Stephane Zacharek : A Girl and a Gun

Review of Richard Brody, Everything Is Cinema : The Working Life of Jean-Luc Godard (Metropolitan Books/Henry Holt), at The NY Times (13.07.2008) :

Brody is hardly blind to his subject’s foibles: he calls Godard on his flimsier political ideas, particularly his devotion to Maoism (a trend among French intellectuals in the late ’60s that Brody identifies, rightly, as thinly veiled fascism) and, later, the anti-Semitism that repeatedly surfaced in his work. It’s also worth noting that Godard, the committed Maoist and spewer of anti-capitalist, anti-American rhetoric, made two commercials for Nike in the early 1990s. They were never broadcast, though presumably Godard cashed the checks.

Throughout his career, Godard’s political ideology has often amounted to little more than slogans, attention-grabbing sound bites. In 1969 he told a London journalist that opera houses should be burned as a means of remaking the culture. Then he amended the notion: “No, not burn them, just forget about them a bit. As Mao said, if we burn books we would not know how to criticize them.” Although Brody repeatedly challenges Godard’s limited ideology, he does buy a little too readily into the notion that a work of art informed by political ideas is inherently more meaningful or more interesting than one with, say, a great deal of aesthetic inventiveness or emotional depth.

Godard’s political ideas have never been the strongest elements of his movies. Unfortunately, after 1968, they often became their focal point. Brody is at his best when he’s describing how Godard’s technique — so dazzling, particularly in the early years — intensifies the charge of the stories he’s telling, opening us up to new ways of seeing. “Even now,” Brody writes, “ ‘Breathless’ feels like a high-energy fusion of jazz and philosophy. After ‘Breathless,’ most other new films seemed instantly old-fashioned.” He’s got that right. “Breathless” is Godard’s most readily comprehensible film, the access point for many future devotees. And its freshness never abates: to watch it, even today, is to feel present at the birth of something new. Beginning of story. Beginning of cinema. If Godard had given us nothing more, that would be enough.

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Gilbert Adair : Praise be to Godard

Review of Richard Brody, Everything Is Cinema: the Working Life of Jean-Luc Godard (Faber), at New Statesman (03.07.2008)

Richard Brody's "working life" of Godard is definitely and even defiantly a work of erudition. It covers the director's filmography from À bout de souffle in 1959 to Notre musique in 2004, not excluding shorts, television series, and even the odd glossy if typically idiosyncratic commercial he was forced to make when on his uppers. And although there is a cluster of juicy biographical anecdotes, mostly relating to Godard's on-off-on relationships with his actresses, these are inclu ded only insofar as they steer the reader towards a deeper understanding of the films' own auto biographical strata. Passionate admirer though he is, Brody doesn't shy away from his subject's frequently monstrous personal conduct - his odious condescension to his "inferiors", his (to put it mildly) casual attitude to other people's money, his subtle but, alas, well-documented anti-Semitism. Nor does he slavishly accept Godard's own lofty, Olympian self-estimation, though he never discounts it, either, as many have done, as the narcissistic delirium of a once-great artist who has long since retreated into near-autistic rarefaction. He regards the man as perhaps the supreme creator of his generation in any of the art forms, and pretty much expects the reader to do likewise.

It could even be argued that Godard, in some respects, is a more important artist than Picasso. Picasso transformed art; Godard transformed not just the cinema, but the world. Look at any pre-Godard film: good, bad, a masterpiece or an atrocity, it's securely locked into both the history of the cinema and, by extension, history itself. Now take a look at any Godard film from the 1960s - Deux ou trois choses que je sais d'elle, say, or Week-End - and you realise with a shock that it already belongs to the same world, Jean Baudrillard's "universe of persuasion", as we do. Directly or indirectly traceable back to his innovations are modern billboard designs, storefront window displays, the typography of trademarks and logos, newspaper and magazine layouts, even the evolution of computer graphics. The internet, for example, is totally Godardian.

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Jacques Mandelbaum : La jeunesse séditieuse du cinéaste Nagisa Oshima

Revue des DVD d'Ôshima Nagisa (Carlotta Films) au Monde (03.07.2008) :

Les quatre premiers - Une ville d'amour et d'espoir (1959), Contes cruels de la jeunesse (1960), L'Enterrement du soleil (1960), Nuit et brouillard au Japon (1960) - sont réalisés dans le cadre des augustes studios Shochiku et sonnent, par leur virulence, les débuts en fanfare de la Nouvelle Vague nippone. Le cinquième, Les Plaisirs de la chair (1965), est produit par la société qu'Oshima a créée à la suite de sa démission de la Shochiku et consomme sa rupture avec un système cinématographique, mais aussi avec un modèle de société, que ses films n'ont cessé de stigmatiser.

Les quatre premiers films, réalisés par un cinéaste qui n'a pas 30 ans, montrent la face sombre d'une société exaltée par le miracle économique. Un adolescent fait survivre sa famille par des expédients (Une ville d'amour et d'espoir), un jeune couple subit la déchéance morale et physique d'un milieu qui l'entraîne vers le bas (Contes cruels de la jeunesse), le petit peuple des bas-fonds d'Osaka s'entre-dévore dans la turpitude et le désespoir (L'Enterrement du soleil), des étudiants se déchirent lors d'un mariage incarnant l'espoir révolutionnaire déchu (Nuit et brouillard au Japon). Les Plaisirs de la chair, histoire d'un assassin amoureux qui verse par dépit dans la débauche et le nihilisme, inaugure enfin le motif du désir sexuel comme instrument de transgression politique.

Wikipedia (fr).

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Edouard Waintrop : Cyd Charisse, tant de classe

Oui, très classe, sans doute.

At the first time I saw her dancing with Fred Astair in Silk Stockings, my eyes were riveted on her beautiful, long legs. "Elle est elle-même des jampbes", dit Yamada Ko'ichi. RIP Cyd.

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Olivier Maillart : Essai transformé

Revue de Rochelle Fack, Hitler, un film d'Allemagne, de Hans Jürgen Syberberg (Yellow Now), à nonfiction.fr (12.06.2008) :

Le désir d’une approche originale

"Mes vœux d’obscurité sont exaucés à la première image d’un film et le générique de début, me confiant les mouvements des plans, m’engage au rituel de la projection. Il me fait aussi entrevoir ma prochaine naissance, celle qu’entraînera l’issue de la séance, quand le générique de fin aura raréfié en moi l’action du cinéma pour me rendre aux lumières de la vie."

Avec ces lignes, les premières de son livre, l’auteur affiche son ambition : implication physique du sujet dans son commentaire (et dans l’œuvre commentée), recherche d’une écriture neuve pour traiter d’une œuvre cinématographique. Rochelle Fack (dont l’éditeur, dans sa courte présentation, nous apprend qu’elle a publié deux romans par le passé) a véritablement choisi d’écrire un essai, c’est-à-dire une réflexion en prose où les choix formels sont indissociables de la pensée qu’ils expriment : mise en scène de l’auteur face au film qu’il commente, arbitraire revendiqué de certains rapprochements (celui de Hitler avec Le Dictateur de Chaplin, colonne vertébrale de la réflexion, mais aussi citation de Paul Celan, insertion de photographies de mises en scène de Tadeusz Kantor).

En suivant ses intuitions, en pratiquant un art du montage à la mode d’aujourd’hui (dans la lignée des Histoire(s) du cinéma de Godard), Rochelle Fack nous offre une étude originale du film de Syberberg, avec plusieurs développements tout à fait stimulants : ainsi sur les modes d’inclusion du spectateur dans le dispositif de Hitler, un film d’Allemagne, visant à faire de chacun un acteur à part entière du drame qui se joue, ou sur les procédés de projection frontale employés par Syberberg (technique abandonnée depuis le cinéma muet qui consiste, contrairement à la transparence, à projeter une image filmée sur le comédien et la toile devant laquelle il se trouve, plutôt que de projeter cette image par derrière ; le comédien est ensuite surexposé pour que l’image projetée n’apparaisse pas sur son corps). Dans les deux cas, l’approche subjective se trouve pleinement justifiée.

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RIP : Mizuno Haruo

If not for him, we couldn't enjoy the Hitchcock movies. Thank you and sayonara.

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Maria Martin : Epstein fidèle au cinéma

Revue de Prosper Hillairet, Cœur Fidèle de Jean Epstein (Yellow Now), à nonfiction.fr (05.06.2008) :

Epstein, cinéaste de la pliure

On l’a dit, Prosper Hillairet fourmille d’idées et les brade généreusement. On voudrait donc pour finir en mettre une particulièrement en valeur, celle de la pliure à la fois comme structuration du film et vision du cinéma. “La scène où, en un cadre, le visage de Marie à gauche est repris dans le miroir, montre assez de cette pliure. Le bord du cadre est pliure entre le “réel” et son “image”, en fait du réel redoublé, du réel replié sur lui-même. Et la surimpression participe de cette pliure, dans l’image : les surimpressions eau/visage de Marie sont à l’articulation entre le plissement des vagues et les replis secrets de la peau. Le mouvement se plie, l’espace se plie, le temps se plie. L’histoire de Cœur fidèle est ainsi faite qu’en son milieu, à la jointure des deux périodes, se reprend le titre, en un intertitre : “Cœur fidèle”, comme un nouveau départ. Redépart renforcé par un passage de camion, en aller-retour, reprise des premiers plans du port. Toute l’histoire de Cœur fidèle se déroulerait-elle dans la pliure d’un aller-retour ?”

Cette lecture du film et du cinéma d’Epstein comme pliure (y compris du temps sur l’espace si l’on suit la piste d’Einstein sous les mots de Prosper Hillairet) donne une tout autre ampleur à la mélancolie qui imprègne Cœur fidèle. En effet, si la mélancolie est bien ce mouvement de balancier entre l’excitation et la torpeur, la fulguration et l’hébétude, on comprend que la pliure soit la figure filmique qui, chez Epstein, permet de tenir ensemble ces deux postulations simultanées et d’atteindre, précisément, au cœur mélancolique. “La vue d’ensemble n’est jamais assurée, l’histoire d’amour jamais consolée. On peut toujours tomber du manège ou se noyer dans les vagues. Et le monde et l’amour doivent être sans cesse ré-assurés. Le cinéma est la trace de cette fragilité sans cesse à consolider.”

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Jonathan Rosenbaum : Jean-Luc Godard, Lights, Camera, Paradox!

Review of Richard Brody, Everything Is Cinema : The Working Life of Jean-Luc Godard (Metropolitan Books), at The Village Voice (13.05.2008) :

Brody's main strength, apart from the fact that he's never boring, is his ease in clarifying the intricacies of French politics and philosophy as they interact with Godard's evolution. Sometimes these two specialties even come together, bristling with Godardian paradox: "Breathless was both a work of existential engagement with the world—an engagement that was constant, essential, and involuntary, inasmuch as it was a collage of preexisting material—and therefore also a work of Sartrean bad faith, made by a thinker who did not think but was thought."

But insofar as Godard's life and work have often been impossible to differentiate, distinguishing between the pertinent and the peripheral is no easy matter. Anne-Marie Mièville has been Godard's significant other and major collaborator since 1971, so it's reasonable that Brody discusses her solo forays in filmmaking, especially since Godard has been involved with them in multiple ways. But how much do we need to know about Mièville's troubled relationship with her daughter? And, more generally, how imperative is it that Brody try to monitor Godard's libido and sexual activity—something that even an authorized biographer wouldn't be properly equipped to do? Though he's adept at pointing out the ways that most of Godard's early features contain coded references to his relationship with his lead actress, Anna Karina, these observations are too often allowed to dominate. And speaking to legions of people who've worked for Godard in various capacities inevitably leads to a lot of dish—so much so, in fact, that the torments of the shifting relationships often threaten to overtake and overdetermine all the other emotions associated with his movies.

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Laetitia Kugler : Jean Rouch est un autre

Revue de Maxime Scheinfeige, Jean Rouch (CNRS), à nonfiction.fr (29.05.2008) :

Dans la préface qu’il donne à l’ouvrage de Maxime Scheinfeigel, Michel Marie qualifie cette dernière de “rouchienne de la première heure”. Elle avait en effet fait sa thèse sur Moi, un noir et signe aujourd’hui un ouvrage complet sur son réalisateur. Précisant de façon programmatique que “l’on a sans doute trop souvent jusqu’ici évalué l’importance de son œuvre seulement à l’aune de l’anthropologie filmique et [que] l’on a éventuellement négligé de voir en elle ce qui la désigne comme une œuvre de cinéma à part entière”, l’auteur n’a de cesse de démontrer, au fil du livre, que Jean Rouch est un véritable cinéaste. Ethnologue et cinéaste, une histoire de double... duplicité que vient renforcer un second questionnement : dans l’œuvre de Rouch, quelle est la part échue du document et quelle est celle de la fable ?

En analysant la carrière du cinéaste et ses films de manière précise et détaillée, Maxime Scheinfeigel fait pénétrer le lecteur dans l’univers de Jean Rouch, à la découverte d’une œuvre cinématographique cohérente et de l’accomplissement d’un cinéaste ethnologue.

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RIP : Sydney Pollack

He died of cancer at his home in Pacific Palisades, at 73. The LA Times, BBC News (with a video clip), Le Figaro ("Out of Africa"), The NY Times, Time.com, Le Monde (photos).

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Catherine Munroe Hottes : Tomoyasu Murata and Company

From Midnight Eye (17.05.2008) :

Murata's stop motion work, paintings and pastels tend to have a rather melancholic theme. The My Road series - Scarlet Road (2002), White Road (2003), Indigo Road (2006), and the most recent instalment Lemon Road (2008) - can be read as meditations on loss and mourning. These poetic films tell their story through motif, character expression, music and montage and require repeated viewing for one to absorb the subtly evoked layers of meaning. Perhaps the only flaw with the use of music in these claymation films is that over-sentimentality occasionally rears its head.

Murata's other animation ranges from lyrical mixed media work like Winter Rainbows (2005) and Nuance (2006) to comical cel animation like the Sakadachi-kun films, which feature a small boy running about on his hands. Sakadachi-kun reminds me of the fourth section of Donald Richie's experimental film Five Filosophical Fables (1967) in which a man wanders through Tokyo walking on his hands. This sense of humour is also apparent in Murata's manga work, installations and mixed media art. For example, he has a series of photographs of people in which their heads have been obscured by blobs, and some of his installations also include large white blobs.

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Marie Martin : Quand le cinéma illustre la philosophie

Revue de Olivier Pourriol, Cinéphilo (Hachette Litterature), à nonfiction. fr (19.05.2008) :

Il ne faut attendre de ce nouveau livre d’Ollivier Pourriol aucune révélation à propos de Descartes ou Spinoza, les auteurs dont il entreprend d’exposer la philosophie. Ce n’est pas non plus une entreprise comparable à l’édition des cours de Gilles Deleuze : l’exigence n’est pas la même, là puissantes analyses au travail, ici vulgarisation des systèmes des deux penseurs du grand siècle. Ollivier Pourriol conçoit son ouvrage comme un hommage rendu aux passeurs de philosophie qu’ont été Alain et ses propres maîtres. Sa défense et illustration de l’enseignement de la philosophie explique le cours paisible de l’ouvrage, son refus du jargon et de tout ce qui pourrait sembler causer difficulté dans la compréhension de pensées dont il ne minore pas les points névralgiques mais s’attache à les dénouer peu à peu. Il faut transmettre le savoir et améliorer encore le coefficient de pénétration de la philosophie dans des esprits. Et quel meilleur moyen pour faire comprendre une idée qu’un exemple tiré du plus grand réservoir commun d’images ? Le parti pris apparemment lumineux est donc de confronter tel ou tel aspect des textes (Les Méditations Métaphysiques, Le Traité des passions, L’Ethique) – ou, comme le dit le sous-titre du livre, "les plus belles questions de la philosophie" – au grand écran : classiques contemporains, blockbusters attractifs et quelques raretés (Le Jardin de Celibidache, de Serge Ioan Celibidache, et My Architect, de Nathaniel Kahn) voisinent selon le principe d’apprentissage qui commande d’aller du connu vers l’inconnu. On entre dans le système spinoziste en suivant Forrest Gump ou un moine de La 36e Chambre de Shaolin, on comprend la nécessité du doute cartésien radical et hyperbolique en revoyant Matrix. Le plan du livre, la progression des idées, le meilleur moyen de les présenter et de les appareiller aux exemples cinématographiques les plus parlants ont été mûrement réfléchis : c’est un des principaux mérites du livre, qui se lit très agréablement, avec un souci constant d’accessibilité.

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Amos Gitaï, Désengagement

Trailer and story at Télérama :

En 2005, suite à la mort de leur père, Ana retrouve Uli, son demi-frère israélien qui vient la retrouver en France. Elle décide de retourner en Israël à la recherche de sa fille qu'elle a abandonnée à sa naissance, vingt ans plus tôt. Sur place, Ana et Uli sont pris dans le désengagement de Gaza.

Also see Géraldine Pioud' review at Il était une fois le cinéma and Sophie Grassin's review at Rue89.

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Ty Burr : Marty On !

A friend informed me (Merci !) of this long interview with Martin Scorsese on The Departed, Shine a Light and his next movie Ashecliffe based on Dennis Lehane's Shutter Island, at Boston.com (05.04.2008). Mr. Scorsese talks Boston :

TB: I grew up here and I still can't find my way around.

MS: Thank you! I mean, downtown New York is bad, but this is crazy. The historic area is beautiful. That's what made us realize in "The Departed" that the rooftop at the end should be one of the old restored buildings rather than going to a modern building. We got up to the top of probably the highest building in Boston and looked around and saw sky. And of course at the end of the original "Infernal Affairs," you look around and you see the hills of Hong Kong all around you. We see nothing here. Nothing! So, all right, let's go retro. Let's go to the old Boston.

TB: You shot that down in East Boston?

MS: Yep. The seagulls were all over the place, all over the track. There were certain seagulls I really fell in love with. But that was interesting because these poor guys are playing out this tragedy on top of this roof, and there's 300, 400 years of history and class war, and them fighting this undeclared war where no one knows where they stand.

Ah, I love these passages... pourquoi pas !

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Philippe Pons : Au Japon, on ne badine pas avec la patrie

Transcrit du Monde (03.04.2008).

Invoquant des "raisons de sécurité", cinq salles de cinéma à Tokyo et à Osaka ont renoncé à diffuser le film Yasukuni, du cinéaste chinois résidant au Japon, Li Ying. Produit par la Chine et le Japon, ce documentaire vient d'être primé au Festival international du film de Hongkong. D'autres salles à travers le Japon ont annoncé qu'elles ne projetteraient pas le film. Toutes craignent d'être la cible de manifestations des groupuscules d'extrême droite, dont la plupart sont liés à la pègre. La presse était unanime, mercredi 2 avril, à s'inquiéter de cette entrave à la liberté d'expression.

Vociférant des imprécations depuis leurs camions noirs équipés de puissants haut-parleurs et hérissés de drapeaux, ces groupuscules bombardent les salles de décibels. Au nom de la liberté d'expression, la police n'intervient guère. Après d'autres affaires récentes de restriction de la liberté d'expression, le retrait de l'affiche de Yasukuni, considéré par la droite comme "antijaponais", constitue une nouvelle atteinte à l'une des libertés démocratiques fondamentales.

Construit en 1869, le sanctuaire Yasukuni est dédié à la mémoire des morts pour la patrie. Depuis la fin des années 1970 y sont honorés aussi sept condamnés en 1948 pour crimes de guerre par le Tribunal international de Tokyo, qui furent exécutés. Aussi, les visites à Yasukuni par de hauts dignitaires japonais suscitent-elles régulièrement des polémiques avec la Chine et la Corée du Sud, qui estiment qu'elles reviennent à absoudre le passé militariste.

Continue reading "Philippe Pons : Au Japon, on ne badine pas avec la patrie"

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Alexander Jacoby : Film festivals, How Japan is viewed from afar

From The Japan Times (03.04.2008). — "The real Japan" can not be explored into commercial success movies and classical movies but movies screened in film festivals, the author claims, pointing out Furuyama Tomoyuki, Yamashita Nobuhiro, and Hiroki Ryuichi.

I don't know much about Mr. Jacoby. His book, Critical Handbook of Japanese Film Directors : From the Silent Era to the Present Day will be out by Stone Bridge Press in May.

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Agnès Giard : Yoshida, Nouvelle Vague et lame de fond

Sur Kijû Yoshida à Libération (02.04.2008) :

Trois semaines avant la fin de la Seconde Guerre mondiale, Kijû Yoshida échappe de si peu à la mort que même maintenant, âgé de 75 ans, il hésite à en parler… Le trauma. Des bombes incendiaires transforment sa ville natale, Fukui, en brasier. Piégé dans l’océan de flammes, Yoshida se laisse guider par une colère d’origine inconnue. «Une sorte de fureur» monte en lui, s’amplifiant au point qu’il en perd les esprits. «Je ne sais plus par quel miracle j’ai réussi à survivre, dit-il. Mais j’ai réalisé que celui qui m’avait sauvé ce jour-là était un autre moi, c’est-à-dire mon œil. Par la suite, une autre expérience fondamentale a marqué mon existence : en première année de lycée, je suis tombé sur un roman, c’était la Nausée, de Sartre.» Les deux expériences se superposent en lui, créant la conviction presque obsessionnelle que «je» est un autre. Et que la folie nous guette tous.

Style glacial. Dix ans plus tard, son père devient aveugle. Pour soutenir sa famille, Kijû Yoshida trouve un emploi dans un des plus gros studios de cinéma de l’époque (la Shochiku). Employé comme assistant, au côté de Nagisa Oshima, il devient vite un des fers de lance de cette écurie que l’on appelle abusivement «la Nouvelle Vague japonaise». «Nouvelle Vague» n’est alors qu’une étiquette purement commerciale pour lancer de jeunes réalisateurs et ces films de voyous, alors très en vogue, qui font frissonner les midinettes. Baston, drague et saké ? Très peu pour Yoshida. Dès son premier film, Bon à rien (1960) il impose un style aussi glacial que sophistiqué : il fait du documentaire. Disséquant, d’une caméra clinique, ce Japon privé d’idéal, peuplé de salarymen-robots et de paumés faussement cyniques, Kijû filme chaque plan comme un labyrinthe pour le regard. Ses personnages s’inscrivent dans des cadres, littéralement «mis en boite» dans des décors qui renvoient sans cesse le spectateur à sa propre existence. Vous qui regardez ces personnages pris au piège de leurs propres actes, êtes-vous dupe ? Il n’y a pas de méchants dans ces films (le Sang séché, Evasion du Japon, 18 Jeunes Gens à l’appel de l’orage), mais uniquement des mécanismes.

En 1962, Kijû Yoshida rencontre une star - Mariko Okada -, dont il fait l’héroïne de son seul et unique film «populaire» (la Source thermale d’Akitsu) et qu’il finit par épouser. Deux ans plus tard, renonçant à sa carrière, elle démissionne de la Shochiku et fonde avec lui une des premières sociétés de cinéma indépendante du Japon. C’est le début d’une intense production de films d’amour dont Okada devient la seule, l’incandescente, la charismatique incarnation. Yoshida la filme à en perdre le souffle, explorant chaque parcelle de cette anatomie parfaite à la recherche du désir. Désir bestial, passionné, extrême… sous l’apparence du self-control le plus absolu.

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David Bellos : La postérité de M. Hulot

Revue de Jean-Philippe Guérand, Jacques Tati (Gallimard), à nonfiction.fr (25.03.2008) :

Publiée sans doute à dessein à la veille des cent ans du cinéaste, cette nouvelle biographie de Jacques Tati raconte avec brio le parcours d’un héros. On ne peut que féliciter Jean-Philippe Guérand d’avoir rempli son contrat vis-à-vis de la collection Folio-Biographies en racontant de façon vivante et accessible la vie d’un homme qui fut sans conteste une des grandes figures françaises de l’histoire du cinéma. Du moment qu’on n’attend de ce livre ni une recherche originale ni une analyse approfondie des films, on y trouvera plaisir et profit dans les limites de l’exercice auquel se prête Guérand.

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Mark Schilling : The final days of revolutionary struggle in Japan

Interviews with Wakamatsu Kôji on his latest movie, Jitsuroku Rengo Sekigun : Asama Sanso e no Michi (United Red Army — The Path to Asama Mountain Lodge), at The Japan Times (20.03.2008) :

The dramatic end of the siege, with millions watching the police break-in on live television, also marked a turning point for student radicalism in Japan. "(Masaharu) Gotoda (chief of the National Policy Agency) was a smart man," reflected Wakamatsu. "He showed Japanese people the (events at) Asama for 10 days without rest, while characterizing the (United Red Army members) inside as terrorists. After the Asama Sanso incident, student movements in Japan quickly lost steam."

Now 71, Wakamatsu is at an age when most directors are mellowing out, winding down or just plain giving up. He has no plans to retire, however. "I don't have much longer," says the filmmaker, who has a fought a long, and so-far successful battle with lung cancer. "I don't know how much time I have left, so I want to shoot as many films as possible now. I'd like to shoot a normal movie next time (laughs). But I don't think any film I'm part of will end up normal."

Wakamatsu won't be returning to pink films, the genre in which he created the most celebrated of his films. "Pink films should be guerrilla movies," he explained. "They should be a hidden thing. I quit pink movies because they started to become known and everyone started to praise them. They were no longer guerrilla movies. Being a guerrilla means fighting the government with a small number of people. I'm not a Che Guevara or Fidel Castro, or anything like that, but it's no longer fun or interesting when everyone is praising that sort of thing and bringing it out into the open."

He also doesn't see any successors among the younger generation to his brand of antiestablishment cinema. "I survived as a director for 40-some years because I managed to slip in my own politics and anger while borrowing the label 'pink movie,' " he said. "But now everybody seems to have forgotten how to be angry. Their stomachs are too full (laughs). A country that's striving hard to develop tends to produce good movies. A developed country doesn't. Japan and America have nothing left to strive for, so they don't make good movies any more."

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Antoine de Baecque : L'éthique de la représentation

Revue de Jean-Michel Frodon (dir.), Le cinéma et la Shoah. Un art à l’épreuve de la tragédie du 20e siècle (Cahiers du cinéma), à nonfiction.fr (11.03.2008) :

L’ouvrage dirigé par Jean-Michel Frodon, actuel directeur des Cahiers du cinéma, est l’aboutissement de trois années de séminaires, programme initié lors de la préparation des célébrations du 60e anniversaire de l’ouverture d’Auschwitz, le 27 janvier 2005. On retrouve dans l’organisation du livre les traces de ces rencontres, puisque des textes assez différents dans leur statut et leur objet, présentés selon leur thématique ou la géographie du cinéma qu’ils proposent, y côtoient un entretien avec Claude Lanzmann et une longue "conversation" entre six intervenants (les historiennes Sylvie Lindeperg et Annette Wieviorka, la philosophe Marie-José Mondzain, le cinéaste Arnaud Desplechin, les critiques Jacques Mandelbaum et Jean-Michel Frodon), enregistrée au Moulin d’Andé, en Normandie, point d’orgue de ce travail collectif. A ces entrées un peu disparates, forcément inégales, s’ajoutent de fort précieux éléments documentaires, bibliographiques et filmographiques, ainsi qu’une quarantaine de pages de "ressources" très stimulantes : de multiples photogrammes tirés de films parfois rares, parfois attendus mais souvent surprenants.

Le principal est évidemment de trouver dans ce livre collectif les outils qui permettent de reconstituer une perception des manières dont un événement historique comme la Shoah a marqué le siècle de son empreinte. Mais, surtout, a contribué à modifier en profondeur nos modes de perception et de représentation de l’histoire, à travers le cinéma. Car le cinéma permet de poser et de reposer la question de la représentation possible de la Shoah. D’abord, il est un outil documentaire qui a joué un rôle décisif dans la construction du savoir sur cette période. Il a également tenu sa place dans la diffusion nécessaire des formes les plus traumatisantes de l’événement. C’est ainsi en grande partie grâce au cinéma que les procès de Nuremberg ont rencontré un large retentissement, premier événement du genre à faire un usage si massif de l’art nouveau, aussi bien comme preuve que comme vecteur pédagogique. Ensuite, le cinéma est un dispositif de fiction qui, à propos de la représentation de la Shoah, a très vite interrogé l’art dans son fondement éthique : pouvait-on représenter l’extermination, l’archiver visuellement, en témoigner, la reconstituer ? C’est au croisement de ces deux problématiques que se tiennent la plupart des textes ici réunis. La part "documentaire" est sans doute la plus connue et la moins surprenante. Ce sont donc les textes qui s’arrêtent délibérément sur la part fictionnelle qui m’ont semblé les plus intéressants, notamment ceux de Jacques Mandelbaum sur la résurgence de certaines images de la Shoah dans les films de fiction européens, et de Bill Krohn sur quelques films peu connus hollywoodiens qui n’ont pas hésité, dès l’époque, à déplacer leur décor vers les camps de concentration.

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Gérard Lefort : Sur les traces de Primo Levi

Revue du Voyage de Primo Levi (documentaire de Davide Ferrario), à Libération (12.03.2008) :

Enigme. Le documentariste Davide Ferrario, avec Marco Belpoliti, directeur d’éditions des livres de Primo Levi chez l’éditeur Einaudi, a eu l’idée de refaire le voyage en images. Pour tenter de résoudre une énigme : quid de l’Europe centrale aujourd’hui ? Le résultat est inégal. La musiquette d’ambiance est prégnante, comme un truisme qui voudrait que violon rime avec émotion. Mais il y a aussi de ces hasards qui ouvrent un présent effrayant sur le passé le plus épouvantable. En 1945, le train qui ramenait Levi et une centaine d’autres rescapés fit halte à proximité d’une petite ville d’Ukraine qui ne s’appelait pas encore Tchernobyl. L’équipe des documentaristes a eu le droit de déambuler dans les rues de Prypiat, ville nouvelle la plus proche de la centrale, aujourd’hui ville fantôme. Le ciment où poussent des arbres, les bâtiments désaffectés. C’est un étrange moment qui rappelle ce qui reste des bâtiments d’Auschwitz : le même silence, un lieu commun de la désolation. Que l’on retrouve à Novograd-Volinsky, dans les ruines d’un goulag.

Autre moment de sidération, la traversée de la Biélorussie, conservatoire du stalinisme le plus parfait, qui vire au loufoque lorsque l’autorité responsable organise la visite d’un kolkhoze. Subitement, c’est un film de Lubitsch, avec ce directeur qui ne sait que répondre aux questions et s’entend dicter les réponses «positives» par un agent du KGB local passablement énervé.

Comme l’essentiel du périple saute les frontières des anciennes républiques ou satellites de l’URSS, il fait l’effet d’un retour sur les débris d’un rêve rouillé. Pour l’exemple, la visite des aciéries polonaises de Nova Huta en compagnie de Andrzej Wajda : un désert industriel où, à la cantine des retraités du Kombina, flottent les âmes mortes des prolétaires.

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RIP : Alain Robbe-Grillet

Robbe-Grillet died yesterday at 85 but his death cause is uncertain. Cardiac insufficiency ? See The NY Times,

Pierre Assouline à La Républiaue des livres (18.02.2008) :

Ce qu’il en restera ? Pour un nouveau roman,bien sûr, manifeste théorisant un structuralisme littéraire sur les ruines du roman traditionnel, appellation dont on n’a pas fini de se demander si elle désigne juste un coup de bluff ou une date dans notre histoire littéraire, mouvement plutôt qu’école dont on peut se demander s’il est encore permis de le critiquer tant certains l’ont institutionnalisé. Et puis Les Gommes, Le Voyeur et ses fictions à caractère autobiographique et fantasmatique telles qu’elle apparurent dans les Romanesques, trilogie dont l’exigence formelle ne dissipe pas les ambiguités. D’autres textes encore (La Jalousie …), ad libitum. Le reste, y compris les films (le meilleur, L’année dernière à Marienbad,est d’Alain Resnais, faut-il le rappeler), est à peu près illisible ou irregardable sinon dans une perspective archéologique. Pour en savoir plus sur l’apport de ce grand bourgeois marginal, attendons la grande biographie que le directeur l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine, son ami Olivier Corpet, prépare depuis des années à partir de ses archives (317 boîtes), de son témoignage et, qui sait, de l’anayse de la collection de cactus du seul ingénieur agronome spécialisé dans les denrées coloniales et la pathologie végétale qui se soit fait un nom dans la littérature française de la deuxième partie du XXème siècle.

Claire Devarrieux à Libération (19.02.2008) :

Les écrivains qui marquent leur siècle sont rarement des farceurs. Ses livres sont d’un humour discret, c’est pourtant un grand rire qu’on peut associer à Alain Robbe-Grillet. Un rire méphistophélique, certes, sans pitié ni attendrissement, mais une forme de gaîté tout de même, d’une jeunesse inoxydable, sardonique et flamboyante. Initiateur, avec l’éditeur Jérôme Lindon, du mouvement littéraire le plus important d’après-guerre, le Nouveau Roman (qui englobera Nathalie Sarraute, Claude Simon, Michel Butor, voire Marguerite Duras), théoricien radical qui entend pulvériser les formes traditionnelles, auteur sulfureux inséparable de son épouse Catherine, «maîtresse» SM sous le nom de Jeanne de Berg, cinéaste d’avant-garde, Robbe-Grillet est resté jusqu’au bout un irréductible, un irrécupérable.

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TOKYO: Leos Carax, Bong Joon-Ho et Michel Gondry au Japon

Guillaume Massart's report at Film de Culte (n.d., 18.02.2008 ?) :

Étonnant projet que celui de la productrice Anne Sawada: réunir trois auteurs aussi différents que Leos Carax (absent des écrans depuis 1999!), Bong Joon-Ho et Michel Gondry, au sein d'un film omnibus situé à Tokyo. Projet mené à bien, en tout cas, puisque les trois segments de Tokyo sont achevés et dévoilent aujourd'hui leurs premières photos et leurs synopsis officiels. L'occasion d'avoir un avant-goût de Shaking Tokyo de Bong Joon-ho (un homme vivant en reclus depuis 11 ans tombe amoureux d’une livreuse de pizzas et ainsi trouve le courage d’affronter le monde extérieur), Hiroko & Akira in Tokyo de Michel Gondry (accompagnée par son petit ami aspirant scénariste, une femme d’Hokkaido arrive à Tokyo sans but précis, jusqu’au jour où elle s'aperçoit qu’une partie de ses côtes se transforment en bois) et excellemment nommé Merde de Leos Carax (l’histoire d’un homme qui apparait des égouts, dans des lieux inattendus et devient vite traqué par les habitants de Tokyo).

Here is the official site (JPN). It announces that this movie will be released at the end of summer.

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Victor Erice, la pulsation du temps

Victor Erice reflects on his own masterpiece, The Spirit of the Beehive, à Libération (11.02.2008) :

«Tout ce qui se produit dans cette fiction, et de manière très particulière le vécu de ses protagonistes, appartient à un univers sans télévision, quand le cinéma signifiait essentiellement le rêve commun dans la pénombre de la salle publique. Si je suis quelque chose en tant que cinéaste, cela vient de là, de ce type d’expérience. Il faut rappeler - ce n’est jamais inutile - l’époque et le décor. Les années 40 du siècle dernier. Un monde de riches et de pauvres dans lequel, enfants, nous avons appris à survivre. Survivre signifiait, entre autre, essayer de se débrouiller seul. Dans mon cas, ce fut le cinéma qui vint à mon secours : il m’adopta, tout simplement. Il me permit de tirer parti de tout sans rien exiger de moi en retour. Plus encore : il m’aida à me soustraire à une société gouvernée par les vainqueurs. A supporter d’abord, et combattre ensuite ses valeurs grotesques. Il ne m’offrit pas un autre modèle de société, mais quelque chose de beaucoup plus précieux : le monde, le monde entier…

«Dans un village perdu sur la carte d’un pays en ruines, qui compte ses morts et ses disparus lors de la dernière guerre civile, un soir d’hiver, dans une camionnette cahotante, arrive le cinéma. Comme d’habitude, l’unique séance, annoncée par une femme, crieur public, a lieu dans une salle délabrée de la mairie. Les habitants, paysans pour la plupart, ont apporté leurs chaises et leurs braseros. Les petits garçons et les petites filles occupent les premiers rangs. Pendant quelques secondes l’obscurité se fait. Puis un projecteur s’allume. Des images en noir et blanc, venues de très loin, surgissent sur un mur où quelqu’un a peint le contour d’un écran…

«Dans ce film qu’aujourd’hui j’évoque à nouveau, il n’y a rien qui prenne sa source dans une scène primordiale : la rencontre au bord d’une rivière d’une petite fille et d’un monstre, contemplé par un regard qui observe le monde pour la première fois. Peut-être, alors, le temps que ces images aspirent vraiment à capturer n’est-il autre que celui des origines : ce temps sans dates qui réapparaît, encore et encore, dans les yeux des enfants.»

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Mark Schilling : Risk-taking 'Cure' for J-Horror

Review of Jerry White, The Films of Kiyoshi Kurosawa : Master of Fear (Stonebridge), at The Japan Times (10.02.2008) :

Kiyoshi Kurosawa has been an international cult favorite since the release of "Cure," his breakthrough film, in 1997. Telling the strange tale of a blanked-out young man who hypnotizes his victims into killing themselves, "Cure" was utterly unlike anything coming out of Hollywood in its indirection, ambiguity and scares that seemed to ooze up from the collective unconscious rather than spring from behind a door. It also labeled Kurosawa as a J-Horror director, a label that Jerry White, in his pioneering critical study "The Films of Kiyoshi Kurosawa: Master of Fear," admits does not quite fit: "His films," writes White, "are often too complex for the cult fan, yet too mired in genre convention for art-house fans."

White, a regular contributor to the fan magazine "Asian Cult Cinema," tries to explain Kurosawa's complexity and conventions with a refreshing candor, enthusiasm and lack of academic jargon. But in his analyses of 25 feature films, White also frequently slams Kurosawa for cinematic crimes and misdemeanors, including the "completely uninteresting actions" in "Barren Illusion (Oinaru Genei)" in 1999, the "disregard for narrative consistency" in "Seance (Korei)" in 2000, and the "alarming failure of storytelling" in "Loft" in 2007.

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Marguerite Chabrol : Virtualité d’Alain Resnais

Revue de Jean-Louis Leutrat (dir.), Les aventures de Harry Dickson, un scénario de Frédéric de Towarnicki pour un film (non réalisé) par Alain Resnais (Capricci) et Robert Benayoun, Alain Resnais, arpenteur de l'imaginair (Ramsay), à nonfiction.fr (31.01.2008) :

Un cinéaste virtuel ?

Le fantasme de retrouver un film disparu, invisible, inachevé..., est solidement inscrit dans l’univers de la cinéphilie. C’est une sorte d’inédit d’Alain Resnais que nous proposent les éditions Capricci en publiant le scénario d’un film finalement non réalisé. La promesse est belle, car Resnais fait partie des cinéastes dont les scénarios inaboutis ont de quoi intriguer. Rappelons par exemple qu’un de ses autres projets, conçus avec Milan Kundera, reposait sur une intrigue digressive à la Jacques le Fataliste ou Tristram Shandy, et sur une démarche quasi expérimentale : "Il s’agissait de voir si cette dramaturgie de la digression pouvait être appliquée au cinéma."

La publication de Harry Dickson au moment de la réédition de l’ouvrage de Robert Benayoun, Alain Resnais arpenteur de l’imaginaire est une coïncidence troublante. La confrontation des deux livres s’impose d’emblée autour du thème de l’œuvre virtuelle, puisque ce scénario inédit illustre une des idées maîtresses de Benayoun  : "l’œuvre d’Alain Resnais est un film à déduire". Benayoun estime aussi que chez Resnais, "les projets avortés nourrissent les autres, plus heureux" et il montre de façon convaincante comment la genèse de ses films se fait autour de tensions entre le scénario et la mise en scène, celle-ci cherchant souvent introduire de l’imprévisible ou des incertitudes dans l’intrigue et à renvoyer le récit qui lui sert de support à l’ordre du possible.

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Pierre-Olivier Toulza : Directed by Clint, Don, Sergio et les autres

Revue de Michael Henry Wilson, Clint Eastwood, entretiens (Cahiers du cinéma), à nonfiction.com (24.01.2008) :

Le livre est un recueil de treize entretiens réalisés par Michael Henry Wilson, qui dialogue avec l’auteur d’Unforgiven depuis plus de vingt ans. Cet ouvrage à la maquette sobre et élégante – comme dans les intérieurs sous-éclairés chers au cinéaste, le noir est largement sollicité pour mettre en valeur texte et photographies – est magnifiquement illustré, et on apprécie deux portfolios particulièrement bienvenus : pour évoquer les "années de formation" et pallier l’absence d’entretien avant 1984, une série de photos nous rappelle les débuts difficiles du comédien au sein du cours pour jeunes talents de Universal. Au cœur de l’ouvrage, la succession des entretiens est interrompue par un second cahier d’illustrations, parmi lesquelles on retiendra tout particulièrement quelques images d’Eastwood au travail avec ses mentors, Don Siegel et Sergio Leone.

On retrouve plusieurs entretiens parus originellement dans Positif, mais l’ouvrage ne se limite pas à une simple compilation d’articles déjà publiés en revue. Quelques interviews sont inédites, et l’ensemble est précédé d’une longue introduction dans laquelle Wilson propose une analyse de l’œuvre du cinéaste. Ce prologue est peut-être la partie la plus convenue du livre, car si Wilson synthétise des problématiques essentielles de la filmographie (le travail sur les genres cinématographiques, le thème de l’innocence perdue, la "dissection du rêve américain", etc), il développe aussi quelques points de vue contestables : peut-on vraiment affirmer, après les mélodrames et les films de guerre récents, que la filmographie est marquée par une "progression d’un cinéma de genre à un cinéma d’auteur" ? Est-il vraiment légitime de soutenir, quand Eastwood ne cesse de clamer son attachement à la tradition classique et à certains fondements de l’idéologie américaine, que "son œuvre ne se conforme à aucune grille esthétique ou idéologique" ?

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Graziella Vinh : La Grèce de Pasolini

Revue de Massimo Fusillo, La Grecia secondo Pasolini : mito e cinema, Carocci ed., Roma, 2007, à Fabula Acta (18.01.2008) :

Au lieu de distinguer les genres ou de suivre la chronologie, Fusillo organise son étude selon les trois grands mythes (Œdipe, Médée, Oreste) qui orientent la relecture pasolinienne de la Grèce classique. Le premier chapitre analyse parallèlement le film l'Œdipe Roi (1967) et de la pièce de théâtre Affabulation (1969). Au cinéma, le conflit d'Œdipe se noue autour de deux pôles contradictoires, d'une part la nostalgie d'une intégrité perdue, celle d'une enfance située avant la rupture avec le corps maternel, état sur lequel le temps n'a pas prise, et d'autre part l'obligation de connaissance qu'impose avec violence le contrat social. La contradiction du mythe a une portée politique dans l'histoire contemporaine, puisqu'elle correspond au heurt entre le sous-prolétariat et la bourgeoisie. Au théâtre, Pasolini se concentre sur le 'complexe de Laios' et explore l'un de ses thèmes favoris, le conflit entre père et fils. Le mythe d'Œdipe est exploité du point de vue de la psychanalyse, mais aussi de l'autobiographie. Dans le second chapitre, au sujet du film de la Médée (1970), Fusillo situe le conflit sur un plan culturel, en opposant le monde archaïque de Médée et celui, moderne, de Jason, marqué par un colonialisme agressif et un pragmatisme cynique. Toute la ligne dramaturgique du film consiste à rendre visible l'absurdité du renoncement de Jason au monde primordial et barbare de Médée. Cependant, dans ce conflit entre les cultures archaïque et moderne, Pasolini ne fait pas forcément triompher la première, irrémédiablement perdante, pas plus qu'il ne démonise la seconde, mais il dénonce la logique simpliste et univoque d'une société qui croit avoir dominé le sacré et contrôlé les passions. Le dernier chapitre examine la traduction de l'Orestie d'Eschyle proposée par Pasolini (1960), la pièce de théâtre Pylade (1966) et le documentaire Carnet de notes pour une Orestie africaine (1969). Malgré un certain pessimisme quant à l'avènement d'une société idéale, ces trois réécritures de l'Orestie montrent que l'Afrique reste pour Pasolini le lieu privilégié où développer une synthèse entre une culture primitive de la magie et du sacré et le monde rationalisant de la démocratie.   

Le livre de Fusillo constitue à ce jour l'étude la plus complète des représentations de la Grèce ancienne dans les oeuvres de Pasolini. A ce titre, il est un ouvrage précieux pour l'étude de la réception de l'Antiquité. Son originalité est de proposer une relecture précise et renseignée des mythes grecs en utilisant les instruments modernes de la psychanalyse de l'anthropologie sociale ou de la politique. On regrette cependant que Fusillo n'inscrive pas plus précisément sa démarche dans le champ récent des études pasoliniennes, ce qui aurait rendu la lecture de son livre plus accessible aux non initiés. Par ailleurs, Fusillo aurait pu élargir la portée de son étude des représentations de la Grèce ancienne en la mettant au service d'une exploration plus systématique de l'idéologie pasolinienne et de ses contradictions.

Greece according to Pasolini : Myth and Cinema -- this book is not yet translated in English or French.

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Ang Lee, Lust, Caution

Lust, Caution is released in France today, now I've realized (Télérama). And Le Monde has two reviews : by Thomas Sotinel and Jean-Luc Douin. Ang Lee dit, selon Sotinel :

"Pour moi cette période est un trou noir, visuellement", explique le cinéaste en parlant de la seconde guerre mondiale. Présenté dans les manuels d'histoire comme la "dernière guerre juste", ce conflit avait provoqué en fait l'éclatement du Kuomintang entre les partisans de la lutte contre les Japonais dirigés par Tchang Kaï-chek et la fraction collaborationniste de Wang Jingwei, qui forma un gouvernement dans la zone occupée, à Nankin. Pour explorer cette zone sombre, Ang Lee a pris pour guide la romancière Eileen Chang, née à Shanghaï en 1920 et morte à Los Angeles en 1995. Issue d'une famille aristocratique, elle s'est mise à écrire très jeune et ses textes les plus populaires (aussi bien à Taïwan qu'en Chine) ont été écrits pendant l'occupation.

"Cette période a suscité sa mode, sa culture, rappelle le réalisateur, et Eileen Chang était liée au régime. Son amant, qui est devenu son mari, était le responsable de la propagande du gouvernement. Elle a publié dans des journaux qui défendaient la paix avec le Japon et a été longtemps traitée de collaboratrice pour cette raison."

"A black hole, visually" -- Is it like Holocaust in Godard ? Ah, no, I guess that it's different. Lee indicates the lack of his own memory and Godard, the absence of images, radicalement. Somebody will think better, I hope. I don't have enough time.

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Rick Bass on The Cats of Mirikitani

Movie review of Linda Hattendorff's The Cats of Mirikitani, at Orion Magazine (Jan/Feb 2008 Issue) :

WHEN YOU ARE ASTOUNDED by a film as much as I was by The Cats of Mirikitani, there can be an urge to lay out, moment by moment, the specifics with which you are so smitten. But so pleasurable for me was the experience of viewing this movie, unfreighted by any such anticipation, that I want that same experience for other viewers as well. So I’m only going to give a bare-bones sketch of what to expect. The most cursory description is that a nice woman in New York City befriends a homeless street artist of Japanese ancestry, Tsumoto “Jimmy” Mirikitani.

The film begins with what seems like a collage of the random and leisurely bluster of New York street-artist life. But be patient. At some magical point the story ascends and radiates into powerful connections that scarcely seem believable. We don’t yet understand that Jimmy—eighty-five years old and looking every wind-whipped, ice-bitten day of it—belongs to an ancient and honored samurai clan whose family crest includes the word trust. In Japan, Jimmy was a grand master artist.

See a clip at YouTube. I didn't realize that Linda-san and Jimmy-san visited Japan last summer. In this speech, Jimmy-san suddenly began singing "Otoko no junjoh". He wanted to prove that he was all right, I guess. A great old man.

Also see Kaori Shoji's review.

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