Jérôme Gautheret : Le déclin de la France qui fume

Revue d'Eric Godeau, Le Tabac en France de 1940 à nos jours : histoire d'un marché (Sorbonne), au Monde (02.07.2008) :

C'est par un simple décret, le 9 mars 1991, que fut enterrée l'une des conquêtes les plus symboliques de Mai 68 : depuis cette date, les collégiens et lycéens ne peuvent plus fumer dans les établissements scolaires. La décision fut prise dans un large consensus. En vingt ans, le regard sur le tabac avait radicalement changé. Naguère objet de consommation quotidienne, symbole positif, la cigarette avait été identifiée comme un problème de santé publique, un fléau à combattre. La France qui fume entamait son déclin.

Le Tabac en France de 1940 à nos jours, d'Eric Godeau, est la passionnante histoire de cette révolution discrète. Reprenant à sa manière l'injonction à l'étude des "choses banales" d'un Daniel Roche, l'historien s'est plongé dans les archives de la Seita et du ministère des finances pour reconstituer l'histoire récente de ce marché atypique.

Héritier de la ferme des tabacs instituée par Colbert, le Service d'exploitation industrielle des tabacs (SEIT) est créé en 1926. Il devient le Seita en 1935, quand l'Etat lui confie le marché des allumettes, puis "la" Seita en 1980, lorsque le "service" devient une "société". L'affaire est d'importance, elle génère de juteuses rentrées d'argent pour l'Etat (8,3 % des recettes du budget en 1948). En 1954, Pierre Grimanelli, directeur général du Seita, parle d'une "mine d'or à la disposition de l'Etat".

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Lucille Lisack : L'espace de l'écoute

Revue de Antoine Hennion, La Passion musicale (Métailié), à nonfiction.fr (26.06.2008) :

Après cette histoire des rapports entre la sociologie et l’art, Antoine Hennion met en œuvre sa théorie de la médiation à partir de plusieurs exemples. Cette deuxième partie s’appuie surtout sur l’analyse du renouveau baroque et de la querelle entre "baroqueux" et modernistes, analyse qui figurait au début de l’ouvrage dans sa première édition. La réinterprétation baroque est pour le sociologue une véritable "expérience de laboratoire en vraie grandeur". Il y voit le "repeuplement du monde de la musique" par l’ensemble des médiations musicales : sensibilité, gestes, son, interprètes, goût du public. Au lieu d’interpréter en termes de vérité et d’erreur la résistance des modernistes qui préfèrent "jouer ce qu’ils veulent entendre" contre l’évidence des recherches musicologiques, l’auteur prend leur "mauvaise foi", en insistant plus sur "foi" que sur "mauvaise", comme témoin d’un processus de fabrication du goût – et, dans le cas du baroque, de déconstruction d’un goût remplacé par un autre. Antoine Hennion insère ici une "ethnographie d’une classe de solfège" absente de la première édition. On change d’échelle, pour s’intéresser non plus à la construction historique d’un goût, mais à l’éducation des enfants à l’écoute via une foule de médiateurs, détours nécessaires de l’enseignement.

Toute la fin de la deuxième partie est principalement consacrée à trois médiums : les instruments, les partitions et les disques. En scrutant le rôle des médiateurs, l’auteur défait l’évidence d’une musique-objet visible, tangible, pour analyser les mécanismes de cette "transformation d’un courant d’air en statue". À partir de ces trois médiums et des querelles entre partisans des uns et partisans des autres, Hennion reconsidère les oppositions entre les différentes musiques, en s’attachant plus particulièrement à la musique contemporaine, à la musique populaire commerciale, au rock et à la musique classique. Il dégage ainsi des continuités et redéfinit les différences en se fondant sur les médiums privilégiés par chaque musique. Il s’agit de "montrer qu’on peut parler des musiques, non pas directement à travers une essence esthétique ou une authenticité sociale, mais à travers la façon dont elles dénoncent certains intermédiaires et en promeuvent d’autres". L’opposition entre variétés et classique est remplacée par deux "axes" au sens mathématique, définissant un espace où l’on peut placer les éléments réels des diverses musiques : l’axe de la "musique objet" ou "musique-pour-la-musique" et celui de la "musique-relation" ou "musique-pour-le-public". Mais à ce modèle statique des deux axes est préféré le modèle dynamique d’une oscillation entre "un modèle où les éléments, les points à relier [la musique et le public] sont premiers, et leurs relations secondes, et un modèle où au contraire les relations font les éléments qu’elles relient. […] Le même espace est vu tantôt comme un ensemble de points, tantôt comme un ensemble de relations."

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Giulia Puma : Un aggiornamento pour l'iconographie

Revue de Jérôme Baschet, L'iconographie médiévale (Gallimard), à nonfiction.fr (23.06.2008) :

C’est un véritable travail d’aggiornamento de l’iconographie qui est mené dans ce livre, qui nous introduit à la richesse et à la vitalité recelées par les images médiévales et qui nous invite, pour y mieux accéder, à nous libérer d’idées et de concepts qui entravent nos capacités d’analyse : éviter d’essentialiser les thèmes des images, et les historiciser plutôt, pour être toujours réceptifs à ce que chaque image peut introduire d’inédit ; oublier le modèle et lui préférer la citation dont l’éventail des possibles est vaste, "copie stricte ou partielle ; citation légitimante ; rapport de révérence/appropriation ; amplification et dépassement ; combinatoire des références et hybridation ; micro-déplacement, écart affiché ou volonté de différenciation, etc.". Avec une telle finesse de discernement, on imagine aisément comment reconstituer les réseaux de rapports entre les images, et derrière elles, entre les peintres eux-mêmes, l’historicisation se fait très concrète, les images retrouvent le contexte de leur création, à tous points de vue.

Jérôme Baschet dialogue avec tous les grands penseurs de l’iconographie (de Mâle à Wirth, de Panofsky à Pächt). Qu’il remette profondément en question leur pensée ou qu’il propose d’en infléchir légèrement les affirmations, il nous incite aujourd’hui, au fur et à mesure de son discours, à revenir sur l’ensemble du parcours de l’iconographie au XXe siècle. L’iconographie médiévale est bienvenue dans le champ de la réflexion sur l’image. Un tel renouvellement, qui tienne compte des outils de recherche du temps présent, s’avère tout à fait stimulant et d’autant plus légitime qu’il s’appuie sur une profonde connaissance des œuvres qui ont marqué l’iconographie. Pour l’amateur d’images médiévales, ce livre permet d’ouvrir de nouvelles perspectives d’observation et de compréhension ; pour le spécialiste, il est une invitation à la recherche et certainement le moteur d’une nouvelle impulsion.

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Sébastien Lapaque : La main gauche d'Aphrodite

Revue de Takis Théodoropoulos, L'Invention de la Vénus de Milo (Wespieser Éditeur), au Figaro (19.06.2008) :

Comme LeDahlia noir de James Ellroy, l'histoire commence par la découverte du corps nu, mutilé et sectionné en deux au niveau de la taille d'une mystérieuse inconnue. Et comme Le Dahlia Noir, elle se poursuit au rythme trépidant d'une black novel de grand style. Qui l'a amenée ici ? Qui l'a coupée en deux ? Qui a subtilisé sa main gauche tenant la pomme de discorde que certains témoins ont juré avoir vue ? Et surtout, qui est cette jeune femme aux seins nus souillés par la terre, drapée dans son sommeil de marbre blanc ? « Vénus », a immédia­tement tranché Olivier Voutier, aspirant de la Marine française présent sur les lieux aux côtés du paysan grec Yorgos Kendrôtas et de son apprenti Andréas Kalokairinos. Il aurait pu dire Hélène, Euphrosyne, Thalie, Aglaé, Clio, Erato, Polymnie. Il a dit Vénus.

La scène est à Milo, une petite île volcanique des Cyclades, le 15 avril 1820. En prononçant le nom de Vénus, Voutier ne sait pas qu'il vient d'inventer l'un des symboles majeurs de l'art occidental, ni que cette déesse sculptée dans le marbre de Paros va être offerte à Louis XVIII avant de trouver une place royale dans les collections du Louvre qu'elle ne quittera plus.

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Jeanne Lazarus : Les monnaies à travers les âges

Revue de Bruno Théret, La monnaie dévoilée par ses crises, Éditions de l’EHESS, 2007, 2 volumes, 29 et 23 €, à la Vie des Idées (18.06.2008) :

« L’étude de la monnaie est, par excellence, le domaine de l’économie dans lequel la complexité est utilisée pour déguiser la vérité et non pour la révéler » : l’ouvrage collectif La monnaie dévoilée par ses crises, dirigé par Bruno Théret, qui réunit 17 économistes et 5 historiens, dément cette sentence de John Galbraith.

Cette fresque des crises monétaires à travers l’histoire et la géographie est issue du séminaire « crises monétaires d’hier et d’aujourd’hui », qui s’est tenu de 1999 à 2004, réunissant anthropologues, historiens et économistes. Elle poursuit les réflexions sur la monnaie entamées depuis plus de vingt ans par André Orléan et Michel Aglietta à travers trois ouvrages : La violence de la monnaie (1982), La monnaie entre violence et confiance (2002) et l’ouvrage collectif qu’ils ont dirigé en 1998 : La monnaie souveraine.

Pour les chercheurs, les crises monétaires sont des moments particulièrement féconds au cours desquels « les mécanismes monétaires se délitent et le fonctionnement routinier de la monnaie est remis en question ». Elles permettent d’ouvrir la « boîte noire » de la monnaie. Les auteurs s’inscrivent ici dans une tradition de recherche sur le dévoilement de la nature sociale de la monnaie, notamment développée en 1934 par le sociologue François Simiand, dans son article « La monnaie, réalité sociale ». L’originalité de l’approche ici présentée est de chercher cette nature sociale au cœur même du fonctionnement de l’économie capitaliste. En s’attaquant aux crises monétaires, les auteurs s’attaquent à un champ des plus établis de la théorie économique, espace de débats houleux depuis des décennies entre les tenants de la « théorie du voile » – c’est-à-dire les économistes qui soutiennent que la monnaie est un voile masquant l’économie réelle – et les théorie de Keynes qui prennent en compte des éléments psychologiques dans ses réflexions sur la monnaie.

 

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Carole Goldberg : It takes a nerd to pen a history of nerdism

Review of Benjamin Nugent, American Nerd : The Story of My People (Scribner's), at Philly.com (08.06.2008) :

He traces nerdy characters back to Mary Bennet in Pride and Prejudice (1813) and Augustus Fink-Nottle in P.G. Wodehouse's Right Ho, Jeeves (1934). And he makes the case that nerd-aversion has literary roots in Mary Shelley's classic Frankenstein - not in the monster, but in his coldly science-mad maker, Victor.

He also traces loathing of nerds to their early incarnation as scholarly so-called "greasy grinds," denigrated by adherents of "muscular Christianity," who valued physical prowess, courage in battle, athleticism, and other manly attributes.

Nugent links this celebration of physicality to the rise of industrialism, anti-Semitism, and prejudice against Asians. He also finds intriguing overlaps between nerdy behavior and aspects of Asperger's disorder.

His mining of the history of nerds turns up shiny nuggets, such as the influence on nerd solidarity of pulp-fiction publisher Hugo Gernsbach of Amazing Stories fame.

But strangely - or perhaps not, because he's venturing into emotional expression - when he writes about debate teams, middle-aged sci-fi fans, medieval-life reenactors, and others in nerd-approved pursuits, the book wanders a bit.

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Annie Jourdan : Le Dix-huit Brumaire de Napoléon Bonaparte

Revue de Patrice Gueniffey, Le Dix-huit Brumaire. L’épilogue de la Révolution française, Collection « Les journées qui ont fait la France », Gallimard, 2008, 422 p., 24 Euros, à la Vie des Idées (28.05.2008) :

Patrice Gueniffey propose une nouvelle histoire du Dix-huit Brumaire, coup d’État par lequel Napoléon Bonaparte prit le pouvoir le 9 novembre 1799. Il voit dans cet événement « une manière un peu tendue de résoudre les crises graves de l’État » et dresse un parallèle avec la journée du 13 mai 1958 qui mit fin à la IVe République. Annie Jourdan, spécialiste de l’Empire, discute ici les interprétations avancées par l’auteur sur les liens entre Napoléon et la Révolution française et sur la légitimité de ce coup d’État.

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Eléonore Challine : L'œil collaborateur

Revue de Jean Baronnet, Les Parisiens sous l'Occupation. Photographies en couleurs d'André Zucca (Gallimard), à nonfiction.fr (26.05.2008) :

Les Parisiens sous l’Occupation, Photographies en couleurs d’André Zucca est le catalogue d’une exposition polémique, qui se tient jusqu’au 1er juillet à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris. Le livre retient 170 des 270 photographies couleurs exposées. Sur une alternance de fonds blancs ou beiges, apparaissent les images d’André Zucca (1897-1973) dans une grande sobriété. La préface de Jean-Pierre Azéma, qu’on aurait voulu plus longue, remet dans leur contexte les seules photographies en couleurs faites par un photographe français pendant l’Occupation. Mais le livre est d’abord un livre d’images, avec très peu de texte. Le lecteur est tout de suite confronté aux images. Et il peut s’en étonner.

Quelle est cette atmosphère au calme et à l’élégance insoupçonnés qui se dégage de la capitale et de ses habitants ? Les enfants jouent, les femmes sourient, les gens se baignent, s’assoient au café, font leurs emplettes. Pourtant, il y a aussi ces photographies d’affiches de propagande, de défilés militaires, de la milice, de Juifs contraints au port de l’Étoile jaune (seulement deux), de drapeaux nazis… Tout cela coexiste chez Zucca. A part le Sud de Paris, l’objectif de Zucca a bel et bien balayé la capitale. On l’imagine assez bien à vélo ou à pied, son appareil en bandoulière, se mêlant aux passants par de belles journées, car son Paris est toujours ensoleillé, négatifs couleur de l’époque obligent.

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Cécilie Champy : L’art européen avant l’Europe, circulations et influences

Revue de Roland Recht, Catherine Périer d’Ieteren et Pascal Griener (dirs.), Le grand atelier, chemins de l'art en Europe (Ve-XVIIIe siècle) (Acte Sud), à nonfiction.fr (15.05.2008) :

Le grand atelier. Chemins de l’art en Europe est le catalogue de l’exposition qui s’est tenue l’automne dernier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles à l’occasion de la vingt-et-unième édition du festival "europalia.europa", un grand festival culturel destiné à mettre à l’honneur les 27 pays membres de l’Union européenne. Pour célébrer le 50e anniversaire des traités de Rome il s’agissait d’organiser une exposition montrant comment l’espace culturel européen s’est constitué, avant sa mise en forme politique et institutionnelle après 1945. L’Europe, avant d’être une entité politique ou économique, était, pour les Européens du Moyen-Âge et de l’époque moderne, la conscience d’appartenir à une culture commune et le but de cette exposition était de montrer "les chemins de l’art européen" jusqu’au XVIIIe siècle, en 350 œuvres réparties selon 14 thématiques, destinées à mettre en évidence la circulation des œuvres, des artistes et des idées au sein de l’espace européen, mais aussi les influences exercées sur cet espace par les cultures étrangères. Cet ambitieux programme constituait un défi, brillamment relevé par les commissaires de l’exposition, Roland Recht, Catherine Périer d’Ieteren et Pascal Griener.

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Sylvain Cypel : Très suspectes photos d'Hiroshima

Quelle erreur ! Bien que la distinction entre ces photos ne peut qu'être ambiguë.

Update 15.05.2008.

L'explication de la Hoover :

Selon la lettre envoyée au Monde par Richard Sousa, son premier directeur adjoint, la Hoover semble se diriger vers un rejet de toute responsabilité dans l'identification erronée de ces photos. Elle affirme s'être contentée d'"indiquer la source comme provenant d'une pellicule trouvée par M. Capp après le bombardement d'Hiroshima. Ces photos ne se trouvent pas sur le site de la Hoover et la décision de les utiliser et de les publier par le professeur Malloy sur son site a été son choix. [Ce dernier] a accepté la déclaration des archives Hoover selon laquelle ces photos provenaient d'un photographe inconnu et a demandé notre assistance pour l'identifier. Ce que nous avons fait rapidement. Toute autre question doit désormais lui être adressée. (...)".

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Cahier Lyotard

La revue Europe annonce :

A l'occasion des dix ans de la disparition du philosophe Jean-François Lyotard (1924-1998), la revue Europe consacre un cahier spécial Numéro de Mai 2008 Signé Lyotard sous la direction d'Aliocha Wald Lasowski.

Le présent numéro de la revue Europe réunit, en hommage à Jean-François Lyotard, et sous la direction d'Aliocha Wald Lasowski, une série de contributions et de textes inédits qui, par leur diversité, attestent de la vitalité et de la prégnance dans la réflexion actuelle sur l'art, la littérature, la psychanalyse, l'histoire, de la pensée de Jean-François Lyotard qui, en effet, n'a cessé avec sa manière propre de lier les aspects esthétiques aux préoccupations éthiques et aux enjeux politiques.

Sommaire :

Aliocha Wald Lasowski : Signé Lyotard (p. 254-260)
Jean-François Lyotard (texte inédit) : De bons vieillards que j'ai connus (p. 261-263)
Gilles Deleuze (texte inédit) : Lettre à Jean-François Lyotard (commentée par A. Wald Lasowski, p. 264)
Anne Tomiche : Le philosophe, l'oeuvre littéraire et la psychanalyse (p. 265-273)
Avital Ronell : Ravages de l'impossible (Traduit de l'anglais A. Wald Lasowski et R. Harvey, p. 274-283)
Robert Harvey : Témoinité (p. 284-296)

http://www.europe-revue.info/

En relation avec Lyotard et Deleuze.

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Gregory Clark : U.S. democracy's history of violence

Review of Matsuo Fumio, Democracy with a Gun (Stone Bridge Press), at The Japan Times (27.04.2008) :

Matsuo is equally meticulous in trying to find how the initially democratic and humane aspirations of the early Americans could evolve into the cruelty of today's military interventions around the globe. He sees a link in the brutality with which the original native Americans were suppressed. This carried over into the genocidal tactics of the U.S. military against Filipino guerrilla forces trying vainly to resist the U.S. take-over of their country at the end of the 19th century. But any sense of shame that might have resulted from that one-sided "evil" victory was to be smothered by the after-glow from the "good" U.S. victory against Japan and Nazi Germany. This in turn led U.S. leaders to want to get involved in Cold War confrontations and other adventures.

Matsuo also hints at racial factors. He devotes much space to the problem of the black people in the U.S., though he appreciates some of the efforts being made in this area. He repeatedly notes the way the Western powers apologized for the carpet bombings of Dresden with 60,000 casualties but make little effort to apologize for Hiroshima and Nagasaki, or the bombings of other Japanese cities, with total casualties at around half million. But even this, he admits, pales in comparison with the well-known damage done by the U.S. in Vietnam and the little-known damage done by wanton bombing attacks over North Korea during the 1950-53 Korean War.

Matsuo sees the militaristic and anti-Asian General Curtis LeMay, as responsible not just for the bombings in Japan but also for U.S. "scorched earth" policies elsewhere in Asia. He also points to LeMay's role in provoking Moscow into its Cold War hostility. But U.S. postwar military policies were not just the work of one man. A massive military-industrial complex is now in control, seeking constantly to find or create enemies around the globe and then pulverize them with its deadly weaponry regardless of rights or wrongs. That the U.S. public also goes along with the extraordinary budgets and waste needed to keep this operation going suggests that the militarist DNA Matsuo identifies will not disappear easily.

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Anne Gauvillé : Révolution féminine

Revue de Jean-Clet Martin, La révolte brisée. Femmes dans la Révolution française et l'Empire (Armand Colin), à nonfiction.fr (08.04.2008)

Jean-Clément Martin brasse une matière énorme, ce qui lui permet de toucher tous les domaines de la vie politique et sociale. Certains sont convenus comme celui de l’éducation des filles ; d’autres sont plus inattendus, tel le chapitre consacré aux femmes contre-révolutionnaires. Il en résulte un tour d’horizon complet, concis et précis, même si certains chantiers restent à creuser.

Dès l’introduction, Jean-Clément revient sur deux points fondamentaux. Tout d’abord, contrairement à ce qui est souvent affirmé, la Révolution n’a pas tué la famille, mais a promu le modèle d’une famille politique. De plus, alors qu’il est admis que la division entre espace public et espace privé a été fondatrice de la modernité, dans laquelle la révolution se coule et se réalise, il semble au contraire que toute la période révolutionnaire n’a cessé de négocier les frontières entre l’un et l’autre, les définissant en permanence.

Tout en nuances, Jean-Clément Martin montre parfaitement à quel point il y eu des débats qui vont être ensuite étouffés, d’incessants allers-retours entre des libérations avérées et des contraintes réaffirmées, des contradictions permanentes entre les discours prononcés et les actions observées. Durant ces cinquante années, les relations entre hommes et femmes ont été remises en question. Et ce qui s’est passé à ce moment-là a façonné notre pays jusqu’à aujourd’hui.

Que s'est-il donc passé pour que les femmes, si actives dans les mouvements réformateurs, puis révolutionnaires, soient finalement exclues, victimes de l'ordre nouveau ? Telle est la question à laquelle Jean-Clément Martin tente de répondre.

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Cécilie Champy : Des femmes en révolte sous la Révolution ?

Revue de Jean-Clet Martin, La révolte brisée. Femmes dans la Révolution française et l'Empire (Armand Colin), à nonfiction.fr (08.04.2008) :

L’histoire des femmes sous la Révolution  est souvent abordée à travers le prisme des héroïnes, ces figures de femmes exceptionnelles qui, telles Marie-Antoinette, ont marqué la mémoire collective, laissant libre cours au mythe et au fantasme. En dehors de ces destins extraordinaires, l’histoire des femmes sous la Révolution et l’Empire est restée, aux XIXe et XXe siècles, dans les marges de la "grande histoire" : depuis Simone de Beauvoir dans Le Deuxième Sexe on considère que la Révolution "bourgeoise et misogyne" n’a pas contribué à améliorer la condition féminine. Des travaux récents ont cependant remis à l’honneur l’histoire des femmes en cette période de bouleversements politiques, économiques et sociaux, parmi lesquels ceux d’Arlette Farge, consacrés aux femmes ordinaires à Paris au XVIIIe siècle,  et ceux de Dominique Goudineau portant sur les "citoyennes tricoteuses". Jean-Clément Martin en écrivant l’histoire des "Femmes dans la Révolution et l’Empire", s’inscrivait  dans cette lignée et était mis au défi de proposer une synthèse sur un sujet vaste, controversé, en prenant en compte les acquis de l’histoire récente, ceux de l’historiographie française comme ceux de l’historiographie anglo-saxonne, influencée par les gender studies qui étudient les relations entre les hommes et les femmes. Le défi est globalement relevé : l’ouvrage de Jean-Clément La Révolte brisée. Femmes dans la Révolution française et l’Empire se présente comme une synthèse exhaustive sur la question, et  apporte une grande masse d’informations pour un nombre de pages relativement restreint.

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Wendy Doniger : The Land East of the Asterisk

Review of M.L. West, Indo-European Poetry and Myth (Oxford), at LRB (10.04.2008) :

Martin West, who has written what is surely the definitive book on Indo-European language and religion, states his case well: ‘The assumption of a single parent language as the historical source of all the known Indo-European languages . . . is still a hypothesis, not an observable fact, but it is an inescapable hypothesis.’ The Indo-European map links languages together in a group that is distinct from other groups, such as those that include Chinese or Tamil, say. The evidence that the Indo-European languages are related lies primarily in their grammar and vocabulary. Thus ‘foot’ is pada in Sanskrit, pes, pedis in Latin, pied in French, fuss in German, foot in English and so forth, and nouns and verbs behave entirely differently from their Hebrew or Navajo counterparts.

Indo-European linguistics assumes a diffusionist, centrifugal cultural movement: the political centre sends out armies and imposes its rule on neighbouring lands. The paradigm is Latin, which did indeed diffuse outwards to all the lands the Romans conquered, which therefore speak languages that we call Romance. Linguists then constructed, on the Roman model, an earlier family tree diverging from the centre, in this case not Rome but the Caucasus (or somewhere else in Central Asia). West calls the original common territory ‘Eurostan’ and remarks: ‘If it be asked what sea the worshippers of these prehistoric divinities went down to in *nawes and sailed on and foundered in, the likely answer is the northern Black Sea or the Sea of Azov.’ The mythical land of the family home might just as well be thought of as *Indo-Europe, the land east of the asterisk.

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Paul Veyne on Michel Foucault

From Le Monde (20.03.2008) :

Paul Veyne avoue n'avoir pas saisi d'emblée les enjeux du travail de Foucault. "J'avais lu ses livres, mais je n'en avais pas compris la portée. C'est en allant écouter un de ses cours que j'ai soudain entrevu la perspective qu'il ouvrait. D'un coup, j'ai saisi que Foucault inaugurait cette analyse plus profonde de l'histoire que je cherchais depuis longtemps. Alors, je suis rentré chez moi et je me suis mis à lire Nietzsche. Un soir, Foucault m'appelle, à Aix, pour je ne sais plus quelle raison et je lui dis : "Tu sais, j'ai fait une grande découverte : je me suis mis à lire Nietzsche. - Ce qui t'intéresse, me dit-il, c'est le Nietzsche de Deleuze - Non, parce que le livre de Deleuze a un tort : il ne pose pas le problème de la vérité !" Cette phrase a provoqué chez lui une sorte de coup de foudre ! J'étais devenu à ses yeux le seul historien qui avait entrevu combien la question suprême de l'histoire était la vérité. C'est là qu'on est devenus copains..."

______

"Foucault ne rêvait pas à la révolution. Jamais je ne l'ai entendu parler de "la société bourgeoise" ou de "l'exploitation capitaliste", jamais ! Pour lui, ces termes-là n'existaient pas. C'était un mode d'idées qui lui était totalement étranger. En fait, "la révolution", "la société idéale", toutes ces généralités fumeuses ne l'intéressaient absolument pas. Ce n'étaient pour lui que balivernes et fariboles. Il m'a dit un jour : "A Vincennes, j'ai vécu dans une bande de demi-fous." Pourtant, dans cette université expérimentale, les gens le croyaient semblable à eux. Du coup, ils ne comprenaient pas pourquoi Foucault refusait que l'on donne le diplôme à tous les étudiants ou bien pourquoi il n'allait pas faire des descentes dans les supermarchés. Les gens de Vincennes pensaient qu'il s'agissait de caprices de sa part. Ils ne comprenaient rien à ses comportements, qui étaient inexplicables à leurs yeux."

Also see Roger-Pol Droit's review of Pau l Veyne, Foucault, sa pensée, sa personne (Albin Michel), at Le Monde (20.03.2008).

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Donald Richie : Utamaro, the women's brand name

Review of Julie Nelson Davis, Utamaro and the Spectacle of Beauty (Reaktion Books), at The Japan Times (23.03.2008) :

He, in fact, says Davis, became a brand name. "The manufacture of Utamaro — as well as his subjects and the entire ukiyo-e project — also had political ramifications, for as he was being defined as the ultimate insider, he also became a manifested presence for so many who would remain outsiders in the political order of the day."

This occurred because there was a need for it. The publisher was interested in sales and held a number of ideological assumptions as well. By creating an Utamaro logo he could control it. Take, for example, the highly profitable charms of the Yoshiwara, Edo's licensed quarter.

"The superstructure of the quarter — the real-life economics of indentured servitude and commercialized sexuality — was made opaque by the fantasy spun around it . . ." writes Davis.

"Yoshiwara's illusions," she continues, "may have sustained the dream of release and separation from ordinary life, but from the beginning it was also directed to divert and exhaust money, time and energy, abating sexual as well as social tensions. It thus served those in power by distracting and disarming potential for political unrest. Yoshiwara participated in the choreography of social control so effectively executed under the shogunate."

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Oswald Spengler, The Decline of the West

Digitized book on Archive.org : Volume 1 & Volume 2.

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Antoine de Baecque : L'éthique de la représentation

Revue de Jean-Michel Frodon (dir.), Le cinéma et la Shoah. Un art à l’épreuve de la tragédie du 20e siècle (Cahiers du cinéma), à nonfiction.fr (11.03.2008) :

L’ouvrage dirigé par Jean-Michel Frodon, actuel directeur des Cahiers du cinéma, est l’aboutissement de trois années de séminaires, programme initié lors de la préparation des célébrations du 60e anniversaire de l’ouverture d’Auschwitz, le 27 janvier 2005. On retrouve dans l’organisation du livre les traces de ces rencontres, puisque des textes assez différents dans leur statut et leur objet, présentés selon leur thématique ou la géographie du cinéma qu’ils proposent, y côtoient un entretien avec Claude Lanzmann et une longue "conversation" entre six intervenants (les historiennes Sylvie Lindeperg et Annette Wieviorka, la philosophe Marie-José Mondzain, le cinéaste Arnaud Desplechin, les critiques Jacques Mandelbaum et Jean-Michel Frodon), enregistrée au Moulin d’Andé, en Normandie, point d’orgue de ce travail collectif. A ces entrées un peu disparates, forcément inégales, s’ajoutent de fort précieux éléments documentaires, bibliographiques et filmographiques, ainsi qu’une quarantaine de pages de "ressources" très stimulantes : de multiples photogrammes tirés de films parfois rares, parfois attendus mais souvent surprenants.

Le principal est évidemment de trouver dans ce livre collectif les outils qui permettent de reconstituer une perception des manières dont un événement historique comme la Shoah a marqué le siècle de son empreinte. Mais, surtout, a contribué à modifier en profondeur nos modes de perception et de représentation de l’histoire, à travers le cinéma. Car le cinéma permet de poser et de reposer la question de la représentation possible de la Shoah. D’abord, il est un outil documentaire qui a joué un rôle décisif dans la construction du savoir sur cette période. Il a également tenu sa place dans la diffusion nécessaire des formes les plus traumatisantes de l’événement. C’est ainsi en grande partie grâce au cinéma que les procès de Nuremberg ont rencontré un large retentissement, premier événement du genre à faire un usage si massif de l’art nouveau, aussi bien comme preuve que comme vecteur pédagogique. Ensuite, le cinéma est un dispositif de fiction qui, à propos de la représentation de la Shoah, a très vite interrogé l’art dans son fondement éthique : pouvait-on représenter l’extermination, l’archiver visuellement, en témoigner, la reconstituer ? C’est au croisement de ces deux problématiques que se tiennent la plupart des textes ici réunis. La part "documentaire" est sans doute la plus connue et la moins surprenante. Ce sont donc les textes qui s’arrêtent délibérément sur la part fictionnelle qui m’ont semblé les plus intéressants, notamment ceux de Jacques Mandelbaum sur la résurgence de certaines images de la Shoah dans les films de fiction européens, et de Bill Krohn sur quelques films peu connus hollywoodiens qui n’ont pas hésité, dès l’époque, à déplacer leur décor vers les camps de concentration.

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Gérard Lefort : Sur les traces de Primo Levi

Revue du Voyage de Primo Levi (documentaire de Davide Ferrario), à Libération (12.03.2008) :

Enigme. Le documentariste Davide Ferrario, avec Marco Belpoliti, directeur d’éditions des livres de Primo Levi chez l’éditeur Einaudi, a eu l’idée de refaire le voyage en images. Pour tenter de résoudre une énigme : quid de l’Europe centrale aujourd’hui ? Le résultat est inégal. La musiquette d’ambiance est prégnante, comme un truisme qui voudrait que violon rime avec émotion. Mais il y a aussi de ces hasards qui ouvrent un présent effrayant sur le passé le plus épouvantable. En 1945, le train qui ramenait Levi et une centaine d’autres rescapés fit halte à proximité d’une petite ville d’Ukraine qui ne s’appelait pas encore Tchernobyl. L’équipe des documentaristes a eu le droit de déambuler dans les rues de Prypiat, ville nouvelle la plus proche de la centrale, aujourd’hui ville fantôme. Le ciment où poussent des arbres, les bâtiments désaffectés. C’est un étrange moment qui rappelle ce qui reste des bâtiments d’Auschwitz : le même silence, un lieu commun de la désolation. Que l’on retrouve à Novograd-Volinsky, dans les ruines d’un goulag.

Autre moment de sidération, la traversée de la Biélorussie, conservatoire du stalinisme le plus parfait, qui vire au loufoque lorsque l’autorité responsable organise la visite d’un kolkhoze. Subitement, c’est un film de Lubitsch, avec ce directeur qui ne sait que répondre aux questions et s’entend dicter les réponses «positives» par un agent du KGB local passablement énervé.

Comme l’essentiel du périple saute les frontières des anciennes républiques ou satellites de l’URSS, il fait l’effet d’un retour sur les débris d’un rêve rouillé. Pour l’exemple, la visite des aciéries polonaises de Nova Huta en compagnie de Andrzej Wajda : un désert industriel où, à la cantine des retraités du Kombina, flottent les âmes mortes des prolétaires.

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Anne Coudreuse : 'L'art d'aimer' en ses nouvelles formes

Revue de Stéphanie Loubère, 'L'art d'aimer' au Siècle des Lumières. Studies on Voltaire and the eighteenth century (SVEC), à nonfiction.fr (06.03.2008) :

Une somme très érudite

Ce livre très documenté et très informé provient d’une recherche sur la postérité de L’Art d’aimer d’Ovide. Le titre ne rend pas compte de l’intégralité du travail qui suit les réécritures, les imitation et les traductions de L’Ars amatoria au Moyen Âge ("on a inauguré l’expression d’aetas ovidiana, l’âge ovidien, pour les douzième et treizième siècles" avec André le Chapelain, Drouard de La Vache et Guillaume de Lorris), à la Renaissance (Pierre Le Loyer) et au dix-septième siècle, avec la réaction burlesque de Dufour de La Crespelière (1662) et L’Herato-technie du sieur D.L.B.M. (1650), l’échec moraliste de Nicole, le manifeste galant de Ferrier de la Martinière, l’hypostase philosophique de Michel de Marolles et l’intérêt indirect de Martignac.

À la fin du XVIIe siècle, Ovide fait l’objet de traductions anonymes et d’imitations. "Avec ces traductions, nous entrons dans un âge où l’art et la manière vont constituer les plus grands mystères de l’amour. Pour les sonder, Ovide s’imposera comme guide et précurseur. L’érotique, plus que jamais, devient une esthétique." S’appuyant sur les travaux de Michel Foucault, Stéphanie Loubère a défini ce terme dans son introduction : "Sera érotique pour nous tout texte traitant de l’amour, sous quelque forme que ce soit, et une érotique désignera tout système constitué rassemblant un savoir amoureux." Elle précise un peu plus loin : "Nous bornerons comme Ovide notre exploration des arts d’aimer à cet amour que l’Encyclopédie distingue, parmi tous les autres, comme l’amour des sexes. Notre corpus concerne donc des textes où l’amour en question est l’amour des amants, un composé variable de sentiment et d’acte – ce que la modernité désignera par le terme de sexualité." Elle fait le relevé de tous les types d’œuvres qui entrent dans la définition des arts d’aimer : "hétéroclites à première vue, elles ont en commun un esprit et un projet similaires, héritiers de l’ars amatoria. Elles affirment clairement l’existence d’un savoir amoureux, qui peut être transmis (c’est-à-dire enseigné et étudié), elles prétendent exposer un système qui réponde à la double vocation théorique et pragmatique de l’art, et elles limitent leur projet à l’exposition méthodique de ce système, qui doit se suffire à lui-même : de ce point de vue élargi, on peut donc définir les arts d’aimer comme des œuvres de didactique érotique explicites et autonomes. […] C’est sans doute à travers les arts d’aimer que s’expriment de la façon la plus intense le désir de savoir et la volonté de maîtrise quasi obsessionnels dans l’érotique des Lumières."

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Modris Eksteins : Drowned in Eau de Vie

Review of Peter Gay, Modernism : The Lure of Heresy from Baudelaire to Beckett and Beyond (Norton, 2007), at LRB (21.02.2008 Issue) :

In his new book, Modernism: The Lure of Heresy, the inordinately prolific and widely admired Peter Gay has much to say about the creativity of the moderns but surprisingly little about their negativity. He conceives of Modernism in older terms as principally an intellectual and artistic grouping bent on liberation rather than as a broader frame of mind distinguished by ballooning malaise and irony. While he shies away from definition because of the contradictory manifestations of Modernist effort – how does one reconcile Thomas Mann and Andy Warhol? – he can’t help but see the Modernist instinct as essentially an affirmative urge. Two-thirds of the way through his book, Gay states bluntly that ‘liberalism’ was the ‘fundamental principle of Modernism’.

But whose liberalism is he talking about? Surely not the free enterprise aspirations of the beastly bourgeoisie. Nor can he be referring to the socially conscious progressivism that arose in the later 19th century and urged a politics of compassion, moderation and compromise. In fact the heyday of Modernism, from roughly 1890 to 1930, corresponded to a mounting crisis of liberalism, in both social thought and politics. The two dispositions, Modernism and liberalism, were if anything adversarial. Modernism was all about destroying restraint, pushing to the edge, living life dangerously. Modernism was an extremism of the soul in an age of extremes. Gay makes little mention of the role of illness, abnormality and neurosis in the Modernist mindset. ‘One can take pride in going as far in crime as . . . in virtue,’ a character in Huysmans’s Là-bas exclaims. For Thomas Mann art was the equivalent of illness. To emphasise the liberal characteristics of Modernism requires a highly selective approach, and even then Gay’s idiosyncratic portrait gallery is hardly a cheerful and optimistic place. It is full of sneering manic depressives and churlish mystics. In order to cram some of them, like Knut Hamsun, into his box and then to be able to close the lid, Gay has to create the category of anti-modern Modernist.

 

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Donald Richie : Making Japan 'borderless'

Review of Japan and Its Worlds : Marius B. Jansen and the Internationalization of Japanese Studies, edited by Martin Collcutt, Kato Mikio and Ronald P. Toby. I-House Press, 2007, 300 pp., ¥2,858 (cloth), at The Japan Times (27.01.2008) :

This collection centers on the major themes running through work: historiography; the changing frameworks for interpreting Japan's modernization; the rapid transition from feudal order to industrial power, and the relationships between Japan and its various worlds.

"Becoming borderless" was a major ambition in Jansen's work and this theme is discussed in papers by Patricia Steinhoff, and M. William Steele, as well as Havens and Mitani. Jansen's interest in the differences between "local and national" is reflected in essays by Patricia Sippel and Henry D. Smith II. The latter's paper is about Jansen's interest in the historical figure about which he wrote one of his finest works, "Sakamoto Ryoma and the Meiji Restoration." Of it Smith writes of "the continuing regard of Ryoma's courage, ambition, and self-reliance — precisely the qualities that attracted [Jansen] to Ryoma from the start."

One of the most interesting sections of the book concerns "Japan and its worlds," the way in which the two react to each other. There are essays by Ronald P. Toby, F.G. Notehelfer, Martin Collcutt, Tao De-min, and Ben-Ami Shillony. The latter's paper is a fascinating account of changes in the way that the Showa Emperor has been viewed. It discusses the way in which revisionist groups in the United States and in Japan have seen him and his role in the Pacific War.

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