Ariel Suhamy : Mallarmé sociologue de la République des lettres

Revue de Pascal Durand, Mallarmé, du sens des formes au sens des formalités, Seuil, collection Liber, 2008, 300 p., 22€, à la Vie des Idées (16.07.2008) :

Rien de plus réfractaire, à première vue, à l’analyse sociologique, que la figure unique de Stéphane Mallarmé : qu’est-ce que la sociologie pourrait nous apprendre de l’hermétique poète du Coup de dés et du sonnet en X, sans le soumettre arbitrairement à des catégories étrangères à son œuvre, réduire celle-ci à la biographie déguisée d’un petit professeur aigri, voire déclassé, comme cela se fit naguère ? Ce poète ne disait-il pas, en réponse à une enquête : « Pour moi, le cas d’un poète, en cette société qui ne lui permet pas de vivre, c’est le cas d’un homme qui s’isole pour sculpter son propre tombeau. »

Cependant, un poète qui répond à des enquêtes de la grande presse – et Mallarmé est coutumier du fait – est-il à ce point coupé du monde ? La figure du Tombeau, si convenue à cette époque, est-elle vraiment l’indice d’une asocialité radicale, ou, plutôt, le signe de ralliement d’un milieu social en quête des conditions de sa survie économique ? Ce milieu, c’est celui des lettrés et des poètes, qui s’épanouit à la fin du XIXe siècle. Nul poète ne fut moins solitaire que Mallarmé. La force de l’étude proposée par Pascal Durand, professeur à l’Université de Liège, spécialiste et de Mallarmé, et de la sociologie des institutions culturelles, tient premièrement à sa méthode, qui renouvelle les travaux d’un Bourdieu ou d’une Nathalie Heinich : il s’agit, dit-il, de concevoir et de mettre en pratique une sociologie de la littérature non pas sur, mais avec les écrivains. Non de réduire l’œuvre à l’infrastructure socio-économique de son élaboration, mais d’en tirer les instruments sociologiques pour la décrypter. Et cette œuvre réputée indéchiffrable en devient, ou quasi, transparente. Car Mallarmé met tous ces instruments à disposition. S’il éprouva le besoin d’accompagner le recueil de ses Poésies, publié juste après sa mort en 1899, d’une Bibliographie détaillant les circonstances de composition et de publication de chacun de ses poèmes, c’est, dit P. Durand, pour « placer l’ensemble de ses Poésies sous le signe d’un espace social d’inscription et de circulation des textes », afin que faire comprendre que « la forme la plus travaillée s’y trouve mise au service des formalités sociales de la littérature ». Inaugurations, colloques et banquets, remerciements et tombeaux, toute une économie du don et du contre-don est soigneusement consignée dans le recueil final, au terme d’une carrière exemplaire transfigurant l’obscur épigone provincial des parnassiens en maître régnant, depuis son petit appartement de la rue de Rome, sur toute une génération d’artistes et de poètes, et au delà.

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Yang Yi wins Akutagawa Prize

According to The Japan Times and Mainichi, Yang Yi is the first Chinese novelist who won the Akutagawa Prize. A great lady.

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Laurent Margantin : Kafka, transparence et opacité

Revue de Pilippe Zard (dir.), Sillage de Kafka, Éditions Le Manuscrit, 
coll. « L'Esprit des Lettres », 2007, à Fabula Acta (05.07.2008) :

Le présent ouvrage rassemble les actes du colloque « Sillage de Kafka » organisé à l’Université de Paris-X-Nanterre de mars 2004.

Dans sa préface, Philippe Zard écrit que Kafka est devenu un « lieu commun », ne serait-ce que par l’usage de l’adjectif « kafkaïen » à propos de telle ou telle complication administrative, ou bien même de l’horreur nazie, comme si celle-ci avait été proprement annoncée par des œuvres de Kafka, plusieurs d’entre elles « rappelant » évidemment l’univers concentrationnaire. D’où l’idée d’une confrontation entre l’œuvre de Kafka et le monde qui lui ressemblerait, et l’hypothèse que la littérature moderne ne cesserait de revenir à cette confrontation. Ce « sillage », ce serait la trace ou les traces que l’œuvre de Kafka ne cesserait d’imprimer dans la littérature postérieure, et qu’il s’agit de reconnaître.

Il n’est pas ici simplement question de l’« influence » de l’auteur pragois, mais d’une présence quasi obsédante et de la figure qu’il représente, et de certains motifs de son œuvre, emblématiques de ce que fut et est l’histoire moderne, surtout après Kafka.

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Juliette Feyel : La nostalgie du corps mystique

Revue de Noëlle Cuny, D.H. Lawrence, Le corps en devenir, Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2008, à Fabula Acta (08.07.2008) :

En rappelant que le corps est un objet d’étude qui intéresse de plus en plus systématiquement l’ensemble des recherches en sciences humaines, Noëlle Cuny entame Le corps en devenir en se demandant : « pourquoi si peu de monographies se sont-elles donné pour thème le corps humain chez Lawrence ? » Elle ajoute ensuite : « La réponse à cette question est peut-être d’ordre pragmatique. Rendre compte d’une thématique si vaste n’est pas chose aisée. » (p. 25) Et, en effet, le projet que propose Noëlle Cuny est ambitieux car il est bien question du corps dans chaque roman, dans chaque nouvelle, dans chaque essai, dans chaque poème et dans chaque pièce de théâtre de Lawrence. A travers l’étude de quatre des œuvres les plus importantes de D.H. Lawrence (L’arc-en-ciel, Femmes amoureuses, Kangourou et Le Serpent à plumes), Noëlle Cuny propose un cheminement herméneutique tracé à partir d’un projet qu’elle annonce ainsi : « nous nous emploierons à montrer combien le perpétuel changement à l’œuvre dans le corps humain préoccupait Lawrence, qui le plaça dès ses débuts au cœur de la tragédie de la matérialité humaine. Un déséquilibre momentané comporte un risque de chute ; une variation dans la santé d’un individu peut être le signe d’une dégradation générale, corporelle et morale, dont il y a lieu de s’inquiéter […] chaque malaise peut signifier un malaise dans la civilisation. Le corps concret, et surtout sa face cachée, est donc le terrain privilégié de l’entreprise de connaissance menée par Lawrence, qui endosse alors la robe de l’augure pour en déchiffrer les entrailles. » (Ibid.) Le corps lawrencien est un corps menacé qui se trouve au cœur des problèmes fondamentaux auxquels l’auteur a réfléchi toute sa vie, entre questionnement philosophique sur ce que peut réellement l’homme et prophétisme inquiet quant au devenir historique des sociétés.

Noëlle Cuny annonce qu’elle ne parlera guère des thèmes de la sexualité et de la guerre des sexes. Pour présenter le corps lawrencien, elle préfère s’attarder davantage sur les figures du système digestif que sur celles du système reproductif. Elle pourra ainsi rendre compte d’un aspect moins attendu, la manière dont ce corps se débarrasse de ses déchets pour se régénérer. Si on a souvent mis en relief l’aspect euphorique de l’œuvre de Lawrence en parlant de la sexualité bienheureuse dépeinte dans L’Amant de Lady Chatterley, parler de ses aspects plus sombres permet à Noëlle Cuny de mettre en valeur une angoisse vis-à-vis de tout ce qui alourdit le corps – individuel ou collectif – et l’empêche de se renouveler.

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Olivier Belin : Char. Le temps d’une vie

Revue de Danièle Leclair. René Char. Là où brûle la poésie, Paris : Aden, coll. « Le cercle des poètes disparus », 2007, 638 p., à Fabula Acta (03.07.2008) :

Si le René Char de D. Leclair constitue une entreprise remarquable, c’est non seulement en raison des éclairages qu’il apporte, mais aussi parce qu’il est porté par un projet ambitieux : tenter une biographie intellectuelle de Char en ramenant sa vie à l’horizon de sa poésie. C’est d’ailleurs ce qui fait toute la différence entre cette seconde biographie et la précédente, dans la mesure où le livre de L. Greilsamer n’abordait le texte charien que par la bande, sans le commenter véritablement et en cédant parfois à la pente de l’anecdote ou de la légende (en témoignaient exemplairement les scènes ou les dialogues reconstitués qui ponctuaient l’ouvrage). Adoptant un point de vue radicalement différent, le livre de D. Leclair opère au contraire un constant aller-retour entre la poésie et la vie, comme le suggère l’auteur dans son avant-propos :

« Cet ouvrage prend donc comme point de départ une lecture approfondie de l’œuvre de Char pour remonter vers ses sources, les lieux, les êtres et les lectures qui ont nourri sa poésie. […] Mais ce sera pour revenir vers le poème, avec une nouvelle familiarité. Ce trajet en compagnie du poète et de ses amis, sur les sentiers qu’il a lui-même tant de fois parcourus, se donne en effet pour objectif de favoriser l’accès à l’œuvre d’un être qui a soumis sa vie tout entière aux exigences de la poésie. » (p. 10)

Loin donc de se laisser déborder par un trop-plein biographique et d’occulter les poèmes à travers une « arrière-histoire » que Char lui-même ne concevait d’ailleurs pas sur le modèle d’une anecdote ou d’un sésame, D. Leclair lie harmonieusement le récit d’une vie et le commentaire d’une œuvre, non seulement en s’appuyant sur des sources inédites (témoignages, ou encore correspondances avec des proches comme Tina Jolas, des artistes comme Maria Elena Vieira da Silva, des écrivains comme Jacques Dupin et des éditeurs comme Pierre-André Benoît) mais aussi en enrichissant son propos par de nombreuses références aux études et aux travaux de la critique. Cette volonté de tenir ensemble un cheminement existentiel, un parcours scriptural et un trajet intellectuel conduit D. Leclair à ménager au fil de la chronologie des moments plus spécialement consacrés à la composition d’un recueil, à une lecture fondatrice ou à un échange important. C’est pourquoi chaque chapitre, tout en se consacrant à une période déterminée, se compose de sous-ensembles construits autour d’un interlocuteur privilégié du poète (sur le plan intime et/ou artistique) ou d’un événement marquant (historique comme la Seconde guerre mondiale, individuel comme les problèmes de santé qui ont jalonné la vie de Char) : grâce à cette méthode, le livre de D. Leclair progresse par une série de synthèses souvent précieuses, qui font le point sur les principales étapes de la vie, de l’œuvre et de la formation de Char.

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Oliver Belin : Char. Le temps du retour

Revue de Patrick Née. René Char. Une poétique du Retour, Paris : Hermann Éditeurs, 2007, 319 p., à Fabula Acta (03.07.2008) :

Issu d’une thèse soutenue en 1986, le livre de Patrick Née interroge résolument l’enjeu philosophique de la poésie de Char. Comme le souligne l’introduction, il s’agit non seulement de faire retour sur le poète après une relative éclipse de l’attention critique durant les années 1990, mais surtout de montrer que l’œuvre ne cesse de poser le problème du retour, c’est-à-dire de l’origine : d’où son dialogue permanent avec la philosophie, qui implique de relire Char en prenant « au sérieux la dimension pensante de son inspiration poétique », ou de « reconnaître le jeu d’une permanente dialectique entre le dire du poète – qui n’a rien lui-même d’un philosophe académique – et ce qui l’a marqué » au cours de ses lectures ou de ses rencontres (p. 7).

Ce dialogue avec la philosophie se concentre selon P. Née autour de trois figures : Nietzsche, Héraclite et Heidegger, qui forment une trilogie continûment invoquée dans ses interrelations avec l’œuvre de Char, les deux premiers jouant un rôle important dans la constitution de sa poétique, le troisième venant plutôt confirmer certaines de ses intuitions. Nietzsche, en effet, incarne d’abord l’union entre pensée et poésie ; précocement et profondément fréquenté par Char, il est à la fois le penseur de l’Éternel Retour et le relais vers les présocratiques. Héraclite vient donc naturellement à sa suite — Héraclite que Char n’a cessé de revendiquer, se l’appropriant pour en faire un modèle d’affrontement des contraires dans une lutte amoureuse là où Breton voyait en l’Éphésien un précurseur de la synthèse hégélienne des contraires. Si ces deux références forment un patronage peu discuté et peu discutable, le rapport de Char à Heidegger suscite au contraire le débat, soit par volonté de détacher le poète d’une référence encombrante (P. Née range dans cette catégorie les critiques de Paul Veyne  ou d’Henri Meschonnic), soit, de manière plus nuancée, par refus de réduire abusivement l’originalité charienne (P. Née de citer ici un article de Patrick Quillier ). Sans doute, P. Née se garde d’entrer dans une polémique pro ou contra Heidegger ; il n’empêche que la lecture de son livre révèle un critique désireux de réévaluer la place du philosophe allemand, sinon à la source, du moins dans le voisinage de Char. Comme il l’écrit en effet dans son introduction, P. Née n’entend pas inférer « une quelconque relation causale d’influence », mais bien plutôt « expliquer un phénomène de rencontre » ou d’« aimantation réciproque » (p. 17) entre le poète et le penseur, d’autant plus remarquable que Char lui-même n’a cessé de marquer sa reconnaissance à Heidegger.

C’est cet arrière-plan philosophique qui guide la démarche du livre, construit en deux parties elles-mêmes subdivisées en chapitres : la première se place sur un plan général afin de dégager de l’œuvre de Char une « Théorie du Retour », qui commande un rapport particulier à la langue, au style, au site ou au temps ; la seconde, intitulée « Le retour à l’œuvre », se concentre sur le premier versant de la poésie charienne (celui des textes surréalistes et post-surréalistes des années 1930) pour mettre cette théorie à l’épreuve et montrer la mise en place d’un imaginaire qui, convoquant la métaphore structurante de l’aval et de l’amont, établit un mode particulier de spatialisation du temps dans l’écriture.

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Stephen Burt : Kick over the Scenery

Review of Philip K. Dick's two collections (Library of America), at LRB (03.07.2008 Issue) :

When an art form or genre once dismissed as kids’ stuff starts to get taken seriously by gatekeepers – by journals, for example, such as the one you are reading now – respect doesn’t come smoothly, or all at once. Often one artist gets lifted above the rest, his principal works exalted for qualities that other works of the same kind seem not to possess. Later on, the quondam genius looks, if no less talented, less solitary: first among equals, or maybe just first past the post. That is what happened to rock music in the late 1960s, when sophisticated critics decided, as Richard Poirier put it, to start ‘learning from the Beatles’. It is what happened to comics, too, in the early 1990s, when the Pulitzer Prize committee invented an award for Art Spiegelman’s Maus. And it has happened to science fiction, where the anointed author is Philip K. Dick.

When he died in 1982, Dick was a cult figure, admired unreservedly in the science fiction subculture, and in the American counterculture as a chronicler of psychedelia and fringe religion. By then he had published more than thirty novels, most of them as fleeting mass-market paperbacks, and well over a hundred short stories, most of them in SF magazines. By dying in March, Dick missed the May premiere of Ridley Scott’s Blade Runner, the first movie made from his work. Twenty-six years on, eight more films have come out of Dick’s fiction, among them the Arnold Schwarzenegger vehicle Total Recall (1990) and Steven Spielberg’s Minority Report (2002). Vintage – the American imprint responsible for Nabokov and Naipaul – issues most of Dick’s fiction in uniform editions, including works left in manuscript at his death; other publishers have collected his essays, his letters, his interviews and his complete short stories in five volumes (there is also a selection by Jonathan Lethem in one volume). And in a final sign of respectability, the Library of America – whose enterprise began with Melville and Hawthorne – now offers Dick in two volumes, with more promised soon: the first volume, released in 2007, sold faster by far than anything else on the Library’s list.

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Interview with Yves Bonnefoy

De BibliObs (26.06.2008) :

N. O. - Vous êtes issu d'un milieu modeste, une famille d'instituteurs, notamment. Pouvez-vous, en quelques mots, nous parler de votre père, qui semble associé, écrivez-vous dans l'introduction au «Traité du pianiste», au souvenir de Jules Verne?

Y. Bonnefoy. - Ma mère était institutrice, fille d'un maître d'école de village, il y avait donc de son côté une certaine habitude de la chose écrite. Mais mon père était un ouvrier, ce qui lui donna, je le crains, le sentiment qu'il n'appartenait pas au même monde et fit qu'il se tint un peu en retrait de la vie familiale, et non sans tristesse. Je le voyais rentrer du travail, silencieux, il me semblait qu'il imaginait que même l'enfant que j'étais ne pourrait parler avec lui. Et c'est pour cela comme en effet je l'ai écrit récemment qu'ont tant compté pour moi «les Enfants du capitaine Grant», le magnifique roman de Jules Verne. Dans ce livre, un père manque. Il a été abandonné sur un rivage désert, aux antipodes, et ses enfants, son fils surtout, veulent le retrouver, mais c'est difficile car les messages qu'il a envoyés ont été brouillés par l'eau de la mer et sont partiellement illisibles. J'ai fait mienne cette situation, j'ai voulu retrouver ce père laissé à son silence, et comme bientôt le mien serait mort, je crois qu'une des raisons que j'ai eues d'écrire, et d'écrire comme je fais, ce fut mon désir de lui donner la parole, de faire qu'il parlerait à travers moi.

N. O. - Vous avez grandi dans un «milieu de peu de livres», livres qui vous ont cependant tôt fait apercevoir, comme vous l'écrivez si joliment, au bord des mots, une «irisation». Pouvez-vous être plus précis? Quels livres vous ont marqué, enfant?

Y. Bonnefoy. - Je ne me plains pas de ne pas avoir grandi dans une maison de beaucoup de livres. C'est vrai qu'il y en avait assez peu chez mes parents, en tout cas qui fussent dignes de ce nom, mais chacun d'eux avait de ce fait même la capacité de déployer librement son être de livre, au sein duquel se découvrait un second niveau dans la parole. Qu'un livre soit seul ou presque à solliciter un enfant, dans l'enfance, et ses mots s'élargiront, s'approfondiront, ils se feront les moyens de rêver à un réel autre que le nôtre ordinaire. C'est une expérience métaphysique que ne permettent pas comme telle, ils ont d'autres soucis, les grands livres de la littérature. J'ai peu lu dans l'enfance, pas une ligne de ses classiques, Alexandre Dumas, par exemple, qui est toujours inconnu de moi; et j'étais content de peu lire, d'en rester avec quelques livres brefs et modestes, que le hasard avait apportés. Peut-être puis-je penser, avec à nouveau le souvenir de mon père, que cette sorte de livre, c'était lui, dans son île là-bas, laissée audehors des cartes. Mais bientôt je lus tout de même la poésie, parce qu'elle aussi laissait pressentir un autre niveau de réalité.

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Inerview with Robert Coover

Sur son dernier livre Noir (Seuil), le Noueau Roman, et Roland Barthes, à BibliObs.com (18.06.2008) :

N. O. - Vous revendiquez l'influence de Roland Barthes et de ses «Mythologies». Quels sont vos liens avec le Nouveau Roman, qui en est contemporain?

R. Coover. - Quand j'ai commencé à écrire, dans les années 1950, je rejetais en bloc toute la littérature américaine que j'avais lue. Je recherchais ailleurs, sinon des modèles, du moins une inspiration, un stimulant intellectuel. C'est ainsi que j'ai découvert Kafka et que je me suis sérieusement plongé dans Dostoïevski. Je me suis intéressé davantage aux littératures étrangères qu'à la littérature américaine. C'est en lisant Kafka que j'ai compris ce qu'était le réalisme: Kafka est mon modèle absolu en matière de réalisme. J'ai connu le même genre de révélation avec Beckett. Il y avait deux courants littéraires en plein essor à l'époque: le réalisme magique en Amérique latine et le Nouveau Roman en France. J'ai consacré des articles à Pinget, qui s'était attiré les louanges de Beckett. Et l'un de mes premiers textes a été une parodie des premiers romans de Robbe-Grillet comme «la Jalousie», où je décrivais à longueur de pages ma nappe à carreaux rouges... Les auteurs du Nouveau Roman ont été très importants pour moi. Au même titre que le réalisme magique, que ma connaissance de l'espagnol m'a permis de découvrir en version originale avant même que les romans soient traduits en anglais. A l'époque, je ne trouvais pas l'équivalent de tous ces écrivains dans mon héritage littéraire national. En revanche, une fois publiés, j'ai commencé à découvrir des textes de jeunes auteurs inconnus très intéressants. Nous avions en commun la volonté de résister à la norme, de transgresser les règles, de défier le dogme qu'on voulait nous imposer comme unique modèle d'écriture. C'est ainsi que, peu à peu, j'ai découvert Stanley Elkin, William Gass, Donald Barthelme, John Hawkes, et que nous sommes devenus amis. Mais nous ne formions pas une école ou un mouvement organisé autour d'un quelconque manifeste. Chacun travaillait dans son coin, et notre découverte mutuelle a été tardive. Si nous avons constitué un mouvement, c'est donc de manière fortuite et informelle. D'ailleurs, nous étions très dissemblables dans nos styles d'écriture, tout comme d'ailleurs les représentants du Nouveau Roman. L'influence de la pensée française a depuis décliné aux Etats-Unis. Le Nouveau Roman a représenté une magistrale opération de relations publiques qui a permis à cette génération d'écrivains de faire irruption dans le panthéon américain des lettres. Je n'ai rien vu d'équivalent depuis.

Roland Barthes, lui, a représenté pour moi ce que recherche toujours un écrivain, à savoir une sorte de déclencheur, de catalyseur. Il a changé ma manière de penser, comme Kafka avait changé ma conception du réalisme. Barthes avait le don de s'intéresser à l'ordinaire et de lui donner une légitimité. Lire Barthes m'a donné le sentiment que j'avais le droit, que j'avais même raison de faire ce que je faisais. Car je me colletais avec la culture populaire, tout comme lui. Nous étions donc comme des camarades.

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Sandrine Bretou : Pour une théorie du langage

Revue d'Henri Meschonnic, Heidegger ou le national-essentialisme, Paris : Éditions Laurence Teper, 2007, 190 p., à Fabula Acta (16.06.2008) :

Ce livre m’a, à plus d’un égard surpris, en effet, travaillant régulièrement sur Heidegger, je me suis sentie touchée par les remarques assez virulentes faites par Meschonnic. Mais, se justifiant tout au long de l’ouvrage, et prônant ainsi une théorie du langage, que je propose de relever, cet ouvrage se trouve d’un intérêt certain, philosophique et phénoménologique, à plus d’un titre.

Meschonnic part du postulat, que « nous ne pensons pas encore » (p. 7), ni le langage, ni le poème ou encore l’éthique et le politique, tant que les chercheurs ne les étudieront pas dans leur interaction. Pour l’auteur la Bible est un « fonctionnement » (p. 12) et pas seulement une origine. En critiquant le réalisme logique de Heidegger, il nous fait penser au nominalisme, dans le sens où on y considère « les mots comme des noms mis sur des choses. » (p. 13) Ainsi ce réalisme présuppose une essentialisation qui reste pour lui une massification, qu’il appelle alors « le fascisme de la pensée » (p. 14).

Cela revient à parler de « national-essentialisme comme d’une essentialisation généralisée du réalisme logique chez Heidegger » (p. 14), voire une « absolutisation » (p. 15).

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Elizabeth Nash on Fernando Pessoa's manuscripts and letters

From The Independent (14.06.2008) :

The dossier includes voluminous correspondence with Crowley, and hundreds of pages of an unfinished novel about Crowley's faked suicide. The work is called Boca do Inferno, (Hell's Mouth) after a rocky inlet near the Portuguese resort of Cascais.

Pessoa, intrigued by Crowley's mysticism, struck up a correspondence with the Englishman. The flamboyant Crowley visited Lisbon in 1930, and the friends played chess together. Crowley then disappeared, leaving his cigarette case and a handwritten suicide note on the clifftop above the crashing waves at Hell's Mouth.

It was a trick, apparently to elude a discarded lover. Crowley slipped across the border to Spain, emerged weeks later in Berlin and died in Hastings, Sussex, in 1947, penniless and addicted to heroin. Pessoa mounted a polemical play about the "suicide" and doubts swirled over his role in the affair, and the nature of his relationship with Crowley.

When news of the sale emerged this week, experts said any bidding war would far exceed the budget of Lisbon's national library. The library's director, Jorge Couto, is reportedly seeking a deal with the family.

Via Fluctuat.net.

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Jonathan Rosen : Paradox Among the Petals

Review of Robert Pogue Harrison, Gardens (Chicago), at WSJ (07.06.2008) :

The rabbis of the Talmud counseled that if you are planting a tree and someone tells you that the Messiah has come, you should finish planting your tree and then go out to investigate. Robert Pogue Harrison implies something similar in his rich and beguiling "Gardens: An Essay on the Human Condition." Gardens, though they offer peace and repose, are islands of care, he writes, not a refuge from it. That is why they are important, since care is what makes us human.

Mr. Harrison reaches back to the earliest Babylonian gardens, pauses to consider the vast gardens of Versailles, and writes as well about the gardens of the homeless that spring up in the middle of inner cities. But "Gardens" is less a history than it is a work of literary criticism, with extended discussions of Dante and Ariosto and Boccacio and a superb reading of Malcolm Lowry's "Under the Volcano" (1947). Mr. Harrison writes that Lowry's novel -- about the last day in the lives of an alcoholic British consul in a small town in Mexico and his unhappy wife -- "shows, in almost allegorical fashion, that the fall from Eden is a continuous, ongoing event. For him, it shows that long after the original sin, we continue with active will to repeat our expulsion and tumble into our own self-chosen inferno." Writing literary criticism allows Mr. Harrison to give his large ambitions full rein, since, as he rightly observes, "human culture has its origin in stories, and its ongoing history is one of endless storytelling."

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Stephen Mansfield : Sordid scenes from a dark, cracked city

Review of Kanehara Hitomi, Auto Fiction (Vintage Books), at The Japan Times (08.06.2008) :

Kanehara cleverly reverses the narrative timeline, taking us on a backward spiral, from the first cracks in the honeymoon to a medicated 15-year-old Rin. As she negotiates the tacky world of karaoke boxes, matchmaking clubs, trance dance clubs and casual rape parties, her sanguine view of the flesh and entertainment world prevents her from being devoured by it, but the reader begins to get a disquieting sense of just how dangerous Tokyo is for the unaccompanied woman.

The frankness of Kanehara's writing is refreshing. It explains, perhaps, why literature of this sort often captures the media's attention, especially when the bursts of obscenity and veracity come from a Japanese woman. Rin, an emotional extrovert aggrieved at life, is the antithesis of the deferential woman.

Rin's is a soured realism, one that can find the sidewalks "teeming with annoying pedestrians — no better than dogs that sh*t in public — all walking on tarmac peppered with black gum stains."

Shinjuku provides the core setting for Kanehara's story of misogyny, as it does for so many novels of this type — from Ryu Murukami's seminal "Coin Locker Babies" to Amy Yamada's short story "Kneel Down and Lick My Feet."

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Bertrand Mialaret : He Jiahong, l'état de droit en Chine passe par le roman policier

Entretien (intéressant) avec He Jiahong, à Rue89 (30.05.2008) :

Vous dites qu’il est difficile de trouver un bon éditeur en Chine…

Mon premier roman est sorti par épisodes dans une revue, puis publié par "La maison d’édition des masses" qui est un très bon éditeur rattaché au ministère de la Sécurité Publique. Les trois romans suivants ont été publiés par "La Presse Juridique", le plus grand éditeur en Chine dans ce domaine et qui est rattaché au ministère de la Justice. Ils publient mes ouvrages juridiques, mais ils n’ont ni marketing ni distribution adaptée à la littérature, j’ai donc publié ailleurs une collection de mes cinq romans.

Lisez-vous les romans policiers publiés actuellement?

J’ai peu le temps; de plus, les romans policiers n’ont pas en Chine la place qu’ils ont à l’étranger. Les lecteurs préfèrent les romans d’Arts Martiaux (wuxia); ils ne sont pas tellement intéressés par les romans policiers écrits par des auteurs chinois et lisent plus volontiers Sherlock Holmes ou Agatha Christie.

Pourtant, la qualité s’est beaucoup améliorée: dans les années 1980, les auteurs étaient d’anciens policiers et leurs ouvrages ressemblaient à des compte rendus d’enquête mais c’était déjà une ouverture; puis des journalistes, des professeurs ont également publié et s’est même formé un cercle des auteurs de romans policiers dont j’ai suivi un temps les réunions.

Vos romans ont été écrits il y a plus de dix ans, certains passages semblent très politiquement corrects...

Si je les écrivais aujourd’hui ce serait un peu différent notamment pour "Crimes et délits à la bourse de Pékin". La corruption en effet est un problème réel, un problème très sérieux. La littérature permet d’aborder plus facilement les sujets "sensibles". Quand j’étais jeune, je pensais qu’une personne était bonne ou mauvaise; en fait ce qui est complexe c’est le système qui conduit un individu à se comporter de manière incorrecte.

Je ne suis pas intéressé par les batailles politiques, j’essaie de faire honnêtement mon travail de juriste et de faire progresser la règle de droit dans notre société.

He Jiahong sur Amazon.fr.

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Jérôme Solal : Non, des Esseintes n’est pas un dandy, des Esseintes, c’est l’homme invisible

De la Revue des Ressources (26.05.2008) :

Dans À rebours, la tendance à l’invisibilité se radicalise. Des Esseintes sort du Réseau social. Du coup, apparaît désormais dépassé ce « temps où il jugeait nécessaire de se singulariser ». Le regard d’autrui ne détermine plus ses actes, le duc n’ira plus quêter l’éclat de sa nouvelle vie dans l’œil d’un contemporain provoqué - bourgeois choqué, artiste approbateur ou comparse de débauche. Est donc complètement révolue l’époque du dandysme dès lors que manque le regard d’autrui pour consacrer sa conduite fantaisiste. C’en est fini du temps où, cultivant l’élégance, les « manières » et la provocation, des Esseintes « prêchait le sermon sur le dandysme » à ses fournisseurs, et où il « s’acquit la réputation d’un excentrique qu’il paracheva [...] en donnant aux hommes de lettres des dîners retentissants ». L’insolite désormais se passe de l’insolence. Il se cultive en solo.

« Épris avant tout de distinction », tel que Baudelaire l’a caractérisé en 1863, le dandy recherche la distinction par toutes sortes de moyens : « goût immodéré de la toilette et de l’élégance matérielle », culture de « l’idée du beau dans [sa] personne », « fantaisie », quête d’amour, éventuellement crime. Quelles que soient ses modalités, l’entreprise du dandysme tient « avant tout » à ce besoin de « combattre et de détruire la trivialité », besoin qui constitue sa raison d’être, sa finalité essentielle. Se distinguer, c’est marquer sa différence en s’élevant au-dessus du commun discret (la banalité) ou épais (la vulgarité).

Des Esseintes est lui aussi particulièrement las de « cette vie triviale ». Pourtant voilà qu’au moment où a lieu la plus grande distinction (car se séparer aussi radicalement, c’est bien affirmer la plus haute différence), où semblerait donc s’affirmer le dandysme le plus altier, plus personne n’est à même de constater cet écart éclatant. Or, un regard extérieur est la condition nécessaire du dandysme. Sans autrui, « le plaisir d’étonner et la satisfaction orgueilleuse de ne jamais être étonné » perdent toute signification. La distinction de Des Esseintes s’annule donc à son acmé. Bizarrement, l’orgueil du défi ou du dépit qui semblait assez largement motiver la réclusion s’évapore dans cette invisibilité voulue. La réclusion à Fontenay étant tenue secrète, des Esseintes se prive de la gloire (réprobation, enthousiasme, agacement et stupeur mêlés) qu’il aurait pu en tirer, et touche dans sa déraison même à une forme d’extrême simplicité.

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Donald Richie : The poetic power of skepticism

Review of Ayukawa Nobuo, America and Other Poems, selected and translated by Shogo Oketani and Leza Lowitz (Kaya Press), at The Japan Times (25.05.2008) :

Even when Ayukawa had himself later turned fairly conservative, as Shogo Oketani tells us in this important translation of the poet's work, he "unlike other conservative writers, never aligned himself with those who tried to deny or whitewash Japan's prewar and wartime history."

One of the reasons that he had the strength to do this, believes Oketani, was that he had early questioned what is often conveniently called the "Japanese tradition." (And the translator adds: "When politicians or conservative artists used the term 'tradition,' it usually represented the intent to discourage liberal thought.")

Instead, in order to separate himself from the nationalism and fascism that was sweeping his country, he chose to be skeptical about almost everything. More than any other postwar poet in Japan, he "internalized and resisted political, societal and even culture pressure, and this resistance became the cornerstone of his poetics."

It rested on a frame of reference that was, faute de mieux, European. Foreign poets such as T.S. Eliot and W.H. Auden strongly influenced postwar Japanese poetry and it is no coincidence that the important poetry journal "Arechi," which Ayukawa helped found, should take its title from the translation of Eliot's "The Wasteland."

As Oketani explicates: "The real reason people are interested in foreign literature is that [it] reflects their own worlds, mirroring or otherwise illuminating their own cultural crises, and emphasizing the themes that unite us."

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Simon Chemama : De Beckett à Césaire, l'abécédaire

Revue de Mrie-Claude Hubert, Le Nouveau Théâtre, 1950-1968 (Honoré Champion), à nonfiction.fr (21.05.2008) :

Un catalogue un peu terne

Mettons tout de suite les choses au clair : cet ouvrage n’est pas un essai. En aucun sens du terme. C’est un aboutissement, fruit d’un travail de lecture, de documentation, de classement très impressionnant. Et c’est un catalogue, un catalogue très complet certes, mais qui propose peu d’analyses nouvelles et dont la progression même n’est guère stimulante.

Il fait partie de la collection "Dictionnaires et références", qui propose des ouvrages sérieux, analytiques et qui prétendent à l’exhaustivité. Il se conçoit avant tout comme un outil de travail. Très utile pour le professeur de lettres qui a besoin de repères précis ou d’idées de pièces à faire étudier. Pour l’étudiant, qui se fera une bonne vision d’ensemble du sujet. Pour l’historien, qui y trouvera aussi matière à réflexion.

C’est une vulgarisation très sérieuse, suivant ce schéma : présentation d’un auteur, énumération de ses pièces dans l’ordre chronologique de leur année de création à la scène, avec un résumé de l’action, des indications concernant la mise en scène et le bilan des critiques qui avaient été données dans les grands quotidiens et revues spécialisées de l’époque.

Mais est-ce tout ce que l’on peut demander à un tel ouvrage ? D’une part, si l’on découvre les goûts du public et de la presse, l’analyse sociologique n’est pas développée. Ce que dira Lemarchand ou Sandier de la nouvelle mise en scène d’une pièce de l’auteur x par Maréchal ou Barsacq, on finit par le deviner avant de le lire. Reste qu’on sourit parfois, en retrouvant ça et là les critiques de J.-J. Gauthier, qui adore les boulevards et dit pis que pendre de Fin de partie de Beckett, ou du Balcon de Genet (sa hantise du sale, de la souillure, mériterait une séance de psychanalyse). D’autre part, les résumés des pièces occupent bien les deux tiers du volume. On devrait se poser la question de leur nécessité à l’heure d’Internet ; car ils seront sans doute bientôt accessibles sur Wikipedia par exemple…

Ce livre, nous répondra-t-on, agence de façon pertinente les présentations des auteurs et des pièces. Certes. Mais …

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Rachida El Mala : Stendhal, un désir de cinéma

Revue de Laurent Jullier & Guillaume Soulez, Stendhal. Le désir de cinéma.
Suivi des Privilèges du 10 avril 1840 de Stendhal,
Paris, Séguier, 2006, à Fabula Acta (21.05.2008) :

En avril 1840, Stendhal écrit les Privilèges : un texte déroutant, destiné à rester inédit et composé de vingt trois articles qui rêvent pour le « privilégié » une série pouvoirs surnaturels. « À travers ces étranges rêveries de toute-puissance », font valoir les deux auteurs du présent ouvrage, « se lit une sorte de préfiguration des pouvoirs du dispositif cinématographique qui sera mis au point cinquante ans plus tard. Comment ce désir de cinéma entre-t-il en résonance avec le réalisme si particulier de Stendhal, souvent illustré par le travelling imaginaire du « miroir que l'on promène le long d'un chemin » dans Le Rouge et le Noir ? ». Comme l’indique la quatrième de couverture encore, les deux éditeurs ont cherché à décrire « l'effet sur Stendhal de la « transformation du spectateur » en ce début du XIXe siècle, avec l'apparition des nouvelles « machines à images ». Ils reviennent sur sa théorie de « la sensation », en particulier à l'aune des recherches contemporaines sur les expériences de pensée et les modes possibles. Pourquoi ce « montage des reflets » auquel se livre Stendhal nous apparaît-il aujourd'hui comme quelque chose de cinématographique ?

Dans un premier chapitre de ce livre, L. Jullier et G. Soulez précisent que le désir de cinéma n’équivaut pas à la prescience miraculeuse d’une invention future qui révolutionnera après la disparition de Stendhal le rapport au réel d’une grande partie de l’humanité.

Ce désir, on le retrouve chez des écrivains contemporains de l’invention du cinéma, comme Marcel Proust, ou de sa maturité et même de sa modernité — les deux auteurs se réfèrent à Roland Barthes, chez qui la fréquentation des salles obscures n’épuise pas le désir en question.

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Interview with Oe Kenzaburo

Onishi Norimitsu's report at The NY Times (17.05.2008).

The title of the novel he's now writing is Death by Water, in T.S. Eliot's Waste Land. Eliot was an anti-semitist... Does it not matter to him ?

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David Orr : Vendler’s Yeats

Review of Helen Vendler, Our Secret Discipline: Yeats and Lyric Form (Harvard University Press), at The NY Times (11.05.2008) :

W. B. Yeats is, of course, one of the Rightest Poets imaginable. Vendler’s new book, Our Secret Discipline: Yeats and Lyric Form (Harvard University Press, $35), is an attempt to explain, as she puts it, “the inner and outer formal choices Yeats made, the cultural significance his forms bore for him,” and “the way his forms ... became the material body of his thoughts and emotions.” That’s no small task: Yeats was a technician’s technician whose massive output is a blizzard of stanza shapes and metrical variations. Fortunately, Vendler relishes the nitty-gritty of douzains and dizains, and the result is a meticulous, enlightening and strangely flawed study that adds plenty to the Yeats canon. If you’re looking for a general introduction to the poet, this isn’t the book for you (it’s 425 pages and drier than chalk dust), but scholars will find years of material here. Vendler’s method is straightforward: each chapter takes up one of Yeats’s potential formal quandaries — the Byzantium poems, the sonnets, the sequences and so forth — and then attempts to determine why and how Yeats made the technical choices that he did, often with helpful reference to biographical or historical facts.

The results can be impressive. Vendler is especially persuasive when tracing the evolution of a poem; one of the book’s first studies is a detailed analysis of “After Long Silence” in which Vendler carefully walks us through Yeats’s development of the poem, in particular the lines “Unfriendly lamplight hid under its shade, / The curtains drawn upon unfriendly night.” She’s also very good at explaining what different forms meant to Yeats. In her discussion of the 12-poem sequence “Supernatural Songs,” for instance, Vendler notes that the sequence ends with a Shakespearean sonnet that seems at odds with the more primitive forms that precede it. But for Yeats, as she explains, the sonnet represents an ultimate refinement of artistic poise, making it the perfect vehicle to reflect the tension between ascetic life and sexual life that animates the entire sequence. It’s an intriguing, well-argued point.

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Nicholas Wroe : The History Man

Interview with David Peace at The Guardian (10.05.2008) :

Peace was born in Yorkshire in 1967 and grew up in Ossett, near Wakefield, where his parents were primary schoolteachers. Since 1994, however, he has lived in Tokyo - "it's probably helped that, for the most part, I have Yorkshire as was, not as is, in my head" - and the first book he bought in Japan instructively illustrated the potential of multiple viewpoints.

"I didn't know too much about Tokyo before I arrived, but I had seen Kurosawa's film version of Ryunosuke Akutagawa's "Rashômon" and so bought the author's collected stories. But the one that really caught my eye was not "Rashômon"; it was called "In a Grove", which is essentially an account of a rape and murder told from six different and conflicting perspectives. It's stayed with me ever since."

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Peace published his first book set in Japan last year. Tokyo Year Zero is the first part of a trilogy based on infamous crimes in war-devastated Tokyo in 1945. There were a lot of false starts with the Tokyo books, largely because recent Yorkshire history kept impinging on him. "The way it works is that I have these boxes full of research that get bigger and bigger and nearer to my desk. Tokyo was pushed out of the way by Brian Clough."

He has "at least" five books already planned for the future, on subjects ranging from the plot to overthrow Harold Wilson and the rise of Thatcherism to the Yorkshire and England cricketer Geoffrey Boycott, as well as a return to the Yorkshire Ripper story - "which is actually not really about him, but more about the general harrowing of the north".

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Joanna Scott : Where Now? Let's Go!

On Donald Barthelme at The Nation (28.04.2008) :

I don't think Donald Barthelme would have minded being called a confusing writer. Confusion was a favorite subject for him in his essays and reviews, and it's enacted in his fiction in a mishmash of dizzying incongruities. "The part of the story that came next was suddenly missing," one of his narrators admits in a signature Barthelmean moment, and what follows is a hodgepodge of what could be said, what won't be said and a series of "good-quality" lies spun on a whim. Not that all the details are important. We can't count on any incident having lasting significance, nor can we trace a reasonable relationship between cause and consequence in these stories. Events rarely follow logically, and with all the bewildering pronouncements that Barthelme's fictional spokesmen make about the state of the world, it's hard to decipher any coherent idea.

But it's important to consider the different meanings of confusion in order to discuss its effects. While the word denotes disorder and perplexity, in its early usage it also described the physical action of mixing elements to create something new. Through the fusion of fluids, of thoughts, even of people in friendship, confusion was understood as a process that could generate coherence, if only temporarily. Put these different meanings together, and we get the kind of confusion that Barthelme conjures up--an experience that can be as productive as it is unsettling.

Along with being the indefatigable force behind the University of Houston Creative Writing Program for many years, Barthelme is the author of more than seventeen books, including four novels, a children's book and several collections of stories. John Hawkes called him "one of our greatest of all comic writers." Thomas Pynchon coined the phrase "Barthelmismo" to describe the unique "transcendent weirdness" of his work. With Barthelme's death in 1989, we lost one of our most admired--and confusing--writers. Now the independent publisher Shoemaker and Hoard has brought Barthelme back to center stage and given us a chance to reconsider his influence. Flying to America is a collection of unpublished and previously uncollected stories, as well as stories that were left out of his two earlier compendium editions, Sixty Stories (1981) and Forty Stories (1987). In addition, Counterpoint has reissued two volumes of criticism, The Teachings of Don B. and Not-Knowing, which gather together Barthelme's essays, reviews and interviews.

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Morgane Leray : La symphonie d’Arachné, quand la critique moderne revisite la vie et l’oeuvre de Schwob

Revue de Retours à Marcel Schwob. D’un siècle à l’autre (1905-2005), sous la direction de Ch.berg, A. Gefen, M. Jutrin et A. Lhermitte, PUR, coll. « Interférences », 2007., à Fabula Acta (21.04.2008) :

Si la décadence représente une déliquescence, elle implique une acmé préalable, une quintessence notamment culturelle. En cela, Marcel Schwob incarne tout un pan de l’esthétique fin-de-siècle : d’une érudition rare, il emblématise l’héritage multi-séculaire qui fait autant la fierté d’une époque que sa croix, en ce qu’il entrave toute velléité d’originalité. À l’instar de la fin-de-siècle, Schwob ne croit pas en la nouveauté en matière d’inventio ; « virtuose de l’écriture palimpseste », il s’intéresse bien plus à la dispositio, à la forme, seul espace de créativité restant. Creuset à la fois d’une culture ancienne et des débats contemporains, l’œuvre de Schwob n’en reste cependant pas moins originale, à l’instar de son auteur, que nous fait redécouvrir ce stimulant ensemble d’articles.

L’étude liminaire d’Alexandre Gefen explore le rapport consubstantiel qui unit de manière exemplaire chez notre auteur l’innutrition et la création, l’hypertextualité étant ouvertement placée au cœur de l’esthétique schwobienne. Est en outre mise en lumière la proximité des théories schwobienne et mallarméenne, représentations textualistes et mystiques du monde, où prévalent sur les signifiés les rapports qui unissent les signes : « les choses existent, nous n’avons pas à les créer ; nous n’avons qu’à en saisir les rapports ; et ce sont les fils de ces rapports qui forment les vers et les orchestres »1. Alexandre Gefen nous fait ainsi mesurer la portée de la pensée schwobienne, influencée par Schopenhauer et « animée par une intuition pré-freudienne du rôle des inconscients culturels », de même que l’importance avant-gardiste qu’elle accorde au lecteur et l’écriture qu’elle a élaborée, « que l’on pourrait presque qualifier de post-moderne » en ce qu’elle brouille les frontières entre la fiction et la non-fiction. A. Gefen silhouette ainsi un nouveau Schwob, qui apparaît non plus seulement comme un érudit, mais comme un écrivain à la croisée d’un héritage culturel et de l’avant-gardisme, entité à la fois singulière et emblématique du carrefour historique, culturel, anthropologique que fut l’entre-deux siècle.   

L’article d’Evanghélia Stead prolonge la thématique métalittéraire en en développant un nouvel aspect, celui du livre dans le livre, à la fois motif, symbole et élément de composition... et de décomposition. Dans une passionnante étude, E. Stead dévoile en effet l’ambiguïté de la thématique livresque, au pouvoir créateur autant que mortifère. Elle revient en outre sur le rôle de l’image dans la création schwobienne, explorant sa polysémie et ses virtualités, notamment interprétatives, qui laissent toute latitude au lecteur. Nous retrouvons ainsi l’idée d’une œuvre polyphonique et « ouverte ».

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Jorge Peña : Nerval et la quête de l’éternel féminin

Revue d'Alice Machado, Figures féminines dans le Voyage en Orient de Gérard de Nerval, Éditions Lanore, 2006, 157 p., à Fabula Acta (20.04.2008) :

Alice Machado fait avec Gérard de Nerval le voyage en Orient, pour analyser cette rencontre entre les deux continents comme un « faux mariage ». Plutôt que de regarder ce voyage comme une mission ingénue, il faut se rendre attentif à l’ambiguïté qui, dès le début, caractérise l’entreprise amoureuse et la recherche de soi-même : une ambiguïté dans laquelle la ligne de démarcation entre le désir et le spirituel est assez tenue, ou même parfois indiscernable.

La première partie intitulée Voyage et quête montre comment chacun des itinéraires nervaliens témoigne de la perte — un thème qui oscille toujours entre deux pôles : d’une part, la dégradation et la décadence, et de l’autre la restauration et l’innovation.

La réalité, le présent sont soumis au morcellement, à la perte. Des choses et des lieux d’abord. Le poète est constamment en quête d’un monde situé dans le passé ; c’est celui de l’Âge d’Or, dont témoignent les mythes et les légendes. Durant tout le Voyage, l’Orient mythique ne cesse de se confronter à un Orient réel et décadent : « le berceau des peuples, n’est plus maintenant qu’une source desséchée ». Les monuments en ruine restaurés sont aussi un autre symbole négatif, car la rénovation vient alors effacer les traces de ce passé. Cette idée de perdition en Orient est, pour le narrateur, inhérente à la politique extérieure anglaise dans la première moitié du XIXe siècle : « les Anglais représentent la destruction ». D’autre part, la perte des êtres aimés : Aurélia, Sylvie, Octavie, et Heloïse.

C’est ainsi que le voyageur commence « une quête d’hier sous aujourd’hui ». Suite à cette recherche, le poète peut fixer dans son oeuvre tout un monde de souvenirs, recomposer le passé dans le présent. C’est donc en essayant de remonter vers les sources, qu’il peut se régénérer, et faire revivre ses propres origines. Le poète se donne lui-même la tâche de rétablir l’harmonie perdue. Il ne pourra pas le faire sans passer par le culte de la femme : la quête de l’éternel Féminin.

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Jeremy Adler : Novalis and Philo-Sophie

Review of Bruce Donehower (ed.), The Birth of Novalis, Friedrich von Hardenberg’s Journal of 1797, with selected letters and documents (SUNY Press), at TLS (16.04.2008) :.

Donehower follows recent scholarship in teasing out the poet’s changing identities, from the philosophy student, aspiring lawyer and gallant (“Fritz the flirt”), to Sophie’s admirer, her grief-stricken fiancé, the committed student at the Freiberg Mining Academy and the conscientious mining engineer. Sophie’s forbearance in her suffering became a cult – even Goethe visited her sickbed. She suffered three operations, but her liver tumour was incurable. Yet it was less the by all accounts remarkable living Sophie than the experience at her grave, the stimulus for the Hymns to the Night, which proved the defining factor in the poet’s life. The journal – as translated by Donehower – narrates:

"In the evening I went to Sophie. There I was indescribably joyful – lightning-like moments of enthusiasm – I blew the grave away from me like dust – centuries were as moments – her presence was palpable – I believed she would appear at any moment – "

Novalis anatomizes his unio mystica with Sophie in quasi-scientific detail, dissecting his actions and emotions to disclose the physical basis for the transcendental:

"As the mortal pain subsides, the spiritual sorrow grows stronger, along with a certain calm despair. The world becomes ever stranger – I feel increasing indifference towards the things around me and inside me. The brighter it gets around me and inside me – "

The narrative recalls the spiritual exercises practised by the Pietists to encourage the “inner light” to emerge. In following this goal, Novalis unites the mental with the affective sides of his personality to establish what he calls his “Philo-Sophie”. In his elevation of her into his ideal, Sophie becomes a mythical cult-figure, sharing aspects of the Virgin Mary and Christ, and personifying knowledge and wisdom. Human identity in general becomes a complex phenomenon for Novalis:

"A truly synthetic person is one who resembles many persons at once – a genius. Each person is the germinal point of an infinite genius. He is able to be divided into many persons, yet still remain one. The true analysis of person as such brings forth many persons – the person can only be individualized as persons, dissolution and dispersion. A person is a harmony – no admixture no movement – no substance such as “soul”. Spirit and person are one. (Energy is origin)"

It remained for Proust to realize Novalis’s starry dream, and to complete a novel as memory (“Er-Innerung”), a fiction that recreates the plural self by manifesting society as an inner cosmos.

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Patrick Kéchichian : L'oeuvre ouverte d'Yves Bonnefoy

Du Monde (18.04.2008) :

L'expression "se reposer sur ses lauriers" ne convient guère à Yves Bonnefoy. Reconnu en France comme à l'étranger, commenté et sollicité, nobélisable, il demeure, à près de 85 ans (il est né en juin 1923 à Tours), un homme en recherche, un poète qui ne fait pas de son art un domaine fermé où il rêve et règne. Au contraire, il se laisse interroger et tient oeuvre ouverte.

D'ailleurs, dans cette oeuvre, la poésie - même si on ne limite pas ce mot à la seule pratique des vers - est d'abord un lieu critique qui imprime un certain mouvement à la pensée, un carrefour menant à d'autres disciplines, à l'art et à la philosophie d'abord, à la pratique de la traduction également. On se souvient des admirables premières lignes de L'Arrière-Pays (1972), où conscience existentielle et aspiration poétique se confondent : "J'ai souvent éprouvé un sentiment d'inquiétude à des carrefours. Il me semble dans ces moments qu'en ce lieu ou presque : là à deux pas sur la voie que je n'ai pas prise et dont déjà je m'éloigne, oui, c'est là que s'ouvrait un pays d'essence plus haute, où j'aurais pu vivre et que désormais j'ai perdu."

C'est Jean Starobinski, ami et interlocuteur privilégié de Bonnefoy, qui faisait remarquer, il y a plus de trente ans (dans le numéro 66 de la revue L'Arc, 1976), que l'acte de dire est toujours chez le poète, solidairement, acte de questionner, "pensée itinérante""l'affirmation du "je", du "moi" ne se développe presque jamais en un regard sur soi, en une interrogation renvoyée au sujet lui-même".

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Jeffrey J. Williams : M.H. Abrams, a life in criticism

Interview with M.H. Abrams at The Chronicle Review (18.04.2008) :

Talking to Abrams is like taking a course in literary history. He has seen major changes in the modern research university as well as in literary study. The son of a house painter and the first in his family to go to college, he started as an undergraduate at Harvard in 1930, as the country slid into the Great Depression. He went into English because, he says, "there weren't jobs in any other profession, so I thought I might as well enjoy starving, instead of starving while doing something I didn't enjoy."

It was a small world then. After graduation, Abrams won a fellowship to the University of Cambridge, in England, where his tutor was I.A. Richards, an important figure who first promulgated "practical criticism" — interpreting particular poems in and of themselves, without reference to outside material like biography or history — and also early cognitive theory, paying attention to how one derives meaning. Through Richards, Abrams met W.B. Yeats and saw early versions of T.S. Eliot's poems. "Eliot would send some of his poems [to Richards] for comments before he published them," Abrams recalls, and Richards "would prop them on his mantelpiece." He found himself, he says, "in the middle of the big literary goings-on of the time."

Is he still alive ? Sorry but I didn't know that.

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Christopher Ricks : A lesson in Dylan appreciation

Ieva Lesinska's interview at Eurozine (11.04.2008) :

Ieva Lesinska: Professor Ricks, why do you have a bathtub in your office?

Christopher Ricks: It's Bob Dylan's childhood bathtub. It's where the young Dylan made his first splash. It belongs to two former Boston University alumni. They saw it on e-bay and wondered whether to buy it; I urged them to do so.

IL: One of the things I'd really like to understand is why it is that I fail to appreciate Bob Dylan?

CR: And what does your psychoanalyst say about this problem?

IL: I don't have one. I mean, I don't have a psychoanalyst.

CR: I know what you mean: there's an immense lot of art out in the world that people I care about praise highly that means nothing to me. I've been to museums that are full of plates, but I've never seen a plate that would make any difference to my life. I've never seen a Braque painting that would mean anything to me. But I can't ignore Picasso or Daumier. On the other hand, you could ask: "I love Leonard Cohen, so how come I don't love Bob Dylan?"

IL: But I don't love Leonard Cohen, I find him somewhat tedious.

CR: Well, good. That's the right answer, as you surely know.

IL: When I read Dylan's lyrics, I know that I should like him, because the lyrics work for me. But when I hear the voice, first of all I can't hear the lyrics anymore, there is just that nasal tone that I don't much care for. But I've really tried.

CR: And why should you like him?

IL: Well, I think you yourself have at times repeated the old adage that great minds think alike. I don't presume to have a great mind but if I respect and admire those who like Dylan, I am moved to think that there is something there that I should be able to hear and I feel sorry that I don't.

CR: Good. Well, I'm glad that I answered your cry for help in the classified section of the New York Review of Books: "Sensitive, intelligent woman seeks an interpreter of Bob Dylan. For the right candidate, ready to cross oceans." But seriously: I know that the things that I believe may not necessarily help you. One of the things that we may need to redefine may be what people mean by singing. You don't have to be locked into some old idea of singing. A lot of my friends may think that Marlon Brando is a great actor, yet my parents knew that Marlon Brando could not act. They knew that all the more because they would look at John Gielgud and say: "Well, there's a real actor." That is what they meant by acting. I find it wonderful what Gielgud does – but no matter what you think of Brando, he redefined what we mean by acting. That's one sign of genius. You simply have to think again. I am not accusing you of not willing to think again...

On the contrary, I don't know why I love Bobby's lyrics...

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Alice Godfroy : Beckett/Deleuze

Revue d'Isabelle Ost, Samuel Beckett et Gilles Deleuze : cartographie de deux parcours d'écriture, Bruxelles : Saint-Louis Facultés universitaires, coll. « Lettres », 2008, 444 p., réf : G.118 – 2008 ; ISBN: 2-8028-0182-5, à Fabula Acta (09.04.2008) :

Le sujet comme être-entre

« Pour finir, pour ne plus dire je » : cette phrase de Beckett est ce qu’Isabelle Ost débrouille dans ce troisième chapitre consacré au devenir du sujet, car la dénégation de la représentation ne va pas sans une profonde remise en question du « je ». Et les différents avatars du sujet, modelés par la rencontre de l’altérité, se déclinent sur une ligne dynamique qui mène de la division du « je » personnel de la représentation à l’avènement d’un sujet impersonnel, un « il » préindividuel. Ce glissement — celui d’une évacuation de l’individu au profit d’un « être-entre » — s’opère en étapes successives, selon une trajectoire que sous-tend le devenir permanent de la subjectivité : sujet divisé, sujet morcelé, sujet-machine, sujet nomade, puis sujet monade.

Premier geste venant lézarder l’image unitaire du sujet, la division trouve dans le comédien — ce « miméticien » selon Lacoue-Labarthe — son expression prototypique. L’homme de scène gagne en effet en présence, en épaisseur, à mesure qu’il perd et oblitère sa personnalité : l’identité propre doit être paradoxalement défigurée, annihilée, pour que la figura advienne. Divisé, le sujet est également en proie à un morcellement qui dé-taille son corps en tronçons autonomes : voix, œil et membres épars, pillés au fantasme unitaire pour faire montre d’ambivalence, entre instruments de persécution et médiums d’apaisement. Mais, très vite, l’attention portée aux corps beckettiens dans leur relation aux objets extérieurs (l’inventaire obsessionnel des possessions de Malone, ou les ongles-ouvre-boîte utilisés pour le dressage de Pim) fait signe vers un double mouvement : le devenir corporel des objets — prothèses qui prolongent les membres — et le devenir instrumental des morceaux de chair. Là se profile la machine, « ni individualité, ni personnalité » indique l’Anti-Œdipe deleuzien, dans laquelle le sujet devient une fonction portée par un désir, ou plus précisément par un « ça désire », le jetant dans l’errance de la marche — exils et retours — vers la rencontre de l’alter ego. Dans le même geste, le sujet nomade se fait « monade » leibnizienne, née d’une torsion qui, « sans porte ni fenêtres », constitue le pli du monde et de l’âme. Intériorité absolue, toutefois liée à l’extériorité selon l’étrange topologie de la bande de Mœbius, circulant sans fin du dehors au dedans, de l’actuel au virtuel, et vice et versa.

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Gisèle Brykman : Archéologie d’un geste critique

Revue de Maurice Blanchot, Chroniques littéraires du Journal des Débats (Gallimard), à La Vie des Idées (01.04.2008) :

La parution des Chroniques littéraires du Journal des Débats, rédigées par Maurice Blanchot de 1941 à 1944, a valeur d’événement éditorial et littéraire. Non seulement cette parution contribue salutairement à dissiper la pénible caricature de Blanchot en esthète ne vivant que pour la littérature et ses cimes épurées (ces Chroniques, fournies à un rythme hebdomadaire, sont aussi, ne l’oublions pas, le gagne-pain du critique), mais elle contribue également à dresser un passionnant panorama de l’actualité littéraire en temps de guerre. Défilent ici des auteurs connus (Dante, Rabelais, Descartes, Montesquieu, Blake, Hoffmann, Joyce, Giraudoux, Mallarmé, Valéry, Kafka) et des écrivains aujourd’hui tombés dans l’oubli : qui se souvient aujourd’hui de Georges Magnane, de Julien Blanc, de Marius Grout ? Si ces noms oubliés nous importent, au-delà même de leur valeur documentaire, c’est aussi qu’ils sont comme l’écume et la trace d’une époque. Un autre Blanchot se profile, le Blanchot journaliste, celui du temps chronique et de ce discontinu qui fera la matière théorique de nombreux essais de L’Entretien infini.

Plus encore, cet inédit, que l’on doit au travail d’édition de Christophe Bident, nous introduit dans le laboratoire même de l’activité critique de Blanchot. L’on voit ici ce critique, l’un des plus importants du XXe siècle, s’inventer progressivement en auteur, et donner à certaines de ses Chroniques la dimension d’un authentique travail de pensée. D’où le sentiment, pour le lecteur du XXIe siècle, d’accéder, en quelque sorte, au « laboratoire » d’une œuvre critique qui, de Faux Pas à La part du feu, puis à L’Entretien infini, n’a cessé d’interroger la littérature, en quelque sorte, à la source même de ce que Mallarmé nommait « ce jeu insensé d’écrire ».

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Le Cheval de Troie (1990-1996)

De mon ami Maurice-san (Google docs) :

De 1990 à 1996, la revue Le Cheval de Troie a exploré, à travers quatorze numéros thématiques tous définitivement épuisés, la sphère culturelle méditerranéenne. Vous trouverez toutes informations sur la revue et en particulier les sommaires des livraisons dans Bibliographie.

Dans la mesure où certains articles continuent aujourd'hui à n'avoir été, à ma connaissance, publiés que dans la revue, et à servir le projet, fort différent, de Ralentir travaux, je tâcherai, peu à peu, de les rendre à nouveau disponibles sur ce site.

La revue a également publié au fil de ses parutions un certain nombre de notes de lectures. Elles ont été rédigées par divers collaborateurs, sur des textes en lien avec les soucis de la revue, et expressément pour elles, ce n'est pas la moindre de ses fiertés. Elles continuent toutes à me paraître excellentes et méritent d'être regroupées ici.

Textes par : Enzensberger, Gadda, Giono, D.H. Lawrence, Pasolini, Praz, etc... Splendida !!

Voir son blog Ralentir travaux.

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Thibaut Chaix-Bryan : L’angoisse de penser

Revue de Évelyne Grossman, L’Angoisse de penser, Minuit, coll. « Paradoxe », 2008, à Fabula Acta (30.03.2008) :

Le dernier ouvrage d’Évelyne Grossman, professeure de littérature française moderne et contemporaine à l’Université Paris Diderot (Paris 7), analyse une problématique centrale qui hante la littérature et plus particulièrement celle des écrivains-penseurs du XXème siècle comme Derrida, Blanchot, Beckett : celle de l’angoisse et plus précisément de l’angoisse de penser. En huit chapitres aussi passionnants les uns que les autres, l’actuelle présidente du Collège International de Philosophie propose un parcours au croisement de la littérature, de la philosophie et de la psychanalyse des écritures-limites du XXème siècle. Cet essai, paru aux éditions de Minuit et très opportunément dans la collection intitulée « Paradoxe », examine avec précision cette angoisse de penser qui est en soi un paradoxe et l’auteure tente de montrer la manière adoptée par ces écrivains-penseurs pour le dépasser. Cet essai est l’aboutissement d’une réflexion que l’auteure avait déjà exposée dans de nombreux articles notamment dans le récent numéro de la Revue Europe d’août-septembre 2007 entièrement consacré à Maurice Blanchot pour le centenaire de sa naissance. Une note bibliographique en fin d’ouvrage permet de retrouver ces articles publiés antérieurement qui ont été entièrement réécrits, augmentés voire refondus pour donner une unité à ces différents chapitres.

L’ouvrage est placé sous le signe d’une citation de Rilke, lui-même penseur de cette angoisse ontologique et qui fera ainsi l’objet de très nombreuses analyses de Blanchot entre autres, définissant l’œuvre d’art comme « le produit d’un danger couru, une expérience conduite jusqu’au bout, jusqu’au point où l’homme ne peut plus continuer ». Cette limite, cette « expérience-limite » pour reprendre les termes de Maurice Blanchot dans L’Entretien infini, cet insaisissable voire cet impensable est l’objet des analyses d’Évelyne Grossman.

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Marc Fumaroli : Jean Potocki, les mille et une nuits des Lumières

Revue de Jean Potocki, Manuscrit trouvé à Saragosse versions 1804 et 1810, édition établie par François Rosset et Dominique Triaire, "GF-Flammarion", deux volumes, 772 p., et 864 p., 24,10 €., au Monde (27.03.2008) :

Fragile monarchie élective dépecée au XVIIIe siècle manu militari par la Russie, la Prusse et l'Autriche, marche héroïque néanmoins, et plusieurs fois décisive sur le limes, où l'Europe chrétienne tenait tête à l'Empire ottoman, la Pologne profonde, un peu comme l'Italie et l'Espagne confrontées elles aussi à l'islam, a trouvé dans sa foi et son clergé catholiques les assises jalouses de sa personnalité et de sa langue nationales. Mais son aristocratie lettrée, quoique politiquement inepte, eut assez d'éclat, de culture et d'alliances matrimoniales pour se trouver chez elle aussi bien à Pétersbourg et à Vienne qu'à Paris, capitale dont le patriotisme polonais a souvent attendu en vain le salut. D'où sa fécondité en grands caractères erratiques, européens au suprême degré, perpétuels voyageurs et exilés, devenus en certains cas écrivains géniaux et inclassables. Witold Gombrowicz a perpétué au XXe siècle une lignée littéraire polonaise illustrée avant lui par Adam Mickiewicz et Joseph Conrad-Korzeniowski. Leur archétype complet, au début du XIXe siècle, avait été le comte Jan Potocki (1761-1815).

             Roger Caillois fit sensation en 1958 lorsqu'il préfaça et publia chez Gallimard des fragments du Manuscrit trouvé à Saragosse. Ce roman écrit en français entre 1796 et 1810 par un grand seigneur polonais avait été aussitôt oublié que publié dans ses premières éditions partielles et confidentielles, à Paris et Pétersbourg. En 1989, José Corti publia, d'après une traduction polonaise datant de 1848, une version complète du roman, devenu, entre-temps, grâce au succès parisien de l'anthologie Caillois et au film de Wojciek Jerzy Has (1964), une oeuvre-culte, joyau de la littérature dite "fantastique" au même titre que Le Diable amoureux de Cazotte ou le Vateck de Beckford. Il a fallu l'enquête érudite de François Rosset et Dominique Triaire dans les fonds manuscrits polonais pour tirer au clair ce long imbroglio éditorial entre deux langues. La collection "GF" publie ensemble les deux versions manuscrites successives enfin retrouvées dans leur langue originale, le français : l'une date de 1804, et l'autre, profondément remaniée, de 1810, cinq ans avant le suicide de l'auteur dans ses terres domaniales d'Ukraine. On voit ainsi clair dans la genèse et les intentions de l'oeuvre, qui échappe désormais à l'étiquette que lui avait assignée Caillois.

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René de Ceccatty : Abdelkébir Khatibi, l'étranger professionnel

Revue d'Abdelkébir Khatibi, Œuvres (3 tomes, La Différence), au Monde (27.03.2008) :

Parrainé par Maurice Nadeau qui, le premier, le publia en France, puis par Roland Barthes et par Jacques Derrida, Abdelkébir Khatibi se présente lui-même comme un "étranger professionnel". A 70 ans, l'écrivain marocain, né le 11 février 1938 à El-Jadida, republie ses ouvrages les plus importants et les classe en trois volumes, par genres littéraires. Ses poèmes sont les seuls textes à bénéficier d'un sous-titre : il ne s'agit pas tout à fait de poésie, mais, à l'exception du premier recueil (Le Lutteur de classe à la manière taoïste), paru pour la première fois il y a trente-deux ans, plutôt de réflexions sur la forme et l'attitude poétique, autour de la question de l'amour et de sa variante conceptuelle, "l'aimance" : "Une relation de tolérance réalisée, un savoir-vivre ensemble, entre genres, sensibilités, pensées, religions, cultures diverses".

Une oeuvre multiforme, et pourtant homogène, car dominée par des thématiques cohérentes, celles de l'altérité et de l'identité, de la critique rationnelle de l'islam, de la mystique du signe, de la métaphysique de l'amour, de la vie conçue comme métamorphose initiatique, de l'omniprésence des morts. Philosophe et sociologue de formation, Abdelkébir Khatibi est sans doute plus dans son élément dans la théorie politique ou littéraire que dans la fiction proprement dite. Et le genre romanesque a été, du reste, en dépit du regroupement que son éditeur propose ici, peu pratiqué par lui. Car son premier "roman" est, en réalité, une autobiographie intellectuelle, à la tonalité poétique remarquablement tenue et inspirée. La Mémoire tatouée, qui fut édité dans la collection "Les lettres nouvelles" chez Denoël en 1971, raconte le voyage d'un Marocain : El-Jadida, Essaouira, Marrakech, Rabat, Paris, Londres. Et l'apprentissage d'une "altérité", qui va marquer le futur écrivain, "l'énigme d'une dissidence commune et nécessaire contre l'intolérable, l'indignité, la dévastation inconsidérée de l'humain et du surhumain", écrira-t-il plus tard. 

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Philippe Lançon : Au hasard Cortázar

Revue de Julio Cortázar, Nouvelles, histoires et autres contes, édition établie par Sylvie Protin Gallimard «Quarto», 1428 pp., 29 euros, à Libération (27.03.2008) :

On est presque toujours à côté de la vie qu’on mène : il nous manque la grammaire individuelle de nos échecs et de nos rêves. De 1946 à 1984, date où il meurt à 69 ans à Paris, Julio Cortázar a inventé cette grammaire du pas de côté, du petit saut sensible qui tourne à l’entrechat existentiel. Une phrase, tirée de la nouvelle «Fanfare», résume ces torsions : «Mon intelligence, si tu me permets de l’appeler ainsi, regroupa immédiatement toutes les anomalies éparses, et en déduisit la probable vérité.»

Vers la fin de sa vie, à une conférence, des gens dans le public observaient ses deux mètres d’ingénuité formaliste en s’étonnant : «C’est incroyable, il a encore grandi depuis la dernière fois !» C’était peut-être vrai, puisque avec Cortázar tout arrive ; mais ces textes, eux, avaient de nouveau raccourci. Il cherchait à capter en un minimum de mots, le plus précisément possible, ce qu’il appelait «les interstices» : ces zones où l’autre vie pointe le bout du nez sous forme d’insectes, de tigres, de petits gestes, de flottements temporels, de pertes d’identité, de personnages étranges et d’attitudes non convenues.

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Simonet Tenant : Écrire l'étrangeté à soi

Revue de Annette Keilhauer (dir.), Vieillir féminin et écriture autobiographique (Presses universitaires Blaise Pascal), à nonfinction.fr (18.03.2008) :

Expressions autobiographiques au féminin : un corpus au spectre large

Vieillir féminin et écriture autobiographique résulte d’un colloque organisé les 12 et 13 janvier 2006, qui réunissait vingt participantes venues de sept pays. On peut regretter – même si l’on n’en est pas étonné – qu’une telle problématique n’ait suscité que des analyses féminines. L’ouvrage s’inscrit dans le cadre d’un projet de recherches interdisciplinaires  autour du vieillir qui a donné lieu à de nombreuses publications du CRLMC : Vieillir en France ; Les Mots du vieillir ; Écrire le vieillir ; Le Vieillir en littérature ; Vieillir à l’âge victorien ; Vieillir en exil ; Vieillir, c’est quoi pour vous ? ; Vieillir dans le métier ; Admirable tremblement du temps ; L’Automne ; D’âge en âge

La différence entre les sexes dans le phénomène du vieillissement a déjà été soulignée par Simone de Beauvoir dans son étude La Vieillesse. Cette différence concerne non seulement les transformations physiologiques mais également les aspects sociaux, psychologiques et culturels du phénomène. Annette Keilhauer rappelle à juste titre dans l’introduction de l’ouvrage qu’ "il existe jusqu’au XXe siècle un discours social et culturel qui condamne la femme vieillissante en se focalisant presque exclusivement sur la perte de sa beauté physique et de sa fertilité". Le colloque qui croise la problématique du vieillir, des questionnements concernant le genre autobiographique et la perspective du gender a suscité des contributions variées s’appuyant sur une grande diversité d’expressions autobiographiques féminines.

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Christopher de Bellaigue : Orhan Pamuk and the idea of the novelist

Review of Orhan Pamuk, Other Colours (Faber), at TLS (19.03.2008) :

Perhaps inevitably for a book that has been put together from diverse sources, Other Colours is patchy and uneven. The writing on Istanbul, including chapters on fast food, Bosphorus ferries and earthquakes, is never less than diverting, but some good sections from the Turkish original, including an appreciation of the neglected Turkish writer Ahmet Hamdi Tanpinar, have been omitted, apparently for no better reason than to avoid alienating the Western reader. They have been replaced by obvious crowd pleasers such as a section, called “Views from the Capital of the World”, about New York. Pamuk is a better novelist than essayist. In a ponderous description of the effect that the Brothers Karamazov had on him as a boy, for instance, he takes a page to say what the arresting first line of his novel, the New Life, says in a sentence: “I read a book one day and my whole life was changed”. These infelicities are not lessened by Maureen Freely’s rather flat translation.

Brighter spots include a short story called “To Look Out the Window”. In this melancholy gem, Pamuk evokes the pre-adolescent listlessness he felt and the adult regret he observed while growing up, the scion of an affluent Istanbul family, in the 1950s. Other Colours also includes three fine speeches that he wrote for foreign audiences. In one, he describes the deadening effects his trial had on his creativity. In the second, he justifies his political abstinence in a country of passionate politics, his desire to “aspire to nothing but to write beautiful novels”, and his distrust of strong opinions, because “most of us entertain contradictory thoughts simultaneously”. The last chapter here, Pamuk’s Nobel acceptance speech, starts with a tribute to his father and ends up listing the reasons why he writes – as contradictory and human, and as full of altruism and egoism, as the author himself.

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Michael McCarthy : Irvine Welsh to revive Sick Boy and Renton in 'Trainspotting' prequel

From The Independent (17.03.2008) :

Welsh has been prompted to write their beginnings by finding in his attic earlier material for Trainspotting, gathered but not used – much of it from his own years on Edinburgh's housing schemes. "The thing is basically a prequel and will be about how Renton and Sick Boy went from being daft, young guys just out for the buzz to total junkies," he said. "It focuses on them when they are a couple of years younger, and shows how their attitudes and behaviour start to change as they become more defined by the drug and the culture around it."

"I had a great deal of material that, for various reasons, namely pace and because it didn't fit the time frame, wasn't suitable for the previous books," he said. "There's a particular section about Renton and Sick Boy's first visit to London to stay with their friend Nicksy in Hackney that I always wanted to publish, but it was just a bit too long.

"The others are first and second drafts from 1991 based on the same diaries and notes as the original Trainspotting. I only found them as I've been looking through boxes that have been in the attic for years – and I thought they'd been slung out ages ago."