Cécilie Champy : Une histoire des cocus
Revue de Maurice Daumas, Au bonheur des mâles. Adultère et cocuage à la Renaissance 1400-1650, Armand Colin, à nonfinction.fr (29.11.2007) :
Pourquoi les hommes de la Renaissance avaient-ils si peur d’être cocus ? De Rabelais à Montaigne, en passant par les innombrables histoires de cocuage que l’on trouve dans la littérature de divertissement, les fabliaux et les nouvelles - dont les recueils les plus célèbres sont pour la période ceux de Boccace et de Marguerite de Navarre - il n’est question que de maris trompés par des célibataires sans scrupules, prêts à tout pour leur prendre de gré ou de force leur femme, voire leur fortune. Partant de ce constat, l’auteur cherche à comprendre les raisons de cette peur qui semble avoir obnubilé les maris à la fin du Moyen-Age et à l’aube des Temps Modernes. L’ambition de Maurice Daumas est de s’intéresser à la fois à la réalité de l’adultère dans la France de la première modernité et à sa représentation dans la culture orale, telle que nous la connaissons à travers les sources judiciaires et les enquêtes menées par les historiens sur les rituels festifs et dans la littérature de divertissement, celles des nouvelles de Boccace, de Marguerite de Navarre ou de Noël du Fail.
En introduction de son ouvrage l’auteur souligne le paradoxe qui existe entre la réalité de l’adultère et sa représentation. Dans les faits, l’adultère constitue un des péchés les plus graves aux yeux de l’Église – dans la Bible, deux des dix commandements le condamnent – comme de la société - l’adultère, et principalement l’adultère féminin, est perçu par les juristes et les moralistes des Temps modernes comme la racine du "désordre des familles" qui menace la stabilité d’un État alors en pleine affirmation. Dans les représentations orales, écrites ou figurées de l’adultère au contraire, ce péché sacrilège prend soit le visage comique et bon enfant du "cocuage", une situation matière à d’innombrables contes gaillards voire paillards, soit celui d’un jeu de société dans la littérature courtoise, où l’amour du chevalier pour la dame ne peut se développer qu’en dehors du mariage. Il existe donc selon Maurice Daumas une "énigme du cocuage" que l’auteur se propose d’éclairer dans son ouvrage en montrant pourquoi mais surtout comment les hommes et les femmes de la Renaissance furent amenés à se jouer d’un péché sévèrement réprouvé, puisqu’à l’époque il faut encore parler d’adultère, terme qui suppose une faute et non pas d’infidélité, terme qui n’implique plus de condamnation morale et est usité à partir de l’époque de la "transition sexuelle" évoquée par Maurice Daumas en conclusion du livre.


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