Régis Poulet entretient avec Leung Ping-kwan at La Revue des Ressources (06.11.2006) :
LPK : Il est intéressant que vous parliez d’Orient et d’Occident. En fait, j’ai
un recueil de poèmes intitulé « DongXi », et, comme vous savez, en chinois «
dong » signifie « orient » et « xi » « occident », mais les deux caractères
réunis peuvent signifier « choses », « objets », « matières ».
Cette fois-ci,
les poèmes de l’exposition française et qui sont imprimés en un petit recueil
font partie de cet ensemble qu’Annie Curien a traduit sous le titre très
judicieux : « De ci de là des choses »
Comme vous, je ne crois pas que l’Orient ou
l’Occident doivent être monolithiques. Même lorsque nous parlons d’hybridité, il
en existe de nombreux genres. Différentes sortes de rencontres culturelles. La
généralisation ne me plaît guère. Dans les œuvres d’art, nous apprécions celles
qui sont vives et pleines de couleurs mais qui peuvent, à l’instar de la
nourriture, mettre en évidence différents niveaux d’associations et de
signification !
J’ai dit que Hong Kong est tout sauf romantique et qu’à Hong
Kong on ne pouvait se payer le luxe d’être romantique. Mais les films de Wong
Kar-wai le sont parfois, et je les aime assez. Face au cynisme et à l’esprit
d’épicier omniprésent, une description moderne teintée de romantisme peut faire
du bien. Ce que j’apprécie chez Wong Kar-wai est sa faculté à présenter la ville
de Hong Kong sous un jour nouveau. « 2046 » a un air futuriste, mais c’est
également un regard romantique porté sur le Hong Kong des années 1960. Peu de
gens considèrent Hong Kong sous cet angle. Même lorsqu’il utilise les clichés du
gangster, du kung fu, du dandy, des triades ou de la romance, Wong Kar-wai a
toujours été capable dans ses films de renouveler ces clichés. Un jeune critique
compara une fois « Paper Cut-outs » (1997), roman de mes débuts, à « Chungking
Express » de Wong Kar-wai par sa façon de dépeindre la ville. En grandissant à
Hong Kong nous avons tous remarqué que, depuis longtemps, la ville était
représentée par toutes sortes de clichés politiques et culturels auxquels il est
impossible d’échapper, auxquels vous ne pouvez que faire face et réfléchir pour
les renouveler à votre propre usage.
Dans une de mes nouvelles récentes
intitulée « Bruce Lee et moi », j’ai juxtaposé quelques fragments de l’histoire
de sa vie et d’épisodes du petit écran avec des épisodes de la vie de quelqu’un
de très différent de lui. Bien sûr, nous avons Bruce Lee, mais dans la réalité
nous savons que nos amis ont des vies très différentes de celles de Bruce Lee ou
Jackie Chan. C’est la coexistence de tous ces mondes qui rend Hong Kong
intéressant selon moi.