Philippe Lançon : Tom Jones, de la cave au plafond
A French translation of Tom Jones is re-published by Folio/Gallimard, at Libération (03.01.2008) :
André Gide a résumé la qualité profonde du personnage : «Il n’aime la vertu que naturelle ; tout effort vers la perfection, dès que ne l’obtient plus naturellement l’amour, c’est l’orgueil qui l’exige et qui ne l’obtiendra qu’en nous dénaturant.» Or dénaturer un homme, c’est comme contenir un roman : ce n’est pas vivre. La libre nature du héros reproduit celle de l’auteur, et l’une et l’autre se déploient sans misère ni contrainte dans ce roman d’une puissance générale où tout, absolument tout, est invité et bienvenu «comme à une table d’hôte publique» : la société d’une époque ; les réflexions sur le cœur humain en toute période ; les digressions perpétuelles qui, en arrêtant le récit, le nourrissent et le relancent ; les parodies de l’Odyssée ou de l’Enéide (Fielding lisait et traduisait le latin et le grec, sa bibliothèque était l’une des mieux fournies de son temps) ; les réflexions d’autodéfense sur son art du roman («car, étant en réalité fondateur d’une nouvelle province littéraire, j’ai toute liberté d’édicter les lois qu’il me plaît dans cette juridiction») ; et - déjà - des assauts contre la misère impuissante du critique, qui «n’est rien de plus que le greffier chargé de transcrire les règles et lois établies par les grands juges que leur vaste et puissant génie a érigés en législateurs», mais qui, sous l’effet de l’ignorance générale, a commencé d’«envahir le pouvoir et de s’arroger la dignité de son maître».
Comme Don Quichotte, que Fielding avait lu, Tom Jones découvre l’aube du roman - et, à l’aube, on est libre et on voit tout. C’est donc un roman formidablement dilaté. Ses mille pages divisées en dix-huit livres semblent durer une vie et parcourir la terre entière, quand les aventures ne se déroulent que sur peu d’espace et de temps. Mais le chevalier à la Joyeuse Figure parcourt sa Manche britannique avec tant d’énergie, talonné par tant de chiens et de mots, qu’on y perd pendule, boussole et toute espèce de médiocrité orientée. Gide : «Les pires égarements de Tom Jones ne sont jamais suivis de remords ou de repentirs ; s’il les regrette, c’est qu’ils ont pu peiner Sophie.» Sa Dulcinée concrète. On ne saurait mieux dire sa délicatesse ni donner de meilleure raison de lire ses aventures, matrice du roman anglais, dont Gallimard republie en poche, légèrement revue, l’édition de la Pléiade (la préface de Jacques Brenner, dans la précédente édition Folio, aurait mérité d’être reproduite).
I love 18th century English novels : Fielding, Smollett, Richardson, Sterne, Wallpole, Mrs. Radcliffe,... Are their novels like Encyclopedia at that time ?

Janet Pocorobba, "Edward G. Seidensticker",