Philippe Lançon : Tom Jones, de la cave au plafond

A French translation of Tom Jones is re-published by Folio/Gallimard, at Libération (03.01.2008) :

André Gide a résumé la qualité profonde du personnage : «Il n’aime la vertu que naturelle ; tout effort vers la perfection, dès que ne l’obtient plus naturellement l’amour, c’est l’orgueil qui l’exige et qui ne l’obtiendra qu’en nous dénaturant.» Or dénaturer un homme, c’est comme contenir un roman : ce n’est pas vivre. La libre nature du héros reproduit celle de l’auteur, et l’une et l’autre se déploient sans misère ni contrainte dans ce roman d’une puissance générale où tout, absolument tout, est invité et bienvenu «comme à une table d’hôte publique» : la société d’une époque ; les réflexions sur le cœur humain en toute période ; les digressions perpétuelles qui, en arrêtant le récit, le nourrissent et le relancent ; les parodies de l’Odyssée ou de l’Enéide (Fielding lisait et traduisait le latin et le grec, sa bibliothèque était l’une des mieux fournies de son temps) ; les réflexions d’autodéfense sur son art du roman («car, étant en réalité fondateur d’une nouvelle province littéraire, j’ai toute liberté d’édicter les lois qu’il me plaît dans cette juridiction») ; et - déjà - des assauts contre la misère impuissante du critique, qui «n’est rien de plus que le greffier chargé de transcrire les règles et lois établies par les grands juges que leur vaste et puissant génie a érigés en législateurs», mais qui, sous l’effet de l’ignorance générale, a commencé d’«envahir le pouvoir et de s’arroger la dignité de son maître».

Comme Don Quichotte, que Fielding avait lu, Tom Jones découvre l’aube du roman - et, à l’aube, on est libre et on voit tout. C’est donc un roman formidablement dilaté. Ses mille pages divisées en dix-huit livres semblent durer une vie et parcourir la terre entière, quand les aventures ne se déroulent que sur peu d’espace et de temps. Mais le chevalier à la Joyeuse Figure parcourt sa Manche britannique avec tant d’énergie, talonné par tant de chiens et de mots, qu’on y perd pendule, boussole et toute espèce de médiocrité orientée. Gide : «Les pires égarements de Tom Jones ne sont jamais suivis de remords ou de repentirs ; s’il les regrette, c’est qu’ils ont pu peiner Sophie.» Sa Dulcinée concrète. On ne saurait mieux dire sa délicatesse ni donner de meilleure raison de lire ses aventures, matrice du roman anglais, dont Gallimard republie en poche, légèrement revue, l’édition de la Pléiade (la préface de Jacques Brenner, dans la précédente édition Folio, aurait mérité d’être reproduite).

I love 18th century English novels : Fielding, Smollett, Richardson, Sterne, Wallpole, Mrs. Radcliffe,... Are their novels like Encyclopedia at that time ?

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Murielle Lucie Clément : Le Clézio. Architecture d’un malaise existentiel

Revue de Ruth Amar, Les Structures de la solitude dans l’œuvre de J.M.G. Le Clézio, Paris, Publisud, 2004, à Fabula Acta (27.12.2007) :

Les Structures de la solitude dans l’œuvre de J.M.G. Le Clézio tourne autour d’une question fondamentale : qu’est-ce que la solitude redéfinie par l’écriture le clézienne ? Plusieurs critiques avaient déjà mis en lumière les principaux éléments fondateurs de l’écriture le clézienne, tels le désert, le silence, la nature, entre autres, mais aucun ne les avait reliés à la solitude, matrice qui les rassemble tous. Le mérite revient à Ruth Amar d’avoir approfondi la solitude et ses effets chez Le Clézio. Quelle est-elle ? Est-elle un élément structurel des romans par sa présence indéniable ? Amar recense toutes les visions possibles de la solitude dans cet ouvrage en deux parties dont la première traite de la mise en solitude des paysages et la seconde de la création du personnage en solitude.

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L'écrivain Julien Gracq est mort

Le Nouvel Observateur (23.12.2007) annonce :

L'écrivain Julien Gracq est mort samedi 22 décembre à Angers des suites d'un malaise, a-t-on appris dimanche. Il avait 97 ans.

L'auteur du "Rivage des Syrtes" et de "Eaux Etroites" avait été hospitalisé au CHU d'Angers en début de semaine, en raison d'un malaise à son domicile de Saint-Florent-le-Vieil (Maine-et-Loire), où il vivait retiré depuis de nombreuses années, a précisé son entourage.

Je l'ai oublié longtemps, Julien. Je vais le relire...

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Audrey Gilles-Chikhaoui : Barbey critique, critiques sur Barbey

Revue de La Revue des Lettres modernes, série Barbey d’Aurevilly, n° 18, « Sur la critique », Minard, Lettres modernes, 2004, à Fabula Acta (17.12.2007) :

Vertigineuse entreprise que de rendre compte d’articles critiques sur l’œuvre critique de Barbey d’Aurevilly… Si l’entreglose décriée par Montaigne n’est pas loin, il n’en demeure pas moins cependant que la lecture attentive de ce numéro de la revue consacrée à Barbey d’Aurevilly a le mérite de lever le voile sur un pan de l’œuvre aurevillienne. En effet, s’il est connu de nos jours comme romancier, Barbey a produit de nombreux articles et critiques, regroupés sous le titre Les Œuvres et les Hommes, que les éditions Les Belles Lettres ont commencé à publier en 2005. La revue regroupe donc divers articles autour de ces œuvres critiques dans une première partie, consacre une deuxième partie à des mélanges, deux articles sans lien avec le thème principal retenu, et s’achève sur un carnet critique.

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Entretien avec Michel Tournier

Du Nouvel Observateur (19.12.2007) :

Le Nouvel Observateur. Votre vocation première était la philosophie. Avez-vous des regrets de ne pas l’avoir enseignée? Etes-vous, grâce à la littérature, un philosophe de contrebande ou un écrivain par compensation?

Michel Tournier. – Ah oui, un philosophe de contrebande. J’ai aimé et choisi la philosophie. J’ai eu la chance d’avoir comme professeur Maurice de Gandillac, qui est mort tout récemment à plus de 100 ans et avec qui je suis resté toute ma vie en rapport. Je suis parti en Allemagne dès le lendemain de la guerre – l’Allemagne n’était qu’un monceau de ruines fumantes – pour y étudier la philosophie, et j’y suis resté quatre ans. J’ai des idées très classiques en philosophie, et je suis irrité tous les ans quand je vois les sujets du bac. Un vrai sujet de philo, qu’est-ce que c’est? C’est par exemple l’argument ontologique de l’existence de Dieu par Leibniz. L’argument ontologique, la preuve de l’existence de Dieu, a été établi par saint Anselme, archevêque de Canterbury, accepté par Descartes, Leibniz, Spinoza, Malebranche, et il faut attendre Kant pour qu’il soit réfuté. Pour moi, c’est ça la philosophie. Comme le quadruple paradoxe du beau selon la «Critique du jugement» de Kant. Voilà un autre grand sujet de philosophie, admirable. Ce sont des choses qui vous bouleversent quand vous les découvrez. Mais des sujets tels que «Quel rapport y a-t-il entre l’amour et l’amitié?», ça, c’est de la foutaise, c’est de la littérature de quatre sous. Quand j’ai été recalé à l’agrégation, on m’avait interrogé sur des sujets complètement imbéciles, du sous-Marcel Proust. La psychologie, la psychanalyse, c’est vraiment la chienlit de la philosophie. La philo, c’est d’abord et avant tout l’ontologie et la métaphysique. Je ne regrette donc pas d’avoir raté ma carrière de philosophe. Je le dis souvent aux enfants quand on m’invite dans les classes: «Vous savez, j’en suis un exemple. Ce n’est pas mal de commencer sa vie par un échec. Parce qu’on se remet sur pied et qu’on repart plus fort.» C’est ce que j’ai fait pour la littérature, et tout mon problème, c’est qu’au fond je suis philosophe et ne suis que cela. Il faut donc que j’aie l’air d’un romancier, que je raconte des histoires. Toute mon esthétique tient dans trois vers de Lanza del Vasto, d’origine sicilienne mais poète de langue française qui a écrit: «Au fond de chaque chose un poisson nage / Poisson de peur que tu n’en sortes nu / Je te jetterai mon manteau d’images.» C’est toute mon esthétique. Au fond de chacune de mes histoires il y a une vérité métaphysique qui nage. Vérité métaphysique, de peur que tu n’en sortes nue, je te jetterai mon manteau de petites histoires de forêts, d’animaux, de chasse, de pêche, de voyages, d’amour, etc. Voilà à peu près tout mon problème. C’est-à-dire que j’ai quelque chose à dire, mais je le dis en contrebande, déguisé. Et, mon Dieu, ça marche souvent.

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Léopold Boyer : Sade visible

Revue de Michel Delon, Les vies de Sade. Paris, Textuel, 2007, à Fabula Acta (11.12.2007) :

On se souvient que Michel Delon a édité une part importante de l’œuvre du marquis de Sade pour Gallimard dans trois volumes de la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » (1990, 1995, 1998), qui constituèrent un évènement dans le champ des études sadiennes. Rappelons également qu’il a aussi, depuis, codirigé la tenue et la publication des actes de deux colloques consacrés à l’auteur : Sade en toutes lettres : Autour d’Aline et Valcour (2002, publication chez Desjonquères en 2004), avec Catriona Seth, et Lire Sade, premier colloque international sur Sade aux USA (2003, publication chez L’Harmattan, en 2004 également) avec Annie Le Brun, Marcel Hénaff et Norbert Sclippa. Enfin, on ne se lancera pas ici dans une recension des articles qu’il a consacrés au sujet. Voir, à nouveau, le nom de Michel Delon associé au titre d’un ouvrage sur ce marquis qu’on dit divin, n’a donc rien en soi de particulièrement surprenant. En revanche, la forme de l’ouvrage en question peut quant à elle susciter, au moins de prime abord, plus d’étonnement.

C’est que les deux volumes grand format réunis en coffret sous le titre Les vies de Sade ne constituent pas, cette fois, un essai : il s’agit – et Michel Delon emploie à plusieurs reprises le mot dans son introduction – d’un « album ». Album qui « se présente […] comme un distique », toujours selon l’auteur (p.5), quoique l’organisation de celui-ci soit un peu plus complexe que cela, trois parties distinctes prenant place dans les deux volumes : « Sade en son temps », « Sade après Sade » et « Sade au travail », les deux premières parties occupant une place (d’ailleurs inégale) au sein du premier volume tandis que la troisième occupe tout le second.

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Vincent Roy : Marcel Proust, un monsieur qui raconte et qui dit "Je"

Revue de Correspondance de Marcel Proust, choix de lettres et présentation par Jérôme Picon, GF Flammarion, 382 p., 8,30 €., au Monde (06.12.2007) :

Dans une lettre qu'il adresse au frère de Léon Blum en 1913, Marcel Proust explique, à propos de la Recherche : "Je ne sais pas si je vous ai dit que ce livre était un roman. Du moins, c'est encore du roman que cela s'écarte le moins. Il y a un monsieur qui raconte et qui dit : Je."

Ce "monsieur", sur bien des points, n'est pas éloigné de celui qui dit "Je" dans la Correspondance - autre gigantesque roman. Ce "monsieur" est encore une création de Proust. C'est-à-dire un personnage, "au sens romanesque" : voici donc le vrai héros de cette Correspondance, son sujet changeant, qui échappe à la situation, franchit le discours et se "diffracte dans le regard de l'écrivain".

"Je ne suis qu'un corps neutre", avertit Proust, qui "décroche de lui-même", comme le démontre Jérôme Picon dans sa brillante présentation d'un choix d'une centaine de lettres de l'auteur de La Prisonnière. Au vrai, ce décrochement prend la forme d'un soliloque : "Il s'agirait de s'écrire pour être lu par d'autres que ceux auxquels on feint de s'adresser", remarque aussi Jérôme Picon. De quoi nous parle-t-on ici ? De littérature. Voilà la seule obsession de Proust, dont les lettres portent une parole qui vise, exactement, ce que la littérature exige : elles ne sont pas seulement "un miroir tendu où se figurer sous la forme de mots, mais un relais de cette vision" qui trouve, au-delà du destinataire avéré, "son véritable public".

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Roberto Bolaño, "Álvaro Rousselot’s Journey"

The New Yorker (26.11.2007 Issue) has Bolaño's short story.

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Bertrand Mialaret sur Mo Yan

De Rue89 (21.11.2007) :

Torrent rabelaisien, grande puissance d’évocation et de création d’atmosphère, tels sont les qualités des grands romans de Mo Yan qui ne dédaignent pas le sordide ou la vulgarité. Parfois la composition est si complexe ("Beaux seins ,belles fesses") que le traducteur américain, Howard Goldblatt pratiqua avec l’accord de l’auteur coupures et réorganisation de chapitres! Mo Yan, qui est membre du parti communiste chinois, a toujours lutté pour son indépendance et ses démêlés avec la censure démontrent l’absurdité de celle –ci: "Le pays de l’alcool", son roman le plus dévastateur sur la corruption des cadres n’a pas été interdit! Après avoir obtenu un prix, "Beaux seins, belles fesses" a été interdit puis publié à nouveau sans coupures. A l’intérieur du système, ce colonel de l’armée populaire de libération, reste un homme libre.

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Dumitra Baron : L’altérité, modes d’emploi

Revue de L’autre de l’œuvre, sous la direction de Yoshikazu Nakaji, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, coll. « L’Imaginaire du texte », 2007, 363 p., à Fabula Acta (14.11.2007) :

Les articles réunis dans ce volume ont été présentés lors de la « troisième rencontre triangulaire des Universités de Paris 8, de Genève et de Tokyo, qui eut lieu du 13 au 15 novembre 2003 sur le campus Hongo de l'Université de Tokyo » et prolongent les deux rencontres précédentes « Le Temps des œuvres  : mémoire et préfiguration » (Paris 8, 1999)1 et « L'œuvre illimitée » (Genève, 2001) (p. 6). L'ouvrage se veut une discussion animée sur l'identité de l'œuvre en fonction de ce qui lui est autre : du point de vue de la création et de la réception, des transformations d'une œuvre à l'autre et des éléments caractéristiques. Nous observons en même temps la richesse des contributions qui relèvent non seulement du domaine littéraire, mais aussi du domaine de la philosophie, du cinéma, de l'opéra ou de l'histoire. Il faut mentionner aussi le fait que les articles portent sur différentes époques (du XVIe siècle jusqu'au XXe siècles), ce qui indique la pertinence et l'ampleur de ce thème. Les trois volets autour desquels s'organise l'ouvrage sont : « L'œuvre et son dehors », « L'œuvre en son devenir » et « L'autre dans l'œuvre ».

Dans l'Avant-propos, Yoshikazu Nakaji énonce les principaux axes du volume (l'altérité extérieure — le « dehors » de l'œuvre, l'altérité intérieure — le « devenir » de l'œuvre et l'altérité que l'œuvre représente – l'autre dans/de l'œuvre) et argumente le choix d'un tel thème de recherche : « Quelles relèvent de la linguistique, de l'intertextualité ou de la réception, les réflexion théoriques modernes ont au moins la vertu de nous apprendre, parfois par leur excès même, à aborder avec plus de prudence et de pertinence les questions de l'auteur et de l'œuvre » (p. 5).

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Timothée Picard : Le devenir du « temps Baudelaire » ou l’éternelle hypocondrie de l’art moderne

Revue de Catherine Coquio, L’Art contre l’art, Baudelaire, le « joujou » moderne et la « décadence », Bandol, Vallongues, 2005, à Fabula Acta (09.11.2007) :

Voici un ouvrage doublement capital.

Capital, d’abord, parce qu’au terme de la grande ferveur décadentiste dont une partie de l’université française a fait preuve dans les années 1980-1990, une ferveur qui s’est révélée à plus d’un degré (volontaire ou involontaire) passionnante, il offre un des « récits » les plus pénétrants, les plus intelligemment et subtilement construits jamais dégagés de cette rencontre fantasmatique, pratiquée en synchronie comme en diachronie, entre un schème philosophico-historique (la décadence, déclinée en plusieurs paradigmes connexes) et une histoire (grosso modo les années 1860-1900, avec, pourtant, les catastrophes de la moitié du siècle et notre contemporanéité en ligne de mire) ; en même temps qu’il propose une (ré)évaluation parfaitement démystifiante de ce que la fin du XXe siècle a bien voulu y chercher et inventer.

Capital, ensuite, parce que, en tant que somme extrêmement cohérente et homogène d’articles parus entre 1986 et 2000, ce livre permet en partie de suivre et comprendre le parcours intellectuel de Catherine Coquio, passée progressivement desdites études décadentistes à l’examen direct et entier des littératures confrontées aux catastrophes historiques du XXe siècle. Et aussi, en corollaire (et à rebours), pourquoi la production artistique dont il est question ici est envisagée d’une telle façon, c’est-à-dire d’une façon telle que « l’esthétique, le poétique et le politique s’y côtoient forcément » (« Explications », p. 355), et que l’entreprise semblât dans sa globalité placée sous le signe inévitable du procès, de l’évaluation, et du sauvetage.

L’essai, donc, est à plus d’un titre engagé, et ce n’est pas la moindre de ses qualités (ceci est évidemment vrai pour l’ensemble des travaux de Catherine Coquio) : il ne s’agit pas ici pour elle de s’adonner à une quelconque confrontation relativiste des discours sur / de la modernité, encore moins de proposer que l’on en referme la page par l’entremise désengagée, ironique et supposée lucide, de quelque paradoxe terminal. Il s’agit au contraire d’en dégager de façon intellectuellement militante (donc sérieuse et fortement charpentée), par-delà les mythes dont l’ont encombrée certains « pro- », « post- » et « anti- » (et dont les linéaments –ainsi semble l’avoir enseigné l’histoire- appellent toujours à quelque anticipation vigilante), sa valeur éthico-esthétique perpétuellement agissante et vivante. Cet engagement suppose évidemment quelques choix, de même que l’établissement d’une généalogie de pensées « familières » à l’auteur et, si l’ensemble de l’ouvrage décortique donc de façon particulièrement rigoureuse et systématique les constructions mythiques qui nourrissent le récit de la modernité, et leur raison d’être (à commencer par « l’accaparement Baudelaire »), il s’articule également autour de quelques figures plus ou moins posées en référence –T. Mann, Broch, Musil, Bloch, Adorno, et surtout Benjamin- dont l’axe, cohérent et homogène, ne saurait être entièrement soumis au même régime d’interrogations. En quoi –fait rare parmi les littéraires- Catherine Coquio supporte sans difficultés –et de plus en plus- un qualificatif qui, pour peu qu’il soit employé avec parcimonie et considéré non comme une donnée ringarde mais bien comme une nécessité et une urgence, nous semble être un éloge de premier ordre : celui d’« intellectuel(le) ».

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Fabrice Hadjadj : Faut-il blanchir Blanchot ?

Revue de Maurice Blanchot, Chroniques littéraires du Journal Des Débats, avril 1941-août 1944, Gallimard, 667 p., 30 €, au Figaro (25.10.2007) :

Le parcours de Blanchot a été l'objet des interprétations les plus variées. Certains spécialistes ont voulu le ramener à l'unité en affirmant que Blanchot resta toujours idéologiquement terroriste. Son oeuvre obscure serait la continuation de la terreur par d'autres moyens : une impatience de l'absolu, incapable de suivre les discontinuités et les nuances du réel. Mais n'est-ce pas une divinisation à l'envers que d'octroyer à l'homme cette cohérence complète ? D'autres séparent radicalement l'oeuvre et l'engagement, affirmant que la première est essentielle, et le second négligeable. Mais l'existence a-t-elle moins de poids que les livres ? Et l'écrivain s'absente-t-il entièrement de son texte ? D'autres encore voudraient le blanchir à travers sa conversion de l'extrême droite à l'extrême gauche, comme si celle-ci n'était que bonnes intentions, et celle-là tout entière exécrable. Or, la rhétorique déballée en 1936 contre Blum, l'écrivain soi-disant « voué au silence de la littérature » la déploie à neuf après 1958, non moins haineuse, contre de Gaulle. En mai 1968, Blanchot se veut de toutes les manifestations et participe à des comités d'actions regroupant étudiants et écrivains, comités qu'il conçoit alors comme une forme de communauté supérieure, s'opposant à toute organisation. À la fin de l'année, cependant, il rompt avec ses amis révolutionnaires. Le sort des Juifs est une fois de plus ce qui le rappelle à la mesure. Dans une lettre à Lévinas, il parle de ceux qui ont « joué l'irréflexion, l'usage de concepts vides (impérialisme, colonisation) et aussi le sentiment que ce sont les Palestiniens qui sont les plus faibles et qu'il faut être du côté des faibles (comme si Israël n'était pas extrêmement, effroyablement vulnérable) »

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Entretien avec Isa Dick

Sur son père Philip K. Dick. Recueillis par Olivier Delcroix au Figaro (11.10.2007) :

Quel genre d’homme était-il ?

C’était quelqu’un de très intelligent, de très cultivé, de trèsmalin. Il était capable de parler de tout avec aisance, des champignons comme de l’histoire de la Russie. De littérature française comme de politique internationale. C’était hallucinant. Pourtant, il ne me faisait jamais sentir mon inculture. Enfant, il faisait tout pourme rassurer, pourm’encourager. Un soir, je me souviens qu’il m’a lu Rough, la première nouvelle qu’il avait publiée. Ce texte dépeint la terreur qu’éprouve un chien devant les éboueurs… Mais du point de vue de l’animal ! Il essayait de savoir si je devinerais rapidement qui était le narrateur de l’histoire. Et comme j’ai vite trouvé, ilm’a dit que certains professeurs d’université n’avaient toujours pas compris.

Vous souvenez-vous de l’avoir vu au travail ? Quelles étaient ses habitudes ? Ses rituels ?

Je me rappelle surtout de sa machine à écrire. Une Olympia qu’il avait achetée en 1964, et dont il ne s’est jamais séparé. C’était fascinant de le voir travailler, parce qu’il tapait avec ses deux index. Mais avec quelle rapidité ! Le reste du temps, il le passait à déambuler dans la maison, à tourner en rond, en pensant sans doute à son prochain livre. À l’époque, il travaillait principalement sur La Trilogie divine et sur son journal intime, L’Exégèse.

La mort prématurée de sa soeur jumelle a-t-elle influencé sa vie et son oeuvre ?

Oui. Bien sûr. Sa soeur jumelle Jane est morte à deux mois. Et il est clair que cela a influencé sa vie et son oeuvre. Il parlait souvent d’elle. Jenny était devenue son obsession au fil des ans. C’est sans doute pour cela que, souvent dans ses romans, revient le thème de l’ubiquité… Moi aussi, j’ai des jumeaux, Lucas et Dilan. Dans la famille, il semble que nous ayons des prédispositions…

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Nadja Cohen sur La littérature à l’ère de la reproductibilité technique

Revue de La Littérature à l’ère de la reproductibilité technique : réponses littéraires aux nouveaux dispositifs représentatifs créés par les médias modernes. Penser la représentation I. Textes réunis par Pierre Piret, Paris, L’Harmattan, 2007, à Fabula Acta (24.09.2007) :

La littérature à l’ère de la reproductibilité technique constitue le premier volet de la publication des actes d’un colloque intitulé « Penser la représentation » qui s’est tenu à Louvain-la-Neuve puis à Toulouse en février et avril 2005. Le titre de l’ouvrage renvoie au célèbre essai de Walter Benjamin, L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique. La référence au critique allemand n’a rien de gratuit ; ce dernier fut en effet l’un des tout premiers à mettre en perspective la mutation fondamentale de civilisation qu’entraîna l’irruption des nouveaux médias (photographie, phonographe, cinéma) au XIXe et au début du XXe siècle, en examinant notamment la façon dont la littérature en prit acte.

......

Ginette Michaux étudie le rapport fétichiste de Proust à la photographie : « réduit, momifié, fixé dans le visible de l’image, l’autre est à la disposition du collectionneur », contrairement à ce qui a lieu dans les scènes de rencontre du roman proustien. Elle s’intéresse ensuite au rôle de quelques photographies dans la diégèse de la Recherche. Support du désir, la photographie, mieux que la personne réelle, satisfait la pulsion scopique du regardeur et offre une place centrale à la question du genre (gender) à la faveur d’un véritable « montage pulsionnel ».

En relation avec Benjamin et Proust.

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Entretien avec Aldo Zargani

De la Revue des Ressources (10.09.2007) :

Olivier Favier : Vous êtes devenu écrivain sur le tard. Le sujet que vous abordez vous a hanté toute votre vie. J’aimerais revenir sur ce que vous dites dans votre introduction à la seconde édition du livre, en 2004. Que reste-t-il de l’enfant et de l’adolescent dans l’homme mûr que vous êtes ?

Aldo Zargani : Je ne suis plus aujourd’hui un homme mûr, je suis devenu un vieil homme désormais. En écrivant mon livre, j’espérais que l’enfant effrayé et indigné qui vivait en moi, se déplacerait enfin sur la page écrite. Au lieu de quoi cet enfant, éveillé et conscient, est resté dans mon cerveau, et, ce qui est pire, alors que c’était moi qui l’interrogeais au début, c’est lui maintenant, c’est lui qui m’assaille de questions. La plus fréquente est celle-ci : « Cher petit vieux, durant toutes ces années où je t’ai laissé vivre pour que tu penses à ce qui m’était arrivé, as-tu trouvé enfin la solution ? Peux-tu m’en dire le pourquoi ? »

L’écriture de mon roman a été rendue possible par le fait que ce terrible enfant,malgré tout, était joyeux alors, et est resté joyeux, alors que dans le moi qui a survécu le deuil a continué à grandir. J’ai constaté que cet étrange phénomène ne concerne pas seulement ceux qui sont juifs. Les enfants survivants de Sant’Anna di Stazzema, vieux eux aussi, ont placé sur l’autoroute Livourne-Gênes un énorme écriteau touristique qui représente une petite fille échevelée qui essaie vainement de s’enfuir. Dessous on peut lire ce message à destination des automobilistes en route pour la Riviera : « Visitez Sant’Anna di Stazzema, le village des massacres. » Le village des massacres, pendant quelques années encore, reste en chacun de nous et vaut peut-être la peine d’être visité.

Je ne crois pas que la mémoire soit suffisante, je crois que l’est au contraire la question à laquelle je ne sais pas répondre : Pourquoi ?

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Lila Azam Zanganeh : traduire sans trahir

Revue de Dire presque la même chose. Expériences de traductions d'Umberto Eco. Traduit de l'italien par Myriem Bouzaher, Grasset, 464 p., 22,50 €., au Monde (13.09.2007) :

La main du traducteur est-elle transparente ? Sans doute, si tant est que la traduction se contente de "dire la même chose dans une autre langue". Or, dans ses innombrables expériences de traductions relatées dans Dire presque la même chose, Umberto Eco installe l'enjeu philosophique de l'exercice dans cet adverbe, "presque", subrepticement glissé dans le titre et pourtant si crucial.

C'est sur un "ton de conversation", dans le cadre d'un propos qu'il annonce à rebours de tout systématisme, qu'Umberto Eco se lance dans la rédaction d'un étonnant livre ouvert. Non pas une "théorie de la traduction", mais une série illustrative issue en grande partie de ses expériences personnelles. Car Eco a lui-même consacré plusieurs années à la traduction italienne de Sylvie de Gérard de Nerval et des Exercices de style de Queneau. Il a, comme éditeur chez Bompiani, supervisé et corrigé les traductions de centaines de livres. Et surtout, il a été traduit, dès la parution du Nom de la rose en 1980, dans plus de trente langues. Pour toutes celles qu'il connaissait peu ou prou, Eco a travaillé en collaboration avec ses traducteurs. De bons traducteurs, déclare-t-il, peuvent expliquer à l'auteur certains problèmes de traduction, y compris dans les langues qu'il ne connaît pas. L'auteur, à son tour, "suggère" alors quelques libertés afin de "contourner l'obstacle", que ce soit en russe, en hongrois ou en japonais.

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Benjamin Kunkel : In the Sonora

On Roberto Bolaño at LRB (06.09.2007 Issue) :

Bolaño’s desperado image is a large part of his appeal. His revolutionary politics and the personal risk they entailed, the movement he founded, his poverty, exile and addiction, his death in his prime: the combination of these elements is foreign to the increasingly professionalised career of the contemporary writer. Bolaño’s dishevelled, wandering characters are, more profoundly than they are left-wing, anti-bourgeois, which is to say disdainful of comfort, security and success: an attitude more than a politics, but the attitude is deeply felt. Even to write ‘marvellously well’, Bolaño declared, was not enough; ‘the quality of the writing’ depended on the author’s understanding ‘that literature is basically a dangerous calling’.

But Bolaño would not be so strange or significant a writer if he had not found a way of handling his dangerous calling with simultaneous reverence and irony. And ‘calling’ is the word: there is never any question in Bolaño of another vocation. He is a writer for whom what Nietzsche said about music would seem to go without saying about literature: without it, life would be a mistake. But there is also an important sense – as Bolaño demonstrates again and again – in which both he and his narrators are without literature, in the desolate way that a religious person might find himself without God. Part of this is simply that these stories and novels narrated almost exclusively by and about poets don’t contain (with one notable exception) any examples of the poets’ verse, and Bolaño often invites us to doubt how much a poet writes or how well. But it’s not just that his fiction about poets excludes their poetry; his fiction excludes many of the familiar components of fiction. Sponsored and sustained by devotion to literature, these books nevertheless abstain from what we think of as literary writing. In Bolaño’s fiction, it is as if – but only as if – literature were what he was writing about, but not what he was doing.

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Boris Lyon-Caen, Balzac et la comédie des signes

Julien Schuh's review on Boris Lyon-Caen, Balzac et la comédie des signes. Essai sur une expérience de pensée (Presses Universitaires de Vincennes, coll. La Philosophie hors de soi, 2006), à Fabula Acta (03.09.2007) :

Une étude sur Balzac dans une collection traitant des limites poreuses entre la littérature et la philosophie – cela semble a priori logique, étant donné l’intérêt du romancier pour la métaphysique et toutes les formes d’idéalisme. Mais Boris Lyon-Caen ne s’attache pas aux essais philosophiques, somme toute assez décevants, de l’auteur de la Comédie humaine ; au contraire, c’est dans cette œuvre-monde même qu’il cherche les éléments d’une pensée du roman, d’une réflexion sur la spéculation théorique et sur ses limites. Balzac expose en effet, comme en creux, une théorie de la connaissance par les choix qu’il opère dans ses textes ; Boris Lyon-Caen dévoile cette « comédie des signes », cette ontologie balzacienne des signes, fondée sur trois postulats : le texte est une « forme-sens », à la fois matière et pensée ; le lecteur doit être capable de voir à tous les niveaux possibles du texte de l’expressivité, un sens virtuel à dégager ; enfin, la littérature est une « philosophie sans concept », une manière de penser libérée des cadres de la logique traditionnelle et susceptible par là de les remettre en question.

Les rouages de cette « littérature idée » font l’objet des quatre parties de cet essai, quatre « stases » qui sont autant de lectures possibles de la Comédie humaine, autant d’étapes dans l’exposition de cette pensée inconsciente du roman.

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RIP : Edward G. Seidensticker

A great man of letters died. From The Japan Times (28.08.2007) :

Edward G. Seidensticker, renowned American translator of Japanese literature, including a 1975 rendering of "The Tale of Genji," died Sunday in a Tokyo hospital, sources close to Seidensticker said. He was 86.

Seidensticker had been in a coma since fracturing his skull in a fall four months ago. Though a private funeral is planned according to his wishes, a public farewell gathering will reportedly be held later in the year.

"It's a great loss. He was one of the pre-eminent translators," said Donald Richie, a noted commentator on Japanese culture and a close friend of Seidensticker.

Richie, who called "The Tale of Genji" Seidensticker's best work, said the translation owes its beauty to Seidensticker's phenomenal command of English.

"He was reading Jane Austen all the time during the Lady Murasaki (translation). And there was some sort of magical element that the two have sort of come together in that translation," he said. "It's the only translation of 'Genji' that I know of that is imbued with this kind of love, this kind of delicacy."

Janet Pocorobba, "Edward G. Seidensticker", Metropolis.

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Elsa Jeandel : Baudelaire comique

Revue sur Alain Vaillant, Baudelaire, poète comique, Presses Universitaires de Rennes, coll. « Interférences », 2007, 344 p., à Fabula Acta (22.08.2007) :

Dès les premières pages de l’essai, le ton est donné : il s’agit de retrouver les traces mêmes du Baudelaire créateur de la seule œuvre vraiment concertée qu’il ait écrite : Les Fleurs du Mal. Alain Vaillant met ainsi de côté, provisoirement du moins, toutes les grandes études que les critiques anciens ou contemporains ont pu consacrer au poète, afin, dit-il, de rendre le son juste de la création poétique et non celui, faussé, d’une admiration par trop conventionnelle parfois. La démarche est celle d’une lecture authentique, offre au lecteur de partager un vrai enthousiasme dans l’exploration d’un des recueils poétiques les mieux accrédités de notre temps avec. On sait ainsi gré à Alain Vaillant de ne pas avoir alourdi ses propos de références critiques, de les avoir même réduites au strict nécessaire en fin de chaque partie, pour mener son étude au plus près d’un texte — et d’un homme dans son geste de création ?

Le ferment de toute l’étude d’Alain Vaillant réside dans un petit opuscule de Baudelaire, souvent relégué par les critiques, concernant le « comique absolu ». Baudelaire est, dans ce texte, très proche d’une réflexion métaphysique sur le comique (cependant loin des propos développés par Bergson). Pour lui, et cela gouvernera d’après Alain Vaillant toute la rédaction des Fleurs du Mal, le rire est associé d’emblée à la caricature. Il est une saisie spontanée de la conscience du déchirement entre faiblesse du corps et force de l’esprit. Cette conscience, par son impossibilité à transformer l’idéal en réel, adopte alors un ton détaché pour dire la déchéance dans laquelle le corps est entravé — et plus le ton est détaché, donc plus la déchéance du corps est peinte avec les plus vives et criardes couleurs, plus le comique est grand (et subtil). La poétique de Baudelaire se trouve ainsi énoncée et il ne reste plus qu’à en vérifier les effets dans les poèmes.

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Luc Sante : On the Road Again

Reviews Jacques Kerouac, On the Road : The Original Scroll, edited by Howad Cunnell (Viking), at The NY Times (19.08.2007) :

A writer sufficiently attuned to an idea can find all the materials required for its fulfillment lying around in the street. Kerouac, a working-class French Canadian boy from Massachusetts who won a football scholarship to Columbia but decided before long that he was less interested in sports than in writing, had given evidence of his obsession with the road as early as 1940. Meeting Neal Cassady, though, made it possible for him to write the mid-20th century’s answer to “Huckleberry Finn.” Cassady, with his need to move, his vast yahooing enthusiasm and his insatiable priapic drive, could have stepped out of Western legend. That he compulsively stole cars instead of guiding wagon trains and achieved enlightenment in bebop clubs rather than medicine lodges was merely a function of history. But he wasn’t a primitive, and was rather more than a found object. He read books and wrote sometimes spectacular letters, and he was more on top of the zeitgeist than his big-city admirers. He was a born hero and a euphoric lover of the world, who gave the Beats their soul, saving them — if just barely — from choking on their own mysticism.

In relation with Neal Cassady.

Also see Jonah Raskin, "Kings of the Road", The Nation (30.07.2007 Issue), and Alicia Rebensdorf, "50 Years on, Kerouac's 'On The Road' Reveals the Beatnik as a Tender, Geeky Romantic", AlterNet (21.08.2007).

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Brian Walsh : Japan's Prodigal Novelist Returns

Reports on and interviews with Haruki Murakami at Time.com (09.08.2007) :

The studied disconnection from the world that has made Murakami's early work so beloved of the fashionable literati — and the lonely young — has receded. In fact, responsibility is his animating principle these days. "I have a gift to write about these things," Murakami says of 1997's Underground, his oral history of the Tokyo subway gas attacks and a book he sees as a career turning point. "At the same time, I have a responsibility." Though he says he doesn't want to talk about Japanese politics, he returns to the subject again and again throughout a 212-hour conversation, bushy eyebrows bobbing as he worries about "politicians who rewrite history," and the growing tendency in Prime Minister Shinzo Abe's Japan to forget about wartime atrocities. Japanese history has always been in the background of his works — and his best novel, 1994's Wind-Up Bird Chronicle, dissected the groupthink that led Japan into a catastrophic war — but now he wants to act. "Before, I wanted to be an expatriate writer," he admits. "But I am a Japanese writer. This is my soil and these are my roots. You cannot get away from your country." Though he offers no specifics, Murakami hints that his next novel will address Japanese nationalism.

Agreed with him and I'm expecting for his next novel. Is "a 212-hour conversation" going out as a book ?

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I have a question although I think that Walsh's report is very good.

Walsh begins this article by introducing Murakami's Jingu Stadium episode. But is that borrowed from Wikipedia ? Walsh's plagiarism ? Furthermore, I've heard that the Jingu episode is famous in the West. What about it, Time editors ?

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Akutagawa Ryunosuke : "The Story of a Head That Fell Off"

Translated by Jay Rubin at Japan Focus (03.08.2007). Who writes this introduction, bacause it's anonymous ? :

Akutagawa Ryunosuke (1892-1927) is known primarily for his stories set in other times and places, but even at their most exotic or fantastic, his works deal with urgent modern themes. His Edo-period samurai stories emphasize the horror of violence and the emptiness of vengeance. "Shogun" (The General, 1924), a well-known portrait of a victorious general resembling Nogi Maresuke (1849-1912), the "hero" of the Russo-Japanese War of 1904-05, is a bitter satire of a man responsible for the death of thousands. "The Story of a Head That Fell Off," set against the Sino-Japanese War of 1894-95, is an intense cry against the absurdity of war that unfortunately remains as relevant in our barbaric twenty-first century as it was in Akutagawa's day.

Rubin's text is reprinted from Rashomon and Seventeen Other Stories (Penguin).

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Emilie Bickerton : The timeless Marguerite Duras

On Marguerite Duras, Cahiers de la guerre et autres textes (P.O.L.), at TLS (25.07.2007) :

These Cahiers de la guerre will be useful to anyone keen to understand Duras’s oeuvre more fully; the discreet, instructive editing is a bonus. But read in the context of her time, Duras doesn’t quite hold her ground convincingly, at least as a writer of ideas. While she evokes a memorable atmosphere, life in her novels is lived “in a desert-like light, raw and as far away from a dream as possible”. The question remains: where do her characters lead readers? The moment in La Vie tranquille (1949) when Françoise watches a man drown, half aware of the unfolding tragedy, but does nothing to stop it and is treated as an outcast by villagers for her appalling inaction, distils the Duras oeuvre: a detached, half-conscious protagonist looks out on to a world that she is ultimately powerless to affect.

Comparisons with Beauvoir are striking. Duras’s fictions exist in a world dominated by ennui, a sense of otherness from the world, full of intense emotions, but mostly internal experiences. When events and a historical context are required, there is a blandness to the writing that means one layer separates from the other; reality and how that reality is experienced become two distinct things. In Beauvoir’s work, the two remain soldered together because her literary aim was to present her protagonists as actors in the world, to explore where their moment of self-consciousness took them. In “La Femme brisée” (1967), for example, Monique is alone at her dining table: her husband has left her and her children have married. She stares at her abyss: the non-life she created, where she put everything into existing for others. But there is a sense of a beginning here: “I’m scared”, she says, as an introduction to what she might now begin to initiate. History has written Duras with her contemporary existentialists; it is necessary to split them apart. These Cahiers remind us of what is more timeless in Marguerite Duras’s contributions, as well as of her limitations.

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Donald Richie : Welcome additions to the newest anthology of Japanese literature

Reivews THE COLUMBIA ANTHOLOGY OF MODERN JAPANESE LITERATURE, Volume 2: From 1945 to the Present, edited by J. Thomas Rimer and Van C. Gessel, with additional selections by poetry editors Amy Vladeck Heinrich and Hiroaki Sato. New York: Columbia University Press, 2007, 864 pp., $ 59.50 (cloth), at The Japan Times (22.07.2007).

Great anthology, I admit. Comparable with Gallimard's Anthologies. However, Volume 1 included Inagaki Taruho but ignored Hisao Jyuran. In this review Richie doesn't mention Hisao, and Volume 2 still ignores him, I guess. Only Cécile Sakai positions him as a précurseur of new popluar literature.

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Margot Gayle Backus, The Gothic Family Romance

I came across this wonderful review on Margot Gayle Backus, The Gothic Family Romance: Heterosexuality, Child Sacrifice, and the Anglo-Irish Colonial Order (Duke, 1999), at Gothic Silk (17.07.2007) :

Tales of child sacrifice, demon lovers, incestual relations, and returns from the dead are part of English and Irish gothic literature. Such recurring tropes are examined in this pioneering study by Margot Gayle Backus to show how Anglo-Irish gothic works written from the eighteenth through the twentieth centuries reflect the destructive effects of imperialism on the children and later descendents of Protestant English settlers in Ireland.

Backus uses contemporary theory, including that of Michel Foucault and Eve Kosofsky Sedgwick, to analyze texts by authors ranging from Richardson, Swift, Burke, Edgeworth, Stoker, and Wilde to contemporary Irish novelists and playwrights. By charting the changing relations between the family and the British state, she shows how these authors dramatized a legacy of violence within the family cell and discusses how disturbing themes of child sacrifice and colonial repression are portrayed through irony, satire, “paranoid” fantasy, and gothic romance. In a reconceptualization of the Freudian family romance, Backus argues that the figures of the Anglo-Irish gothic embody the particular residue of childhood experiences within a settler colonial society in which biological reproduction represented an economic and political imperative.

In relation with Michel Foucault and the Gothic Romances.

 

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Marcel Schwob sur Robert Louis Stevenson

Un bel essai de Schwob est publié par La Revue des Ressources (11.07.2007) :

Je me souviens clairement de l’espèce d’émoi d’imagination où me jeta le premier livre de Stevenson que je lus. C’était Treasure Island. Je l’avais emporté pour un long voyage vers le midi. Ma lecture commença sous la lumière tremblotante d’une lampe de chemin de fer. Les vitres du wagon se teignaient du rouge de l’aurore méridionale quand je m’éveillais du rêve de mon livre, comme Jim Hawkins, au glapissement du perroquet : "Pieces of eight ! pieces of eight !"

J’avais devant les yeux John Silver, with a face as big as a ham - his eye a mere pinpoint in his big face, but gleaming like a crumb of glass. Je voyais le visage bleu de Flint, râlant, ivre de rhum, à Savannah, par une journée chaude, la fenêtre ouverte ; la petite pièce ronde de papier, découpée dans une Bible, noircie à la cendre, dans la paume de Long John ; la figure couleur de chandelle de l’homme à qui manquaient deux doigts ; la mèche de cheveux jaunes flottant au vent de la mer sur le crâne d’Allardyce. J’entendais les deux ahans de Silver plantant son couteau dans le dos de la première victime ; et le chant vibrant de la lame d’Israël Hands clouant au mât l’épaule du petit Jim ; et le tintement des chaînes des pendus sur Execution Dock ; et la voix mince, haute, tremblante, aérienne et douce s’élevant parmi les arbres de l’île pour chanter plaintivement : "Darby M’Graw ! Darby M’Graw !"

J'aime son écriture, très sincère et fascinante.

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Le jeu de Mo

Entretien de Brigitte Hernandez avec Mo Hayder au Point (28.06.2007). "Le jeu de mot" ?  :

N'en doutons plus. Cette jeune femme, si jolie, si délicate, est complètement folle. Dans cet hôtel de Saint-Germain-des-Prés, elle sirote un thé. Mo Hayder est-elle fatiguée ? On ne saurait le dire. Elle a l'air tout à fait bien, normale, mais on connaît ses écrits, on sait de quoi elle est capable ! Transformer des êtres humains en monstres répugnants, imaginer des meurtriers qui cousent des oiseaux morts sous la peau des victimes, et quoi encore ? Son visage aux traits fins, souriant, ravissant, ne laisse rien paraître. Elle parle de « Pig Island », une histoire dégoûtante où les animaux occupent encore une place déterminante : cette fois, des cochons. « Vous savez, avant, j'étais très anglaise. » A notre connaissance, Mo est toujours anglaise. Méfiance. « Je veux simplement dire que je considérais que les animaux étaient plus importants que les gens. » Ah !

Et ce prénom, Mo ? « Oh, un pseudo ! Je ne suis pas certaine du genre d'écrivain que je suis. » Ce qui veut dire ? « Rien de plus, j'aime bien me réinventer. » Réincarnation ? « Non, n'exagérons pas ! » C'est la meilleure ! Ce mot, exagération, prononcé par celle qui a réussi à nous faire croire, chapitre avalé après chapitre dévoré, que des cultes des cochons étaient célébrés sur « Pig Island », que la pauvre héroïne de « Tokyo », à la poursuite de l'impossible, allait être sauvée de l'enfer, que... Bref, elle nous a tout fait et on a marché, nous, pauvres lecteurs éblouis par sa maîtrise, son style, sa hardiesse !

Mo Hayder, Pig Island, Presses de la Cité, 2007.

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Écrire sur l’eau

Par Catherine d’Humières à Fabula Acta (10.06.2007). Sur In aqua scribis. Le thème de l’eau dans la littérature, Études réunies et préfacées par Michal Piotr Mrozowicki, Wydawnictwo, Uniwersytetu Gdanskigo, Gdansk, 2005 :

L’expression latine In aqua scribis se réfère à l’inanité de l’action, écriture ou autre, de l’interlocuteur auquel on s’adresse. Mais ce n’est pas dans cette acception qu’il faut comprendre le titre de cet ouvrage: il ne s’agit pas de l’eau comme support, mais de l’eau comme sujet de travail ou de création, et plus particulièrement de l’eau lorsqu’elle est mise en scène par l’écriture. En effet, de nombreux écrivains ont choisi d’utiliser dans leur œuvre, de façon plus ou moins manifeste, des références aquatiques positives ou négatives selon la fonction qu’ils voulaient leur donner. Le livre présenté ici réunit cinquante-trois articles qui étudient les relations entre l’eau et la littérature de langue française, fruit d’un colloque international qui s’est tenu à Gdansk. Il est donc logique qu’une bonne trentaine des auteurs soient des universitaires polonais; parmi les autres la France est la plus représentée, mais il y a également quelques chercheurs issus d’autres universités européennes (Allemagne, Espagne, Pays-Bas, Roumanie et Suède) et de plus loin encore (États-Unis et Turquie). Ce livre est un bel ouvrage d’un point de vue visuel : papier d’une belle couleur écrue, couverture d’un bleu profond, titre encadré d’une jolie gravure. On regrettera toutefois qu’il n’y ait pas eu de véritable relecture-correction car les approximations syntaxiques et orthographiques ainsi que des choix lexicaux très discutables rendent laborieuse la lecture de certains articles et difficile l’appréciation de la qualité de leur analyse littéraire.

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Une bibliothèque médiévale

Par Hélène Bouget à Fabula Acta (06.06.2007). Sur Lectures françaises de la fin du Moyen Âge. Petite anthologie commentée de succès littéraires, par Frédéric Duval, Genève, Droz, « Textes littéraires français » n° 587, 2007, 474 p. :

La démarche de F. Duval part du constat suivant : les œuvres du Moyen Âge aujourd’hui étudiées à l’université et considérées comme des modèles de la littérature médiévale ont en réalité, pour un certain nombre d’entre elles, été peu diffusées durant cette période. Hissées au rang de chefs-d’œuvre par les chercheurs et critiques du xixe siècle, elles ne nous sont parvenues qu’à travers une tradition manuscrite restreinte peu représentative de la bibliothèque idéale d’un lettré de la fin du Moyen Âge. Chrétien de Troyes, Marie de France, Guillaume de Machaut, pour ne rien dire des premières chansons de geste, font partie de ces redécouvertes tardives du xixe siècle qui orientent de façon anachronique notre représentation de ce que furent la littérature médiévale et sa réception aux xive et xve siècles. Que lisait-on donc vraiment en français à cette époque ? Telle est la question à laquelle F. Duval s’efforce de répondre dans une perspective historique et littéraire à la fois.

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L'Œil bleu, revue fin-de-siècle

Par Julien Schuh à Fabula Acta (03.06.2007). Sur L'Œil bleu, revue de littérature, XIXe-XXe, nos 1, 2 et 3 :

Rédigée par les soins de Nicolas Leroux et d’Henri Bordillon, la revue L’Œil bleu ne livre pas son programme dans une quelconque préface ou note de la rédaction. C’est sur la couverture, originale et bien composée, que s’affiche le parti pris de la publication : les auteurs choisis ne font pas l’actualité littéraire, ils n’appartiennent pas à la catégorie des « classiques de la littérature » enseignés (parfois) dans les écoles. Hugues Rebell, Adolphe Retté, G.-A. Aurier : ces minores de la belle époque se partagent l’affiche. Au dos de la revue, d’autres noms attendent le bonheur de la republication : Alfred Vallette, Laurent Tailhade, René Ghil, Louis Dumur, Léo Trézenik ; autant d’habitués du Décadent de Baju, du Mercure de France, de La Plume, autant de périodiques qui servent de modèle à L’Œil bleu. La revue leur emprunte une typographie et un papier soignés, des mises en page art nouveau inventives, un goût de l’encyclopédisme ; on a souvent l’impression de feuilleter une sorte de Magasin pittoresque de la littérature fin-de-siècle.

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Entretien avec Le Clézio

De Télérama (26.05.2007) :

On perçoit depuis toujours, dans vos écrits, une forme d’appréhension du monde presque écologiste : l’inscription de l’homme dans la nature, la prise en compte de cet environnement, l’affirmation de la nécessité de le respecter. Vous sentez-vous précurseur en la matière ?

Je ne crois pas être précurseur. Déjà Conrad – encore lui ! – évoque les pillages et les destructions auxquels les colonisateurs se livrent sur les lieux qu’ils ont conquis, leur absence absolue de respect, l’idée que ces lieux sont comme une corne d’abondance à laquelle puiser sans fin. Aujourd’hui, il est certain que beaucoup d’endroits dans le monde sont menacés par le réchauffement de la planète, ici par la montée du niveau des mers, là par la désertification. A l’île Maurice, que l’écrivain mauricien Malcolm de Chazal (1902-1981) déjà décrivait comme « un désert vert », on a remplacé les arbres par les plantations de canne à sucre ; et aujourd’hui, l’érosion des sols est dramatique, la pollution du lagon, spectaculaire. En voyant la vitesse avec laquelle l’état de la planète s’est dégradé, on ne peut pas s’empêcher de se sentir responsable. Je ne sais pas quelles sont les recettes pour arrêter d’abîmer ainsi la Terre, j’imagine qu’il n’y en a pas, mais des décisions peuvent néanmoins être prises. Quoi qu’il en soit, le but de la littérature n’est pas de militer ou de lutter pour ceci ou contre cela. La littérature, ce ne sont pas des idées, c’est du bruit.

Du bruit ?

Du bruit, du langage. Il n’est pas indifférent que ce bruit puisse retentir. Cependant, je me placerais du côté de ceux qui subissent plutôt que ceux qui agissent, car il me semble que les écrivains subissent le monde plutôt qu’ils ne veulent ou ne peuvent le transformer.

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Autour de Valéry

Par Maud Gouttefangeas à Fabula Acta (23.05.2007). Sur Paul Valéry, 12. Image, imagination, imaginaire autour de Valéry, textes réunis et présentés par Sang-Tai Kim, Caen, La Revue des Lettres Modernes, 2006 :

Le colloque international de Séoul, qui s’est tenu du 22 au 25 octobre 2002 à l’Université de Sung Kyun Kwan, a interrogé l’imagination valéryenne dans la situation d’entre-deux où elle affirme sa nature contradictoire : imagination située entre deux processus de création, abstraction et vision sensible ; entre deux modes d’expression, spatial et temporel ; entre deux cultures, orient et occident ; entre deux types d’images enfin, poétique et médiatique.

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Gao Xingian, The Case for Literature

Carlin Romano's bookreview on Gao Xingian, The Case for Literature (Yale), at Philly.com (20.05.2007) :

The Case for Literature brings together Gao's major statements and speeches on his title subject, including his Nobel address. You can imagine how intensely Chinese leaders would like him back.

Gao's signature credo remains that writers should live "without isms," the title of one of his essay collections. By a life without isms, Gao, an atheist by conviction and pragmatist by bent, means a humane, tolerant acceptance of life's uncertainty coupled with joy in life itself. The writer without isms "opposes totalitarian dictatorship but also opposes the inflation of the self to the status of God or Superman." (Gao hates Nietzsche's egoistical vision of man, and he denounces the German philosopher as much as he does political suppression of the individual.)

Gao frames his position as a human-rights issue. "To be without isms," he writes, "is the minimum right of a human being," the core of "intellectual freedom," a "form of resistance against death by a life that is full of vitality."

Literature, consequently, "has no duty to the masses," has "nothing to do with politics," and "can only be the voice of an individual." Imagine that frail young man who stood before the tank in Tiananmen Square to be a writer, and you pretty much have Gao's view.

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L’espace et le récit aux temps classiques

Par Robert Rakocevic à Fabula Acta (08.05.2007). Sur Marie-Christine Pioffet (avec la collaboration de Sara Cotelli pour le chapitre IV), Espaces lointains, espaces rêvés dans la fiction romanesque du Grand Siècle, Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, collection « Imago Mundi », 2007, 285 p. :

Doté d’un titre fort poétique, l’ouvrage Espaces lointains, espaces rêvés dans la fiction romanesque du Grand Siècle  est une étude universitaire ayant pour sujet les multiples aspects de l’écriture de l’espace dans le roman français classique. Le livre s’inscrit donc pleinement dans le programme formulé par François Moreau, directeur de l’élégante collection « Imago Mundi » des Presses de l’Université Paris-Sorbonne : interroger le sens de l’espace et de l’altérité en usant de méthodes « au confluent de la littérature pure, de l’anthropologie et de l’histoire des mentalités  ». L’argument de fond de l’ouvrage consiste en effet à mettre en évidence la double nature du roman de l’époque de Louis XIII et Louis XIV : d’un côté l’influence incontestable des nombreuses découvertes contemporaines dans le domaine de l’espace (géographie, cartographe, sciences, récits de voyage) et de l’autre la constance des a priori poétiques et rhétoriques traditionnels, de la mythologie (y compris les grands mythes de la courtoisie chevaleresque) et de l’imaginaire utopique, auxquels le roman demeure fortement attaché.

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Lampedusa, le prince du crépuscule

Par Pietro Citati au Monde (10.05.2007).

Continue reading "Lampedusa, le prince du crépuscule"

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Le Temps et l’Espace sont morts hier

Par Coralia Costas à Fabula Acta (03.05.2007). Sur Isabelle Krzywkowski, Le Temps et l’Espace sont morts hier. Les années 1910-1920 : poésie et poétique de la première avant-garde, Paris, Éditions L’Improviste, collection « Les Aéronautes de l’esprit », 2006, ISBN 2-913764-32-0, 277 p. :

Le Temps et l’Espace sont morts hier. C’est le titre à connotations apocalyptiques de l’ouvrage d’Isabelle Krzywkowski, emprunté à F. T. Marinetti et à son Manifeste du futurisme du 20 février 1909, information précisée dans les pages d’ouverture du livre. Similairement, une autre indication nous apprend que le titre de la collection est tiré d’une phrase de l’Aurore, de Nietzsche, « Nous autres aéronautes de l’esprit ! ». Autrement dit, le Temps et l’Espace sont morts hier, tout comme l’Auteur, le Personnage, le Moi unique et souverain. La redite, la paraphrase, l’intertextualité, l’allusion, l’appropriation et la recréation à partir de citations et morceaux de phrases appartenant aux prédécesseurs constituent en fait une tendance typique du XXe siècle, ce siècle qui commence par la mort du temps et de l’espace.

Notons pourtant qu’il s’agit d’une mort cathartique, régénératrice, car le vœu général de l’époque est pour un renouveau de l’art par un retour à la vie non mimée. C’est cette démarche qui consiste à rejeter l’imitation au profit d’une innovation créative, qu’Isabelle Krzywkowski trace à travers une perspective comparatiste dans le chapitre introductif intitulé « Les avant-gardes historiques avant le surréalisme ». Le livre est structuré en quatre sections, chacun incluant deux ou trois chapitres, dont une partie ont été écrits en tant qu’articles indépendants ou présentés dans le cadre de divers colloques, tandis que d’autres ont été rédigés en vue de la publication de cet ouvrage.

 

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Rilke, poète de l’intensité

Par Fedora Wesseler à Fabula Acta (03.05.2007). Sur Karine Winkelvoss, Rainer Maria Rilke, Belin, coll. « Voix allemandes », 2006 :

Après les derniers volumes consacrés à Franz Kafka et Heinrich Heine, la collection « Voix allemandes » de Belin propose maintenant une petite monographie sur Rainer Maria Rilke : conformément à l’esprit de la collection visant l’objectif de donner une introduction générale à l’œuvre d’un auteur, Karine Winkelvoss relève le défi d’écrire la poétique de Rilke sur un espace assez réduit. En cinq chapitres suivant la chronologie des écrits rilkéens, l’auteur en offre une lecture synthétique, mettant en relief la « permanence de certaines interrogations » (p. 15) qui animent l’œuvre de Rilke à travers ses différentes périodes de création. De la nécessité de trouver des formules pertinentes et faciles à retenir découle cependant non seulement le risque de laisser de côté des points qui pourraient être essentiels, mais aussi une certaine incohérence par rapport à la thèse avancée.

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Char, grandeur nature

"Un poète commande rarement à son heure d'arrivée. Des phrases, des mots, des thèmes sont donnés et d'autres à peine suggérés. Parfois, c'est la grâce, la part royale, le manuscrit n'est pour ainsi dire pas raturé, et tout le souhaitable s'y trouve. Certaines fois, c'est un tourment à coups de fourche !" — René Char (1980) au Nouvel Observateur (26.04.2007).

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Schelling : Philosophical Inquiries into the Essence of Human Freedom

From Philosophical Reviews (16.04.2007), Dale E. Snow's review on F.W.J. Schelling, Inquiries into the Essence of Human Freedom, tr. Jeff Love and Johannes Schmidt, State University of New York Press, 2006, 183pp., $50.00 (hbk). The first two paragraphs :

Philosophical Inquiries into the Essence of Human Freedom, "the most titanic work of German idealism" (Hans Urs von Balthazar) has received a careful new translation from Jeff Love and Johannes Schmidt. The last of Schelling's major works to be published in his lifetime, the Philosophical Investigations plays a uniquely pivotal role in Schelling's long life of scholarly productivity, at once dependent on the controversies of his youth for the context and vocabulary in which he expresses himself, yet anticipating developments in the ideas of freedom, personality, and the deep-rootedness of the human tendency to evil that were to dominate Western philosophy for the next century.

Love and Schmidt have improved upon James Gutmann's 1936 translation, usually referred to by its brief title, Of Human Freedom, in four important respects: they provide a more scholarly and philosophically nuanced introduction; the notes are more complete and more useful to first-time readers and scholars alike; six short supplementary texts by authors whose thought was especially influential on Schelling are appended to the translation; and most important of all, the translation is faithful to the point of idiosyncrasy. If the translators have sometimes made controversial choices, they have defended them well and in a way that illuminates the issues at stake.

 

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Marcel Proust et la musique

Par Adrien De Vries à Classicnews.com (15.04.2007) :

Reynaldo Hahn aimait souligner avec quelle vibration Marcel Proust "vivait" la musique de son temps. L'écrivain fut aussi à l'écoute des compositeurs anciens.

Le génie littéraire dans son cas, mâche et remâche, digère et assimile par le filtre de son intention artistique et par l'hypersensibilité de son goût, les diverses sources qu'il a su comprendre intimement. D'où vient la fameuse Sonate de Vinteuil? L'idée juste est d'en faire la célébration synthétique d'une culture musicale qui opère un mouvement large et particulier à la fois. Proust agit comme un collectionneur, et aussi un savant bricoleur. Tel un entomologiste, l'auditeur distingue une phrase musicale comme le scientifique dissèque un élément de son étude. La citation devient l'emblème d'une sensation affleurante, de plus en plus précise. La Sonate ainsi "recomposée" dans son oeuvre d'écrivain recrée à l'infini le mystère et la fascination de la musique qu'éprouva le mélomane averti et exigent qu'il fut. "Sonate" ou "Septuor", Vinteuil dans La Recherche, concentre un idéal esthétique, qui résonne par la musique, mais active aussi les forces de la mémoire, forçant les êtres à reprendre conscience d'une part d'eux-mêmes, part immergée mais pourtant essentielle de leur identité dormante..

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Brisset : Le langage des grenouilles

La Revue des ressources has an interesting text by Jean-Pierre Brisset. J'adore les editeurs! I haven't read Brisset although I knew his name due to Foucault's article.

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Roberto Bolaño

Roberto Bolaño's The Savage Detectives is published by FSG. And there are two bookreviews on the net : James Wood (NYT) and Scott Timberg (LAT). What about Karen Yamashita?

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Kurt Vonnegut Dies

From The NY Times (12.04.2007).

Kurt Vonnegut, whose dark comic talent and urgent moral vision in novels like “Slaughterhouse-Five,” “Cat’s Cradle” and “God Bless You, Mr. Rosewater” caught the temper of his times and the imagination of a generation, died last night in Manhattan. He was 84 and had homes in Manhattan and in Sagaponack on Long Island.

Mr. Vonnegut suffered irreversible brain injuries as a result of a fall several weeks ago, according to his wife, Jill Krementz.

Also see Salon.com and The LA Times.

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Map of the Word

By Lenora Todaro at Village Voice (09.04.2007). On Samantha Schnee, Alane Salierno Mason, and Dedi Felman (eds.), Words Without Borders: The World Through the Eyes of Writers, Anchors :

Read two or three a day, these stories etch maps in your mind, an Amazing Race drawn from literature: Find the Tajrish Bridge in Iran, or the Cola Bridge in West Beirut. Surrealism and realism flourish equally. Indonesian writer Seno Gumira Ajidarma's "Children of the Sky" is an incantatory opera in prose about impoverished children "slithering out of sewage drains." The lone African entry, "The Uses of English" by Nigerian Akinwumi Isola, stands out for its vivid characters, whose skill at hurling insults reach a fever pitch in the village when a woman's son is sent out to use his rudimentary, comically misunderstood English to ratchet up the mockery. "Language imperialism," a phrase Wole Soyinka uses in his introduction to the story, is appropriate to this anthology as a whole, intended as a corrective to the disheartening statistic that out of all books in translation now published worldwide, 50 percent are rendered from English but only 6 percent into English. The message of this anthology is clear: Let a thousand English translations bloom.

WWB about the book.

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An Enlightened Husband

Ryunosuke Akutagawa's short story, "An Enlightened Husband", is published by The Brooklyn Rail. Translated by Charles DeWolf.

You can find the Japanese original, "Kaika no otto" (開化の良人), at Aozora Bunko.

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« L’éternel retour de la modernité »

Par Raphaëlle Guidée à Fabula Acta (24.03.2007). Sur Jean-François Hamel, Revenances de l’histoire. Répétition, narrativité, modernité, Paris, Éditions de Minuit (« Paradoxe »), 2006, 234 p. :

L’essai de Jean-François Hamel, paru en 2006 aux éditions de Minuit, propose une exploration ambitieuse des poétiques de la répétition qui traversent la modernité littéraire et philosophique. De Karl Marx à Walter Benjamin, de Jules Michelet à Claude Simon, la résurgence paradoxale, dans une modernité dont on souligne volontiers le désenchantement, d’une narrativité cyclique « qui se reprend jusqu’à intervertir passé et avenir, jusqu’à confondre morts et vivants » , est analysée comme une réplique au bouleversement moderne de l’expérience du temps.

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La brutalité, le réel et la représentation

Par Pauline Hachette à Fabula Acta (22.03.2007). Sur Brutalité et représentation, sous la direction de Marie-Thérèse Mathet, Paris, L’Harmattan, 2006 :

L’ouvrage dirigé par Marie-Thérèse Mathet vient signifier un renouveau des questionnements sur la violence littéraire, souvent restreints à des approches thématiques qui rendent difficilement compte de la spécificité de ce que l’on appelle « violence » dans le champ de l’écriture. En effet, la brutalité n’est pas seulement ici l’objet d’une étude thématique ou poétique, elle se veut l’outil d’une réflexion théorique sur la représentation et prend de ce fait une dimension opératoire qui lui donne tout son intérêt.

La brutalité, à la fois le brut et le brutal, est dès l’abord définie comme ce qui se heurte au réel et non aux réalités, un réel entendu dans l’ensemble de l’ouvrage, bien que parfois de façon, semble-t-il, un peu lâche, dans le sens lacanien d’un reste irréductible au symbolique, et donc à la communication et à l’interprétation. Expérience de « l’immédiateté inattendue du rapport à l’incompréhensible », cette brutalité asymbolique rend le savoir inopérant comme médiateur de la relation de l’homme au monde, mais devient en même temps le noyau autour duquel se déploie l’œuvre.

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Photographie de la littérature d’aujourd’hui

Par Arnaud Genon à Fabula Acta (19.03.2007). Sur Enquête sur le roman, dirigée par Arnaud Bordes, Stephan Carbonnaux et Serge Takvorian, Le Grand Souffle Editions, 2007, 383 pages :

En 1891, le journaliste littéraire et reporter Jules Huret publiait dans L’Écho de Paris une Enquête sur l’évolution littéraire à laquelle participèrent 64 écrivains, de générations, d’écoles et de genres différents. Ainsi, dans cette enquête qui utilisait de manière novatrice la technique de l’interview, se côtoyaient les naturalistes Emile Zola et Guy de Maupassant, les « psychologues » Anatole France et Jules Lemaître ou encore le symboliste Stéphane Mallarmé et le parnassien Leconte de Lisle.

Plus d’un siècle après, en 2002, Arnaud Bordes, Stephan Carbonnaux et Serge Takvorian, écrivains et passionnés de littérature, décident de soumettre dans un premier temps à une trentaine d’auteurs, éditeurs ou directeurs de revues, cinq questions formulées dans les mêmes termes. La deuxième vague de l’enquête est menée à l’automne 2006. Comme leur prédécesseur, ils ont la volonté de « couvrir tous les genres, toutes les notoriétés et toutes les générations sans pour autant, comme l’avait fait Jules Huret, classer les auteurs par catégorie en élaborant une nomenclature sévère. » Parmi les « répondants », et pour n’en citer que quelques-uns, on trouvera Pierre Jourde, Jean-Luc Moreau, Bernard Noël, Marc Petit, Frédéric Saenen ou encore Frédérick Tristan.

Les cinq questions envoyées portent sur les problèmes centraux auxquels la littérature d’aujourd’hui semble être confrontée. La première interroge les écrivains sur la place qu’occupe le roman dans la production littéraire au détriment des autres genres, de la poésie notamment, afin de savoir si la littérature est restée « ce lieu de tous les possibles ». La deuxième appelle les auteurs à se prononcer sur le problème d’une « normalisation de l’expression littéraire » qui pourrait aboutir à « une normalisation des contenus, c’est-à-dire des modes de pensées et, plus profondément, des imaginaires ». Ensuite, c’est sur l’idée que le roman serait un « genre usé, éculé, qui a dit tout ce qu’il avait dire », propos d’Edmond de Goncourt, que les « enquêtés » ont à réfléchir. Enfin, l’avant-dernière question aborde la « critique littéraire », les métadiscours, afin de savoir s’ils ne finissent pas par nuire à la littérature alors que les écrivains sont appelés, pour conclure, à évoquer leur « idéal littéraire ».

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