêts de l’œuvre deleuzo-guattarienne réside justement dans les devenir que ne cessent d’ouvrir leurs travaux aux générations à venir, on ne peut que regretter la rapidité (voire le "zapping" ?, : une quinzaine de pages, seulement) avec lequel Dosse traite l’actualité de Deleuze et Guattari.

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Nicolas Weill : Fredric Jameson ou l'horizon de l'utopie

Revue des trois traductions de Fredric Jameson, Le postmodernisme ou la logique du capitalisme tardif (Ed. Ensba), La totalité comme complot (Les Prairies ordinaires), et Archéologie du futur (Ed. Max Milo), au Monde (08.11.2007) :

Pour Jameson, au contraire, nous nous situons au coeur d'un capitalisme plus puissant que jamais. Un capitalisme du "troisième stade", dit-il à la suite du théoricien trotskiste Ernest Mandel, ou "tardif". Selon lui, ce stade se caractérise par une nouvelle division du travail mondial, "l'émergence des yuppies", de nouveaux types d'interrelations médiatiques, le triomphe de la "société du spectacle", etc. Cette configuration, qui se met en place au début des années 1970, demeure pour Jameson un "paysage" de cauchemar. Toute la culture postmoderne dans laquelle nous sommes embarqués exprime en effet une nouvelle vague de "domination américaine" qui a pour envers "le sang, la torture, la mort et la terreur".

La Totalité comme complot vient affiner l'analyse en mettant en évidence le décalage entre le règne de ce "capitalisme tardif" et la perception retardée que nous en avons. Alors que l'état du "mode de production" en est à la mise en réseau et à la saturation du monde humain par le marché, notre intuition de ce phénomène demeure confuse. Cela explique que ce règne soit de plus en plus perçu sur le mode de la conspiration mystérieuse : reflétant cette tendance, la production cinématographique de la décennie 1970 serait justement celle du passage de la modernité au postmodernisme. Jameson la suit à la trace dans les thrillers de cette période-là : Les Trois Jours du Condor, de Sidney Pollack (1975), Les Hommes du président (sur le scandale du Watergate), d'Alan Pakula (1976), ou encore Vidéodrome, de David Cronenberg (1983).

Enfin, avec L'Archéologie du futur, paru en 2005, Jameson s'interroge sur l'avenir de l'"élan utopique" dans une époque marquée par l'abolition de toute distance entre culture et marché, mais aussi de toute distance critique propre à forger un autre monde possible - ce dont l'anti-intellectualisme contemporain est selon lui la traduction. Cette fois, c'est l'évolution de la science-fiction qui lui sert de terrain. Jameson se demande pourquoi ce genre ancien porteur d'utopie, florissant dans les années 1960, a été peu à peu remplacé soit par un imaginaire dominé par la magie et la nostalgie médiévale (qui culmine avec le succès de Harry Potter), soit par le Cyberpunk.

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Tetsuya Takahashi : Philosophy as Activism in Neo-Liberal, Neo-Nationalist Japan

Lee Hyo Duk's interview with Tetsuya Takahashi (translated by Norma Field), at Japan Focus (n.d., 03.11.2007 ?). On the  "limitations of Japanese intellectuals" :

Lee  Maruyama Masao and Otsuka Hisao are the names that come up when we think of studies of Japanese statism. What do you think of them?

Takahashi I don't think we can avoid criticism of Maruyama's nationalism or rather, his "national subjectivism." [24] As for his overall views on the defeat, we find a discourse on war responsibility, but no discourse on responsibility for colonial domination. It's not just Maruyama. We need to thoroughly examine the historical consciousness of postwar "progressive intellectuals." Those who belong to the "Maruyama School" have reacted too defensively to such criticism.

These matters should be discussed as limitations on the part of Maruyama. That said, Maruyama's discourse on democracy should be acknowledged as holding universal potential. Take Nambara Shigeru, for instance, a very big presence among postwar intellectuals. [25] Nambara called for the abdication of the emperor, but he always stayed within the framework of the emperor system. Compared with Nambara, Maruyama, despite the limitations of his time, offers many more aspects that are fresh even today. This is commonsensical, but we need to distinguish between the things we should inherit and those we should criticize. Isn't that what Mr. Nakano Toshio is saying? [26]

Lee He says that people have attacked him for putting Maruyama down unfairly, but he says that in fact he is valorizing him as well.

Takahashi If there were nothing to valorize, there would be no use in pointing out his limitations.

As for criticism of colonialism, this is a deep-seated problem for Japanese intellectuals. As one who grew up in the former metropole, I myself may have unconsciously inherited the same limitations to a degree. For this, there is nothing to do but be humble before the criticism of others. This is a truly deep-seated issue, comparable to the Palestinian problem for European and American Jewish intellectuals.

The writings of Ms. Kim Chong-mi have pierced me to the quick. Such works as An introduction to the history of popular Korean and Chinese anti-Japanese struggle in Northeastern China, or Studies of the history of the Levelers' Movement, and A world history of home [27] are not only important for their content, but for their sharp criticism of Japanese intellectuals. You can say this about this society as a whole, but intellectuals, beginning with historians, have not tried to learn much about colonialism, and they've ended up producing a gigantic black box. Indeed, more than a few have lent their energies to legitimizing or writing apologias for colonialism.

There are such observations as the following in Ms. Kim Chong-mi's writings: If Japan were to pay compensation and reparations to the people in the regions where Japanese imperialism established colonies, it would likely become one of the most impoverished countries in the world. If the US were to pay compensation and reparations to the Vietnamese people for the damage US imperialism had inflicted, then it would likely become one of the poorest countries in the world.

Though we have to acknowledge that acts were committed that can't be compensated for materially or monetarily, what she says is right, and it is totally false to suggest that after defeat, Japan was reborn from ground zero. There was an earlier, fundamental accumulation, an accumulation built upon the injuries inflicted on the peoples of Asia subjected to invasion and domination. True, there was some loss as a consequence of total war, but that's where Japan's "postwar" began, and thanks to the "special procurements" generated by the Korean War and the Vietnam War, the economy took off. We can't let ourselves forget this.

      

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François Dosse, Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée

Revue par Daniel Conrod de François Dosse, Gilles Deleuze, Félix Guattari, biographie croisée, à Télérama (03.11.2007) :

Ce livre, on l'attendait. Deleuze, Guattari, Guattari, Deleuze, les deux noms évoquent, presque à notre insu, des chemins de la pensée contemporaine organiquement entremêlés, tantôt flamboyants tantôt arides, des chemins sans lesquels nous ne serions pas tout à fait ce que nous sommes, même si nous ne les avons pas compris, même si nous n'avons pas lu L'Anti-OEdipe (1972), Mille Plateaux (1980) ou Qu'est-ce que la philo­sophie ? (1991). Chemins aussi sans lesquels nous ne serions pas vivants de la même manière, ni sans doute aussi bricoleurs de nos existences que nous le sommes devenus.

De la rencontre, en 1969, de ces deux hommes, tellement dissemblables, le premier philosophe déjà reconnu, le second psychanalyste, de leur décision de travailler et d'écrire ensemble, est né quelque chose qui n'existait pas avant eux, une manière de risquer la pensée à deux, le front haut, les mains ouvertes, dans le chaos du monde. Alors forcément, le livre qui raconte, à travers cette rencontre, l'une des amitiés intellectuelles les plus complexes, les plus productives, les plus humaines qui aient jamais été, ce livre, on l'aime presque par principe, en dépit de ses défauts.

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Elizabeth Roudinesco : l'humanisme et la folie

Revue de François Dosse; Gilles Deleuze et Félix Guattari. Une biographie croisée, La Découverte, 642 p. 29,50 €, au Monde (25.10.2007) :

A contre-courant des sottises déversées aujourd'hui sur les événements de Mai-1968, et plus encore sur une prétendue pensée unique qui en serait l'expression, François Dosse a choisi le modèle biographique pour retracer la vie de Gilles Deleuze (1925-1995) et de Félix Guattari (1930-1992), deux acteurs emblématiques d'une époque qui sut mettre à l'honneur l'idée que les hommes des Lumières devaient se donner pour mission, dans le monde moderne, de prendre leurs désirs pour des réalités sans pour autant s'abandonner à la déraison.

Car telle fut la caractéristique de cette pléiade de penseurs talentueux, en conflit permanent les uns avec les autres : Jacques Lacan, Michel Foucault, Jean-François Lyotard, Jacques Derrida, etc. Ils rejetèrent les dérives staliniennes du communisme mais surent se réapproprier l'héritage révolutionnaire pour mieux critiquer ce qui, dans les sociétés démocratiques, leur semblait inacceptable : infériorisation des femmes, des homosexuels et des immigrés, traitement inhumain des fous, des prisonniers, des marginaux, puritanisme sexuel, néocolonialisme, biologisation de l'existence.

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Robert Maggiori : L’ire se fait rare

Revue de Peter Sloterdijk, Colère et Temps, traduit de l’allemand par Olivier Mannoni, Maren Sell, 380 pp., 22 euros., à Libération (18.10.2007) :

La colère héroïque n’est pas «la sainte colère dont parlent les sources bibliques» : elle n’est ni «l’indignation du prophète face à l’abomination antidivinité» ni la «colère de Moïse qui brise les tables de la loi pendant que le peuple s’amuse avec le veau», et «a peu de points communs avec celle de Yahvé, du dieu précoce, encore relativement peu sublime, celui des orages et du désert, qui avance comme un “Dieu haletant” devant le peuple de l’exode et détruit ses persécuteurs par les tempêtes et les inondations». Si on chante la colère d’Achille – «avec laquelle tout a commencé dans le vieil Occident» –, c’est qu’elle est par elle-même de «nature supérieure», qu’il faut donc la «rendre mémorable», la rapprocher de ce qui «impressionne» et de ce à quoi on doit «vouer durablement une haute estime». Achille est «empli de colère, de la même manière que le pôle Nord est gelé, l’Olympe entouré de nuages et le mont Ventoux balayé par les vents». Aussi, à la chanter, célèbre-t-on «une énergie qui libère les hommes de la torpeur végétative» ou l’élève-t-on «au rang de substance dont est fabriqué le monde».

Qu’est devenue, ensuite, cette «grande colère», quand et pourquoi a-t-elle été expulsée de la culture au profit de vertus plus sages, de modération et de maîtrise de soi, quand, pourquoi, à quelles fins a-t-elle été périodiquement revitalisée et récupérée jusqu’à faire converger ses flux brûlants en une «banque de vengeance métaphysique», une accumulation primitive de forces révolutionnaires ou une «banque mondiale de vengeance» politique ?

Tel est le point de départ de la réflexion que Peter Sloterdijk livre dans Colère et Temps,Zorn und Zeit fait écho au Sein und Zeit de Heidegger – la structure temporelle du Dasein étant ici remplacée par une sorte de «structure thymotique»,où le Dasein, être-pour-la-mort, n’a pas, lorsqu’il se met en fureur, la «forme d’une avancée vers sa propre mort», et peut être interprété comme parcourant le trajet qui va «de la vexation à la vengeance». Si l’on sait la «présence» du philosophe de Karlsruhe dans les débats contemporains, on devine que son étude de l’ire ne se borne pas à Homère : dans Colère et Temps, il est aussi bien question de l’Albanie que de l’islam, des thérapies de l’âme et de la psychanalyse, de la Révolution française, de la religion, du militantisme, du communisme, du capitalisme, de l’écologie, de la mondialisation – bref de «la situation psychopolitique actuelle du monde».

dont le titre original,

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Robert Maggiori : Jeux de vilains

Revue de  Nicolas Grimaldi, Préjugés et paradoxes, PUF, 348 pp., 24 €, à Libération (11.10.2007) :

l est certes possible de philosopher à coups de marteau et avec une «héroïque fureur». Mais aux cris on peut préférer les chuchotements, la pratique d'une philosophie murmurée, développée sur le ton doux et tranquille de la conversation qui, s'appuyant sur «une observation un peu attentive des plus communes expériences» , vise, sinon à comprendre le monde, du moins à éclairer un tant soit peu les arcanes de la conscience, à démêler les fils de l'existence et tenter de voir de quelle façon ils se nouent pour pouvoir la rendre heureuse ou malheureuse, torturée ou torturante, libre ou aliénée, pleine d'espoir ou obérée par le poids de l'échec.

Professeur émérite à la Sorbonne, où il a occupé la chaire d'Histoire de la philosophie moderne puis (1987) de Métaphysique, Nicolas Grimaldi, à l'instar de Maurice Savin son maître - lui-même discipline d'Alain - ou de Vladimir Jankélévitch, auquel on le compare souvent, opte assurément pour la philosophie silencieuse, pour l'esquisse plutôt que pour le système dans lesquels on veut faire entrer tout le réel, et, à la manière d'un peintre qui parvient «à surprendre la vérité sur le vif» , arrive, par petites touches, à «rendre» la joie, la solitude ou l'amour, à figurer le jeu, la passion, la trahison, l'attente, la jalousie, l'indifférence, le désenchantement... Dans Préjugés et paradoxes , il ne s'éloigne guère de ces thèmes - entre lesquels, en fin de compte, se débat la vie de chacun. Il insiste cependant davantage sur ce qui ne cesse de raviver sa perplexité - le jeu, l'imaginaire, les jeux de l'imaginaire - et sur ce qui demeure le plus trouble, à savoir la question du mal.

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Entretien avec François Dosse

Par Eric Aeschimann à Libération (20.09.2007) :

Le fil sous-jacent de votre récit, c'est Mai 68. Contrairement à la thèse de Ferry et Renault, la «pensée 68» ne se trouve ni chez Lacan, ni chez Foucault, ni chez Althusser, mais chez eux ?

Il y a eu une erreur d'interprétation sur 68. Quel courant de pensée dominait à l'époque? Le structuralisme. Par facilité, on a assimilé les deux. Il est vrai que, dans un premier temps, 68 a assuré le succès et la diffusion dans l'université des grandes figures du structuralisme des années 60 : Lévi-Strauss, Lacan, l'école des Annales, la sémiologie de Roland Barthes. Mais 68 fut tout autre chose: un événement qui a ébranlé les structures institutionnelles. Deleuze et Guattari expriment et incarnent la pensée 68 parce que l'un et l'autre cherchent à penser la notion d'«événement». Chacun y est venu par son propre chemin. Guattari porte l'expérience du militantisme de l'immédiat après-guerre, du trotskisme, de la lutte contre la guerre d'Algérie, des nouvelles pratiques psychiatriques des années 50, en particulier la psychothérapie institutionnelle, qui consiste à faire mieux fonctionner l'institution en évitant toute forme de bureaucratisation et donc en instillant en son sein une sorte de révolution permanente, un réformisme radical. Ce bouillonnement, qui établit un lien entre le politique et le désir, a été un puissant facteur de préparation à 68.

Et Deleuze ? Etait-il lui aussi programmé pour être le penseur de l'«événement»?

Sa grande référence littéraire était le poète Joe Bousquet, blessé en 1918 et qui a passé sa vie dans une chambre en théorisant l'idée que l'événement attend chacun de nous et que l'important est d'en être digne. Dès ses premiers travaux, sur Spinoza, Bergson ou Nietzsche - dont il a activement contribué à montrer qu'il n'était pas le réactionnaire que certains disaient - Deleuze s'est distingué par une philosophie de la vie, une philosophie essentiellement vitaliste. Pour Deleuze, le désir est d'emblée la puissance d'être, le «conatus» de Spinoza, le sujet comme volonté. Sa philosophie cherche à se donner de l'air, à se saisir du corps. Or, justement, après deux décennies à écrire sur les grands philosophes, lorsqu'il rencontre Guattari en 1969, Deleuze sort d'une grave opération au cours de laquelle on lui a enlevé un poumon. Son corps lui fait faux bond, il a besoin d'air au sens propre et l'on peut dire qu'il en trouvera avec Guattari.

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Nicolas Weill : Vincent Descombes

Du Monde (20.09.2007) :

Un grand livre suffit parfois à révéler l'amplitude d'une oeuvre qui, jusque-là, cheminait plutôt discrètement. Tel fut le cas, en 2004, du Complément de sujet (Gallimard) du philosophe Vincent Descombes. En plus de cinq cents pages, ardues mais décisives, l'ouvrage réglait son compte à la thématique de la "mort" puis du "retour" du sujet, redéfinissant trente ans de controverses entre poststructuralistes (Deleuze, Foucault) et néokantiens (Alain Renaut). Colloques et ouvrages collectifs signalèrent l'importance d'un auteur considéré, à l'heure actuelle, comme l'un des philosophes français les plus marquants.

Vincent Descombes, c'est d'abord un style de philosophie qui déconcerte, tant il est méticuleux et tant il s'ingénie à décortiquer la qualité du raisonnement, avant de se pencher sur des thèses ou des propositions. Certes, l'oeuvre n'évite pas les "grands problèmes". Mais elle préfère les contourner par l'analyse des arguments et des définitions (par exemple, savoir ce dont on parle quand il est question de "sujet"). Cela tient à ce que la philosophie, chez Vincent Descombes, a une place essentielle, mais toujours "seconde". Que peut-elle, selon lui ? Avant tout dénouer les "noeuds mal placés qui se dressent devant notre tentative de comprendre où on en est et ce qu'on fait", dit-il à la suite de Wittgenstein. Elle a pour tâche de "débloquer" le mouvement des idées. "Je pense que la métaphysique ne peut pas décider de tout", insiste cet homme modeste, né en 1943, qui navigue entre l'université Johns-Hopkins (Baltimore), celle de Chicago et le Japon. La "grammaire philosophique" correcte et le juste langage priment sur l'être, dans ses travaux.

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François Dosse, Gilles Deleuze et Félix Guattari : Biographie croisée

Revue par Alain Rubens sur François Dosse, Gilles Deleuze et Félix Guattari : Biographie croisée (La Découverte, septembre 2007), à Lire (septembre 2007) :

Mai 1968: ses effets de souffle et ses bouleversements, ses luttes et ses déroutes, sa pléiade d'intellectuels et ses épigones sur le retour, sa force et son comique utopique. Sur cette pensée qu'on veut liquider, voici le livre magistral - qu'il faut lire - de François Dosse, excellent spécialiste de notre histoire culturelle. Il y eut Lacan et Althusser, Foucault et Barthes et ces deux illustres protagonistes: Félix Guattari (1930-1992) et Gilles Deleuze (1925-1995). Le père de Félix est chocolatier, le père de Gilles est ingénieur. Leurs trajectoires vont se croiser pour produire une étourdissante philosophie à quatre mains, un duo inhabituel comme Marx et Engels, un cas assez unique dans l'histoire de la pensée, activité qui se conjugue, généralement, au singulier.

La grande affaire de Guattari, c'est, sans conteste, la psychanalyse et la psychiatrie. Tête pensante à la gauche de la gauche, il entre à la clinique de La Borde, haut lieu d'expérimentation psychiatrique en pleine Sologne. Tout y est cul par-dessus tête, dans - veut-on le croire - le meilleur des mondes. Un principe excellent: en finir avec l'asile. On pratique la polyvalence des tâches: il n'est pas rare qu'un médecin fasse la vaisselle ou s'occupe du linge. Mais des militants, des «kamikazes érotiques» viennent casser les couples formés. Trop bourgeois en regard de l'échange sexuel généreux!

Gilles Deleuze est né philosophe. Il est tombé dans la marmite. Jeune tuberculeux et amputé d'un rein, il ne respire, vraiment, qu'à cette altitude et dans cet air-là, celui de la tradition philosophique. L'écrivain Michel Tournier, son ami de toujours, qui a raté l'agrégation de peu, est un des premiers à détecter l'inclassable génie de Deleuze. Au début, en ces années 1940, c'est, incontestablement, L'être et le néant de Sartre qui ouvre le majestueux boulevard de la pensée aux deux futurs agitateurs de concepts. Deleuze revisite, avec une audace pionnière, l'histoire de la philosophie. Ses livres sur Hume, Kant, Nietzsche, Bergson ou Spinoza réactivent des textes longtemps assoupis par un enseignement traditionnel et soporifique.

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John Rawls : Lectures on the History of Political Philosophy

Glen Pettigrove reviews John Rawls, Lectures on the History of Political Philosophy (Belknap), at Metapsychology (28.08.2007) :

From 1962 to 1991, John Rawls served as a professor of philosophy at Harvard University. One of the courses he taught repeatedly over this 30 year period was Philosophy 171 -- Modern Political Philosophy. Lectures on the History of Political Philosophy invites the reader into Rawls's classroom to explore with him themes from the history of political thought. The invitation comes complete with lecture notes, syllabus, and even the handouts Rawls distributed to students in the course. It is an invitation well worth accepting.

Two kinds of reader, in particular, will welcome this book. The first is the reader with an interest in seventeenth, eighteenth, and nineteenth century political philosophy. Rawls focuses on Hobbes, Locke, Hume, Rousseau, Butler, Mill, Sidgwick, and Marx. Rawls's lectures would be an excellent companion text for a course that examined these figures. However, one need not be enrolled in formal academic study to find the book rewarding. As with most lectures, the person who has been reading the primary texts under discussion will get more out of Rawls's lectures than will the one who merely reads Lectures on the History of Political Philosophy.  Nevertheless, one need not have read Hobbes, et. al. to find Rawls's lectures interesting and instructive.

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Robert Maggiori : Place de la discrimination

Revue sur  Alain Renaut, Egalité et discriminations (Seuil, 218 pp., 19 €), à Libération (30.08.2007) :

Dans un premier temps, donc, il a fallu effacer les différences pour promouvoir l'égalité des droits, puis restituer à l'égal sa différence. Tirer ces deux propositions vers leur extrême (ne considérer que le Même, ne considérer que le Different) aboutit à des catastrophes : d'un côté, à des sociétés totalitaires où se réalise l' «homogénéisation du social» , de l'autre à une société «ghettoïsée» dans laquelle l'individu ne se définit plus que par son appartance à une communauté, et qui ne peut plus avoir comme horizon l'universalité des droits de l'homme. Comment, à la fois, respecter la valeur des différences et ne pas renoncer à l'égalité ? On peut citer deux tentatives d'évitement de ces écarts. La première est théorique. Elle renvoie à la véritable «révolution» qu'a suscitée en philosophie politique la pensée de John Rawls, qui, dans un souci de plus grande justice, dissocie le couple égalité/justice, renonce à identifier justice et suppression de toutes les inégalités, ne tenant pour juste qu'une politique qui maximise les minima sociaux, ou, à l'envers, pour injuste que celle qui instaure des inégalités ne bénéficiant pas le plus à ceux qui sont le moins favorisés.

La seconde est pratique. Aux Etats-Unis, à la fin des années 1960, est apparue l' affirmative action , la procédure juridique des politiques préférentielles, laquelle, pour «compenser les injustices dont ils ont été collectivement l'objet» pendant des générations, traite différemment ceux qui, en raison de leur différence (ethnie, sexe, préférence sexuelle, handicap, etc.), ont été exclus de l'égalité des chances. Cette politique s'est réalisée sous forme de politique des quotas, assurant la présence dans l'emploi public, l'université, etc., de minorités jadis discriminées. Mais privilégier des groupes en tant que tels , par discrimination positive, est-ce compatible avec «la reconnaissance de l'individu comme sujet de droit et avec notre compréhension de la justice comme consistant à attribuer à chacun ce qui lui revient, non seulement en fonction de ses besoins, mais aussi en fonction de ses talents et de ses mérites» ?

Tels sont en résumé les thèmes qu'analyse Alain Renaut dans Egalité et discriminations , essai de «philosophie politique appliquée» . Alain Renaut n'est pas un penseur auquel la gauche se réfère spontanément. Peut-être parce que l'ouvrage qu'il écrivit jadis avec son ami Luc Ferry, la Pensée 68 , s'il s'est révélé théoriquement vain, ne réduisant pas d'un pouce l'intérêt mondial pour les penseurs qu'il maltraitait (Foucault, Bourdieu, Lacan, Derrida, Deleuze...), n'a pas peu participé à la constitution de cette «vulgate» nationale qui, exprimée par les hommes politiques de droite, attribue à mai 1968 tous les maux de la terre. Mais ici Renaut touche ce qui fait vraiment réellement problème, à savoir le rapport complexe entre égalité, justice et discrimination. Son but est d'introduire dans le débat français (elle y figure déjà un peu) la question de la politique préférentielle, c'est-à-dire d'une discrimination positive qui ne passerait pas par les quotas. Il en montre les bienfaits dans la dernière partie du livre, où il dessine les grandes lignes d'une réforme de l'université (difficile à évaluer si on n'est ni étudiant ni professeur), dont il espère qu'elle ne subira pas le même échec que celle qu'il voulait proposer des programmes de philosophie des lycées.

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Michael Hardt, Gilles Deleuze : An Apprenticeship in Philosophy

BENOLSATUEM. You can download a PDF version.

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John Protevi on Peter Hallward, Out of This World

Reviews Peter Hallward, Out of This World : Deleuze and the Philosophy of Creation (Verso, 2006), at Philosophical Reviews (03.08.2007) :

I have insisted enough, I think, on the fact that we live in an intensive rather than (or at least in addition to) an "actual" world, so I will conclude only by saying that Hallward has missed the "toolbox" element of Deleuze's work. (I'm referring here to the well-known conversation between Foucault and Deleuze, "Intellectuals and Power," available in English in D. F. Bouchard, ed., Language, Counter-Memory, Practice [Cornell, 1977]; see 208 for the "toolbox" remark.) In his conclusion, Hallward verges on the polemical, warning us against the futility of reading Deleuze politically. But his reading is theoretical, all-too-theoretical. To examine Deleuzean politics is not so much to read the singular logic of being that allegedly subtends the many analyses of the structures of territorial assemblages, the detailed theory of capitalism and the state, the many pragmatic cautions about experimentation with social interaction found throughout A Thousand Plateaus, but to see how these can be and have been used to find points of transformation and intervention in a system. When Deleuze and Guattari write, "we know nothing about a body until we know what it can do, in other words, what its affects are, how they can or cannot enter into composition with other affects, with the affects of another body" (A Thousand Plateaus 314F / 257E), we have to consider their philosophical writings in this respect. In other words, we have to see how they've been put to use (and there is certainly no "progressive" guarantee here, as Hallward himself notes [163]). So in this regard at least, it's to the positive attempts at "applying" Deleuze and Deleuze & Guattari that we must turn in order to evaluate the potentials for compositional affects offered by these thinkers, rather than to the critical work of Hallward, as noteworthy and thought-provoking as that might be in many other aspects.

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Brian Schroeder on Santiago Zapala (ed.), Weakening Philosophy

Reviews Santiago Zabala (ed.), Weakening Philosophy : Essays in Honour of Gianni Vattimo (McGill-Queen's Univ., 2007), at Philosophical Review (02.08.2007) :

While the name and thought of Gianni Vattimo is familiar to European philosophers, theologians, cultural and political theorists, and even the general public (he regularly writes commentaries for La Stampa, a major Italian newspaper in Turin, and was a member of the European Parliament), in North America he is comparatively little known outside the domain of continental philosophy. Yet he is the author of some thirty-two books and coauthor of another five, of which fourteen have been translated and published in English, and is regarded by many as one of today's most original and influential thinkers (if not the most, as another leading Italian philosopher, Pier Aldo Rovatti, attests). Vattimo is recognized principally for his philosophical approach known as il pensiero debole, or "weak thought," which for him has a positive connotation in its realization and affirmation of the present condition of existence, characterized by the increasing erosion of the traditional metaphysical and rational foundations of modernism. While this is indeed an expression of nihilism, he argues throughout the corpus of his work that nihilism need not be construed solely or at least primarily as reactive and destructive. Vattimo announces rather an "optimistic" nihilistic phase of intellectual and cultural realization that will lead to an actual ethical, social and political transformation. In the present postmodern scenario of rapidly changing values, belief systems, geopolitical boundaries and epistemological foundations, the project of one such as Gianni Vattimo is sorely needed. The publication of Weakening Philosophy: Essays in Honour of Gianni Vattimo is thus a cause for celebration. This collection of very fine essays not only further establishes Vattimo's rightful place in contemporary European philosophy, it also takes up his call to advance the crucial active and affirmative engagement with thinking and society.

In relation with Heidegger and Vattimo.

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Collected Works of Friedrich Nietzsche

Dave McKay's web site.

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Kyko Fujiu : Less ivory tower, more real world in recent philosophical writing

A report on some changes in Japanese philosophical scenes at Asahi.com (21.07.2007).

I have a question : Is Japanese language appropriate for philosophy? (aptitude)

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Alain Badiou : "L''intellectuel de gauche va disparaître, tant mieux"

Le Monde a un entretien avec Alain Badiou :

Comment interprétez-vous les changements politiques et électoraux récents ?

Comme la véritable fin de la forme française de l'après-guerre : un système droite-gauche qui avait en partage un bilan très particulier de la guerre, du pétainisme et de la Résistance. Le système gaullo-communiste. Chirac était le Brejnev du gaullisme, c'est-à-dire celui qui conserve un système délabré, et dont l'idée prudente est qu'il vaut mieux ne rien faire. L'élection de Nicolas Sarkozy et le fait que des gens présumés de gauche entrent dans son gouvernement sonnent le glas de cet après-guerre. En attendant, quelle est cette nouvelle droite qui, n'étant plus gaulliste, est capable de siphonner les voix de l'extrême droite ? Disons les évidences : capitalisme décomplexé et réhabilitation à la fois factice et agressive du signifiant national.

Hormis les antiques maximes de la réaction "C'est très bien d'être riche" et "Que les pauvres travaillent plus et nous obéissent", le contenu positif du sarkozysme est incertain. Son contenu négatif est bien connu : persécution des étrangers, surtout s'ils sont ouvriers et/ou pauvres ; ministère spécial pour "s'occuper" des affaires de ces gens-là ; mise au pas répressive de la jeunesse populaire. La vraie campagne de M. Sarkozy n'a pas été l'élection présidentielle mais son action en tant que ministre de l'intérieur. Sa loi sur les étrangers, aussi scélérate que peu connue du public, et les rodomontades policières ont fait entrer de façon ouverte le lepénisme dans l'Etat et enterré l'"exception française". D'où la déconfiture totale de la gauche et de l'extrême gauche, cramponnées au consensus d'après-guerre.

Quelles conséquences ces changements politiques peuvent-ils avoir sur la vie intellectuelle ?

Le ralliement à M. Sarkozy symbolise la possibilité pour des intellectuels et des philosophes d'être désormais des réactionnaires classiques "sans hésitation ni murmure", comme dit le règlement militaire. Sont compris dans ce ralliement la fréquentation corrompue des riches et des puissants, la xénophobie antipopulaire et l'adoration de la politique américaine. Autrefois, quand un intellectuel était de droite, il avait des complexes. Même Raymond Aron en avait ! La séquence de l'après-guerre avait constitué le personnage bien typé de l'intellectuel de gauche. Nous allons assister - ce à quoi j'aspire - à la mort de l'intellectuel de gauche, qui va sombrer en même temps que la gauche tout entière, avant de renaître de ses cendres comme le phénix ! Cette renaissance ne peut se faire que selon le partage : ou radicalisme politique de type nouveau, ou ralliement réactionnaire. Pas de milieu.

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Sportive Thoughts : Deleuze Carnival

La Gaya Blogga.

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Robert Maggiori : Ballet de signes

Sur  Simon Hecquet et Sabine Prokhoris, Fabriques de la danse, PUF, 220 pp., 16 €, à Libération (12.07.2007) :

Les tentatives de représenter graphiquement la chorégraphie ­ ce qui peut sembler un pléonasme, puisque la chorégraphie, art de régler les figures des ballets, est, étymologiquement, écriture (graphia) de la danse ( koreia ) ­ ne sont pas récentes : celle de Thoinot Arbeau, Orchésographie , date de 1589, celle de Raoul Auger Feuillet, Chorégraphie ou l'art de décrire la danse de 1699, celle de Vladimir Stepanov, Sténochorégraphie , de 1852. Mais c'est le hongrois Rudolf Laban qui, à partir de1928, élabore le système le plus complet, la cinétographie (connue aujourd'hui dans le monde sous l'appellation Labanotation ), une méthode d'écriture universelle, qui, en utilisant des symboles géométriques aptes à formaliser gestes, pas, sauts, vrilles, etc. et en mettant en évidence le rapport avec la musique, permet de rendre reproductible le mouvement dansé (voire la gestuelle humaine en général) et donc de conserver partitions de ballets et mises en scène (qu'elles concernent des danses classiques, la modern dance, des danses folkloriques), voire de favoriser l'analyse du mouvement dans d'autres domaines, comme le théâtre, la communication non-verbale, les thérapies psychophysiques ou l'ergonomie.

Hecquet et Prokhoris étudient de près ce système, et les «agencements descriptifs» auxquels il donne lieu, en s'appuyant par exemple sur la réalisation (et la réinterpré- tation) par Nijinski d'une partition de L'après-midi d'un faune , mais aussi sur Borgès et Michel Foucault, Wittgenstein ou Freud : leur but est de montrer que l'interprétation d'une oeuvre est aussi un mouvement , une «transmission continuée» , assurée tant par celui qui danse que par ceux qui le voient danser. «Je suis en mots, je suis fait de mots, les mots des autres...» , écrivait Beckett. Cela est vrai de toute présence. La présence d'un corps aussi, «ce n'est que l'autre» . Le «corpsdansant» ferait-il exception et ne serait-il que «le corps propre» du danseur ? Celui-ci, disait Stravinsky, est «un orateur qui parle un langage muet» . Mais, même muette, la parole ­ ou le corps ­ n'est jamais tout à fait à soi. Son sens, dont nulle interprétation ne rend jamais raison, est un va-et-vient entre dire et écouter, danser et voir danser, un entrelacs, un pas de danse à deux, à dix, à cent.

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Interview with Daniel Dennett

"There are competing themes here: 'ME, I'm the Artist, the Creator, the God-like Author of this work of art' vs. 'I'm just the messenger, the slave to Art (or God, or the Muses, or . . .)' As Mozart once famously 'said' of his musical ideas: 'Whence and how do they come? I do not know and I have nothing to do with it.' (He probably never said it, but it's a great line.) But then Picasso says Je ne cherche pas; je trouve as if he could leap like an angel from artistic peak to artistic peak. To which I reply: merde. All art is an inseparable mix of trial and error, some stupid and some clever, copying ideas from others, putting oneself in a position to see connections that others would see just as readily if you hadn't got there first. Nobody is completely original or should want to be; we all build our little contributions on the efforts of others." — Daniel Dennett at Monsters and Critics (01.07.2007).

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Deleuze on DailyMotion

Argentine blogger Fernando Reberendo has links with Deleuze's two videos : Here and here.

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Rancière : Le partage du sensible

"J’appelle partage du sensible ce système d’évidences sensibles qui donne à voir en même temps l’existence d’un commun et les découpages qui y définissent les places et les parts respectives. Un partage du sensible fixe donc en même temps un commun partagé et des parts exclusives. Cette répartition des parts et des places se fonde sur un partage des espaces, des temps et des formes d’activité qui détermine la manière même dont un commun se prête à participation et dont les uns et les autres ont part à ce partage. Le citoyen, dit Aristote, est celui qui a part au fait de gouverner et d’être gouverné. Mais une autre forme de partage a déjà précédé cet avoir part. Les artisans, a dit Platon, n’ont pas le temps de se consacrer à autre chose que leur travail. Ils ne peuvent pas être ailleurs parce que le travail n’attend pas. Le partage du sensible fait voir qui peut avoir part au commun en fonction de ce qu’il fait et du lieu où il est. Avoir telle occupation en tel type de lieu définit des compétences ou des incompétences au commun. Cela définit le fait d’être ou non visible dans un espace commun, doué d’une parole commune, etc. Il y a donc, à la base de la politique une « esthétique », à entendre en un sens kantien, éventuellement revisité par Foucault : un découpage des temps et des espaces, du visible et de l’invisible, de la parole et du bruit qui définit à la fois le lieu et l’enjeu de la politique comme forme d’expérience. La politique porte sur ce qu’on voit et ce qu’on peut en dire, sur qui a la compétence pour voir et la qualité pour dire, sur les propriétés des espaces et les possibles du temps." — De l'entretien avec Jacques Rancière à Multitudes (25.06.2007).

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Zizek : The Parallax View

By Adam Hutchinson at Metapsychology (26.06.2007). Reviews Slavoj Zizek, The Parallax View (MIT, 2006) :

The Parallax View then is an attempt to show that such an "explanatory gap" is not exclusive to problems of mind, but is simply a constitutive element of reality itself -- that our experiences are filled with "blindspots" between some elements. However, Zizek's goal is not to show how such gaps can be resolved -- of how we can bring a neurological map together with a qualitative experience without conflict -- but to explain how such gaps must themselves become a part of any attempt to theorize experience. This includes, of course, our experience as persons in love, as readers of books, and even as political subjects. The parallax gap, Zizek insists, touches on every level of our being. If the idea of such a gap sounds somewhat obscure but nevertheless vaguely intriguing then I have done my job of explaining it in a way that befits Zizek.

Even though there are many obvious shortcomings to Zizek's approach in The Parallax View it is still a thoroughly worthwhile read.  While we may not get the kind of satisfying closure that we might have hoped, Zizek still makes a valuable contribution to contemporary philosophy -- even if his most fascinating insights remain only slightly connected to one another. I recommend this book not only for those that might be interested in Zizek as a philosopher and exponent of psychoanalytic theory, but also for those who are simply interested in Zizek as a kind of pop culture phenomenon. A reader can simply dive into The Parallax View at any point and find something interesting or at least outrageous. If you find yourself unable to understand a Hegelian or Lacanian theory just keep reading, Zizek will either provide you with a wealth of examples or simply change the subject. Zizek is among our most valuable contemporary theorists and The Parallax View, despite its shortcomings, is a much-welcomed intervention into the philosophical scene.

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Eribon: "La dérive droitière du PS a même atteint la gauche radicale"

Rue89 a un entretien avec Didier Eribon :

Quel bilan dressez-vous des arguments utilisés, à gauche,   pendant la campagne électorale présidentielle?

Ce qui m’a le plus frappé, tout au long de cette séquence électorale, c’est la manière dont la dérive droitière du Parti socialiste a produit des effets dans l’ensemble de la gauche et jusqu’à la gauche radicale.

En effet, pendant que la calamiteuse candidate socialiste, dont les conditions de désignation avaient déjà traduit l’état de délabrement politique et intellectuel de son parti, menait campagne sur des voies douteuses, pour ne pas dire dangereuses, au gré de ses pulsions conservatrices (une sorte de conservatisme compassionnel, du sarkozysme avec des larmes), on a vu une partie de la gauche radicale (notamment chez les intellectuels) la soutenir sans conditions et sans distance critique, et souvent même dès le premier tour, au nom des nécessités du vote utile.

Ce qui a permis ensuite au PS de faire comme s’il avait réellement réuni 26% des suffrages au premier tour et que les autres courants de la gauche avaient effectivement quasiment disparu. Par conséquent, là où il y avait un espace possible pour réfléchir à ce que peut être la gauche aujourd’hui (ou à la manière dont les différentes gauches peuvent se rejoindre le temps d’une élection); on a renoncé à penser et à élaborer des réponses de gauche aux questions, anciennes ou nouvelles, qui appelaient une réflexion d’ensemble, et on s’est laissé aspirer par une sorte de logique électorale qui enjoignait de taire les critiques et les divergences pour ne pas nuire à la candidate. Avec le merveilleux résultat que l’on sait! A l’évidence, ce n’était pas ainsi que pouvait se créer une dynamique de gauche.

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Zizek : Métaphysique du sarkozysme

Le Nouvel Observateur a un entretien court avec Slavoj Zizek sur son livre Le Sujet qui fâche (Flammarion) :

N. O. - Les seuls penseurs français que vous preniez en compte dans ce livre, Alain Badiou, Jacques Rancière ou encore Etienne Balibar, sont justement ceux qui se voient fréquemment suspectés en France de passer outre les leçons de l'antitotalitarisme ...

S. Zizek. - Ce sont pourtant les seuls qui soient pris au sérieux aujourd'hui au niveau mondial. [ Rires. ] Mais cette méfiance est assez explicable : l'idéologie dominante aujourd'hui, c'est le matérialisme démocratique. Tout le monde prend Fukuyama pour un crétin d'Amérique, mais tout le monde au fond pense comme lui que la formule politique indépassable a été trouvée et que plus rien ne se passera « vraiment ». Il est donc logique que des penseurs qui offrent enfin les moyens théoriques de commencer à rebâtir un universalisme engagé ne soient pas nécessairement acclamés.

N. O. - Il serait donc désormais possible de sortir de ce cercle postidéologique , des décennies durant, la pensée est restée prise ?

S. Zizek. - Les deux fronts ennemis sont clairement identifiés en tout cas. D'un côté, un matérialisme extrêmement vulgaire qui tend à naturaliser le capitalisme. Un courant en passe d'envahir toute la pensée anglo-saxonne. De l'autre, le postmodernisme à la Derrida, c'est-à-dire la destitution de toute référence possible à quelque vérité transcendante que ce soit. Contre ces deux versants opposés d'un même néant idéologique, il s'agit de retrouver confiance en l'émancipation par l'universel. A la suite de Deleuze, je dirais ainsi que notre tâche la plus urgente est de redécouvrir l' « innocence de l'universel ».

Et aussi voir "Deleuze's Platonism : Ideas as Real" et "Deleuze and the Lacanian Real".

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Le cas du Précis de décomposition de Cioran

Un essai long et méticuleux par Nicolas Cavaillès à Rectoverso (no. 1) :

Écriture palinodique, pensée tournée contre soi, contradictions insolubles, le Précis de décomposition est, de l’aveu de l’auteur, un « règlement de comptes » avec la vie, marqué par une vigoureuse volonté de tout décomposer, de détruire toutes les illusions du monde, jusqu’à celles qui permettent la vie, l’histoire, et l’art – toutes trois renvoyant inexorablement le penseur à lui-même et à ses contradictions internes. Quel qu’en soit le sujet, il semble au lecteur que tout texte de Cioran parle avant tout de Cioran lui-même, que partout c’est sa voix qu’il faut entendre ; cela est faux : à distance de son texte, Cioran met en scène une sorte de pugilat métaphysique entre différentes idées de l’existence. C’est comme un drame polyphonique, comme la confession d’un penseur tiraillé et d’un écrivain distant, qu’il faut lire le Précis de décomposition, où l’opposition, thématique et stylistique, entre un lyrisme personnel et une froide décomposition impersonnelle, est centrale. Le problème de la multiplicité des voix, du dialogisme et de l’identité de la figure auctoriale, est au cœur du Précis de décomposition, comme il est inéluctable dans l’analyse exogénétique.

Les éléments exogénétiques « flaubertiens » sont rares, dans la genèse du Précis : pas de documentation préalable, ni de note de lecture préparatoire (pas plus que de plan, d’ailleurs, Cioran étant un exemple type d’écriture à processus). Quel corpus sera donc le nôtre, au sein des quelques sept cents cinquante feuillets du dossier génétique ? Nous aborderons tour à tour les citations en présence, soit l’intertexte, puis les différents textes composés par Cioran à d’autres fins (articles, autres livres), parfois dans une autre langue, et qui se retrouvent dans le Précis, ce que nous appellerons le contretexte, et enfin les quelques traductions (du français au roumain) qui ont lancé la rédaction du Précis, ce que nous proposons d’appeler l’antitexte. Face à ce corpus hétéroclite, nous questionnerons donc les limites de l’exogenèse, et le processus de dépersonnalisation qu’elle semble impliquer, pour ouvrir vers une théorie de l’exogenèse négative.

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Habermas on Rorty's Death

From Sign and Sight (12.06.2007) :

I received the news in an email almost exactly a year ago. As so often in recent years, Rorty voiced his resignation at the "war president" Bush, whose policies deeply aggrieved him, the patriot who had always sought to "achieve" his country. After three or four paragraphs of sarcastic analysis came the unexpected sentence: " Alas, I have come down with the same disease that killed Derrida." As if to attenuate the reader's shock, he added in jest that his daughter felt this kind of cancer must come from "reading too much Heidegger."

Heidegger and cancer...?

And The Atlantic Online re-publishes Rorty's interview (dated April 23, 1998). Download PDF (82.0K). Some links are not available. The Atlantic editors are unkind...

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Deleuze : De Sacher-Masoch au masochisme

Par Gilles Deleuze à Multitudes (05.06.2007) :

Le masochisme ne peut pas se séparer du contrat, mais en même temps qu’il le projette sur la femme dominante, il le pousse à l’extrême, en démonte les rouages et, peut-être, le tourne en dérision.

Merci, Monsieur Alliez.

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Alliez : Deleuze avec Masoch

Par Eric Alliez à Multitudes (05.06.2007). Préambule :

Ce Masoch sorti du Texte en faveur d’une Expérimentation-Vie - c’est un programme politique nous assène Deleuze, parce qu’« il n’y a pas d’autre danger que le retour du père ».

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Autrui et l’image de la pensée chez Gilles Deleuze

Par Stéphane Lléres à Multitudes (05.06.2007). Préambule :

Alors que la tradition philosophique considère toute tentative de penser au-delà de la morale et selon un modèle autre que celui de la connaissance comme vouée aux contradictions du solipsisme, nous trouvons chez Gilles Deleuze l’idée selon laquelle l’ouverture à autrui, loin de nous placer immédiatement sur le terrain à la fois moral et spéculatif, est au contraire parfaitement immorale, et permet par là de dégager la pensée de son image traditionnelle sans tomber dans les écueils évoqués.

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Maggiori : Une bouffée de Diogène

Par Robert Maggiori à Libération (17.05.2007).

Han Ryner, Le Père Diogène, préfacé d'Alain Pengam, Editions Premières Pierres, 286 pp., 19 €.

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Maggiori : Que Bergson ne bouge

Par Robert Maggiori à Libération (10.05.2007).

François Azouvi, La Gloire de Bergson. Essai sur le magistère philosophique, Gallimard, 392 pp., 22,50 €.

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Entretien avec Julia Kristeva

"Pour Hannah Arendt, «l'opinion» est la seule riposte à la violence" par Annette Levy-Willard à Libération (28.04.2007).

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Entretien avec Michel Serres

Propos recueillis par Xavier Lacavalerie à Télérama (28.04.2007) :

En intégrant les nouvelles données scientifiques, aviez-vous l’ambition de renouveler le champ des études philosophiques ?

Comme tout bon philosophe, j’ai effectué mon travail de commentateur des grands textes. Mais j’ai aussi été le témoin de révolutions scientifiques : celle de l’informatique, qui allait modifier notre manière de faire circuler l’information ; celle de la physique moderne, avec la mécanique quantique régissant l’intimité de la matière ou la théorie de la relativité bouleversant notre vision de l’univers ; celle, enfin, de la biochimie, dont j’ai pu suivre le développement grâce à mon ami Jacques Monod, prix Nobel en 1965, et toutes les conséquences liées à la découverte de la structure du vivant. Difficile, pour un esprit curieux, de rester indifférent face à des nouveautés théoriques bouleversant notre conception du monde et notre connaissance de l’être humain ! Aussi ai-je tenté de faire la synthèse de tous ces savoirs.

Est-ce la seule manière de faire de la philosophie aujourd’hui ?

Non, c’est une question de choix. On peut rester fin commentateur ou pur historien des idées : le champ de la réflexion philosophique est suffisamment vaste. Evidemment, à mes yeux, le champ scientifique reste privilégié. C’est en utilisant tous les outils fournis par les mathématiques et la théorie de la communication que j’ai pu, par exemple, rédiger la série des cinq volumes intitulée Hermès  – le dieu grec des messages, des carrefours, de la communication et… des brigands – en ayant la certitude que nous allions entrer dans l’ère de la communication généralisée. L’intuition était bonne et je suis satisfait d’avoir pu remplir mon rôle d’anticipateur. Car c’est la seule vertu que j’assigne à la philosophie : pouvoir prédire les savoirs et les pratiques à venir, avoir le regard plutôt tourné vers le futur que vers le passé. Quand, en plein XVIIe siècle, un René Descartes proclame en substance que l’être doit devenir possesseur de la Nature, il annonce trois siècles d’efforts philosophiques et scientifiques pour expliquer le monde et découvrir les lois qui le gouvernent. Penser, anticiper : c’est la raison pour laquelle non seulement j’écris des livres, mais je n’hésite pas à intervenir dans les médias, comme par exemple sur France Info dans les Petites chroniques du dimanche soir, avec Michel Polacco. Là, il s’agit de réfléchir avec un journaliste sur ce qu’il y a de nouveau dans les… nouvelles. Longtemps j’ai été frappé par le caractère répétitif des informations : catastrophes naturelles, renversement de régimes politiques, conflits armés, meurtres, etc. Rien de neuf, en apparence, depuis la guerre de Troie ! Pourtant les changements arrivent toujours, à leur pas lent de colombe comme disait le vieux père Nietzsche. Mais personne ne les voit venir !

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L’image-pensée

Par Nathalie Bittinger à Fabula Acta (11.04.2007). Sur « À quoi pense le cinéma ? », Rue Descartes, n° 53, PUF, sept. 2006 :

Pour les premiers théoriciens, le cinéma est une révolution pour la pensée. Par sa forme et son « langage » propres, par ses caractéristiques techniques telle l’image mouvante automatique, le cinéma avoisine le champ de la philosophie  et offre des voies nouvelles pour penser le monde, le temps, le sujet et l’objet, en engageant le spectateur dans des processus de réflexion. Pour leur part, les philosophes discréditent, à l’origine, le « royaume des ombres  ». L’enjeu est bien celui de la spécificité du cinéma dans l’articulation de ses formes et des processus qu’il induit au regard des opérations de sens et de pensée.

La conjonction possible de l’« image de la pensée induite par l’image cinématographique » et des « images de la pensée propre à la philosophie  » est, depuis, l’objet d’interrogations de nombreux philosophes, après Merleau-Ponty et Deleuze, tels Jacques Rancière, Stanley Cavell, Jean-Luc Nancy… s’interrogeant entre autres sur la portée métaphysique, ontologique, esthétique ou axiologique que peut revêtir le cinéma.

C’est à une réflexion sur cette conjonction que nous invite Rue Descartes dans un recueil d’articles intitulés « À quoi pense le cinéma ? ». Situé dans l’intertexte de l’ouvrage de Pierre Macherey À quoi pense la littérature ?  et de Merleau-Ponty, pour qui « un film ne se pense pas, il se perçoit  », ce numéro interroge les rapports que peuvent entretenir la philosophie et le cinéma, qui pense et se pense. Comment glisse-t-on d’un questionnement qui concerne les objets de pensée privilégiés du cinéma à l’affirmation que le cinéma est opérateur de pensée, qu’il réfléchit ces objets en les mettant en question, avec, aux deux bouts de la chaîne, le réalisateur, le spectateur et les images du monde ? Deleuze demandait « comment l’on peut ne pas traiter par exemple, Resnais comme un penseur, Godard comme un penseur, Visconti comme un penseur  ». Rue Descartes sonde la transitivité de cette pensée à partir des canaux spécifiques, des lieux spécifiques, des dispositifs spécifiques du cinéma. Par quels processus et quels rapports entre l’énoncé et l’énonciation devient-il opérateur de pensée ? Par quels vecteurs impose-t-il un acte cognitif, une réflexion active ? Le cinéma « réfléchit » des images du monde, au sens optique du terme, avec une torsion, une translation, un ordonnancement, une « textualisation » qui permettent la réflexion. Les mises en scène du visible, sous-tendues par des codes, mettent en question le regard et la pensée du spectateur. Comme le rappelle Marc Cérisuelo, « le cinéma n’est pas l’art des images », il s’agit toujours de « voir et comprendre », « saisir une signification »  ou, comme le dit Frédéric Neyrat, de « perce-voir » (p. 110), de percer le voir.

 

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Jacques Derrida: A Biography

Nancy J. Holland's bookreview on Jason Powell, Jacques Derrida: A Biography, Continuum Press, 2006 at Philosophical Reviews (06.04.2007). The first paragraph :

Jason Powell presents his biography of French philosopher Jacques Derrida (1930-2004) as "a comprehensive continuous narrative of Derrida's life, an appraisal of his works and a summary of his philosophy" (p. ix). While understandably preliminary as an account of Derrida's life, the book is much more successful on the other two points, providing a strong overview of the work and placing it in a framework that illuminates the development of Derrida's thought over the forty years of his career.

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William James : penser l'essence bigarée du monde

Par David Zerbib au Monde (05.04.2007).

PHILOSOPHIE DE L'EXPÉRIENCE. Un univers pluraliste de William James. Préface de David Lapoujade, traduit de l'anglais par Stéphan Galétic. Les Empêcheurs de penser en rond, 300 p., 23 €.

WILLIAM JAMES : EMPIRISME ET PRAGMATISME de David Lapoujade. Les Empêcheurs de penser en rond, 250 p., 22 €.

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Romano : Death of a Clown

Carlin Romano's essay on Jean Baudrillard at The Australian (04.04.2007).

Was he an intellectual fraud? I don't know because I read only one book (Le Système des objets) thirty years ago. Then I simply didn't think that he could be compared with his predecessors (Barthes, Deleuze, Foucault). R.I.P., anyway.