Alex Cistelecan : A.J.P. Thomson, Deconstruction and Democracy

Review of A.J.P. Thomson, Deconstruction and Democracy : Derrida's Politics of Friendship (Continuum, 2007), at Metapsychology (01.07.2008) :

In one of his most shocking remarks, Jacques Derrida claimed that there is "no deconstruction without democracy, [and] no democracy without deconstruction." Alex Thomson's goal in Deconstruction and Democracy is to show us why this claim is not so shocking after all. And he succeeds, but only at the price of losing the meaning we usually attach to the terms "politics" or "deconstruction" and replacing it with the abstract and purely academic material of the word "deconstruction."

The greatest achievement of Thomson's book lies in its structure. As any refined architect, Thomson seems able to combine without contradiction two principles of construction: on the one hand, a sort of logical development of the themes related to the main topic, i.e. the relation between deconstruction and democracy; on the other hand, a comparative analysis of Derrida's work in relation to the other contributions brought forward by the great stars that populate the recent history of philosophy. However, an effect of his unconditional admiration and fidelity to Derrida's thought is that Thomson risks appearing to be on a sort of triumphal march displaying two distinct and continuous series of crushing victories: one of Derrida over his main philosophical rivals, in which the father of deconstruction outsmarts everybody as being at the same time more radical than the radicals and more lucid than the moderates; and one of Thomson himself over his closest allies, in which the author proves to be more Derridean than anybody else ever was.

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A.C. Grayling : The wild man of pomo

Review of Slavoj Zizek, Violence (Profile), at The Australian (27.06.2008) :

Zizek's main argument is that "subjective violence" -- demonstrators throwing stones at police, for example -- gets put into perspective when we switch viewpoint and see its background is not a neutral state of peaceful order but a far greater violence: the "objective violence" of the system, in particular the capitalist system, which is a monster feeding its gross appetites in blithe unconcern for people or the environment.

This is the "fundamental systemic violence" that the fat cats of the World Economic Forum, meeting annually at Davos, try to persuade themselves and us is in our interests. The leading figures among capitalists -- Bill Gates, George Soros -- go further and commit themselves to vast acts of philanthropy to prove the point, but the humanitarian mask conceals the face of exploitation that brought the surplus wealth into these philanthropic hands in the first place.

For Zizek, the philanthropists, whom he bizarrely calls "liberal communists", are "the enemy of every progressive struggle today". Terrorists, religious fundamentalists and corrupt bureaucrats are merely local figures in contingent circumstances, minor in comparison to these true enemies of progressive endeavour, who are the embodiment of the system that is itself the true violence in the world.

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Lucille Lisack : L'espace de l'écoute

Revue de Antoine Hennion, La Passion musicale (Métailié), à nonfiction.fr (26.06.2008) :

Après cette histoire des rapports entre la sociologie et l’art, Antoine Hennion met en œuvre sa théorie de la médiation à partir de plusieurs exemples. Cette deuxième partie s’appuie surtout sur l’analyse du renouveau baroque et de la querelle entre "baroqueux" et modernistes, analyse qui figurait au début de l’ouvrage dans sa première édition. La réinterprétation baroque est pour le sociologue une véritable "expérience de laboratoire en vraie grandeur". Il y voit le "repeuplement du monde de la musique" par l’ensemble des médiations musicales : sensibilité, gestes, son, interprètes, goût du public. Au lieu d’interpréter en termes de vérité et d’erreur la résistance des modernistes qui préfèrent "jouer ce qu’ils veulent entendre" contre l’évidence des recherches musicologiques, l’auteur prend leur "mauvaise foi", en insistant plus sur "foi" que sur "mauvaise", comme témoin d’un processus de fabrication du goût – et, dans le cas du baroque, de déconstruction d’un goût remplacé par un autre. Antoine Hennion insère ici une "ethnographie d’une classe de solfège" absente de la première édition. On change d’échelle, pour s’intéresser non plus à la construction historique d’un goût, mais à l’éducation des enfants à l’écoute via une foule de médiateurs, détours nécessaires de l’enseignement.

Toute la fin de la deuxième partie est principalement consacrée à trois médiums : les instruments, les partitions et les disques. En scrutant le rôle des médiateurs, l’auteur défait l’évidence d’une musique-objet visible, tangible, pour analyser les mécanismes de cette "transformation d’un courant d’air en statue". À partir de ces trois médiums et des querelles entre partisans des uns et partisans des autres, Hennion reconsidère les oppositions entre les différentes musiques, en s’attachant plus particulièrement à la musique contemporaine, à la musique populaire commerciale, au rock et à la musique classique. Il dégage ainsi des continuités et redéfinit les différences en se fondant sur les médiums privilégiés par chaque musique. Il s’agit de "montrer qu’on peut parler des musiques, non pas directement à travers une essence esthétique ou une authenticité sociale, mais à travers la façon dont elles dénoncent certains intermédiaires et en promeuvent d’autres". L’opposition entre variétés et classique est remplacée par deux "axes" au sens mathématique, définissant un espace où l’on peut placer les éléments réels des diverses musiques : l’axe de la "musique objet" ou "musique-pour-la-musique" et celui de la "musique-relation" ou "musique-pour-le-public". Mais à ce modèle statique des deux axes est préféré le modèle dynamique d’une oscillation entre "un modèle où les éléments, les points à relier [la musique et le public] sont premiers, et leurs relations secondes, et un modèle où au contraire les relations font les éléments qu’elles relient. […] Le même espace est vu tantôt comme un ensemble de points, tantôt comme un ensemble de relations."

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Nicolas Weill : Slavoj Zizek, repenser le "matérialisme dialectique"

Revue de Slavoj Zizek, La Parallax (Fayard), au Monde (26.06.2008) :

Dans ses pages les plus novatrices, il oppose, à partir d'une lecture de Hegel, une conception renouvelée de la dialectique. Traditionnellement, celle-ci est considérée comme le mouvement de l'être qui, en se niant lui-même, atteint sa vraie réalité - ce que Hegel nomme "esprit absolu". Chez Hegel, le mouvement dialectique correspond du reste à celui de l'histoire, ce qui sera repris dans le marxisme sous la forme du "matérialisme dialectique". Or, pour Zizek, qui connaît bien l'idéalisme allemand, la vérité du système hégélien ne se trouve pas dans l'aboutissement qui met un terme au mouvement de l'être et de l'histoire, mais dans la mobilité infinie qui institue au coeur des choses une différence à la fois minimale et essentielle. Le matérialisme dialectique bien compris se refuse à l'illusion du point d'appui.

Voila ce que recouvre l'expression de "parallaxe", terme qui désigne la modification d'un objet observé en fonction du déplacement du point de vue de l'observateur. Pour Zizek, ce déplacement constitue la structure même du réel. Promesse ambitieuse plutôt que programme, La Parallaxe propose une nouvelle manière d'être réaliste, qui suppose donc le refus d'accepter les choses telles qu'elles sont.

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Jacques-Louis Lantoine : Doublez le réel, il vous rattrape toujours

Revue de Clément Rosset, L’École du réel, Les Éditions de Minuit, coll. Paradoxe, 2008, 480 p. et La Nuit de mai, Les Éditions de Minuit, coll. Paradoxe, 2008, 48 p., à Fabula Acta (19.06.2008) :

Entre une femme qui fait du chichi et la métaphysique de Platon, il est un point commun : le refus du réel, qui s’exprime et s’opère par sa duplication. Entre la passion (celle qui anime le héros balzacien, ou Phèdre dans la pièce de Racine) et la quête du fétiche dans L’oreille cassée, la bande dessinée d’Hergé, la même aspiration à un ailleurs, un absolu, une utopie, un original dont le réel ne serait qu’une pâle copie. Si le sens commun aime à moquer le philosophe qui vit la tête dans les nuages, ce dernier, en la personne de Clément Rosset, aime à lui rappeler qu’il partage avec le métaphysicien le même amour de l’irréel, et la même insatisfaction à l’égard du réel. Le sens commun croit adorer le concret et prétend être proche de la réalité ; mais du mari cocufié qui se voile la face, personnifié par Boubouroche, héros de la pièce éponyme de Courteline, au militant altermondialiste, en passant par la bourgeoise romantique, une même structure psychologique est à l’œuvre : le refus du réel, de l’ici et du maintenant, au profit d’un ailleurs (qui serait un hic et nunc meilleur). Le réel, c’est ce qu’on ne cesse de rater, d’ignorer activement, car trop absurde, vain, imprévisible, et surtout unique. Violence du réel, fragilité de l’existence désamorcée illusoirement par des stratégies inconscientes d’échappement sont analysées dans cet ouvrage de Clément Rosset, L’école du réel, compilation d’anciens textes écrits entre 1977 et 2006. Le réel, c’est ce qui ne va pas de soi, c’est ce qui n’est pas évident. Ce qu’il faut donc apprendre à connaître.

Si l’ouvrage est présenté par l’auteur comme un ouvrage d’ontologie, portant sur le réel, c’est-à-dire sur ce qui est, la majeure partie pourtant des analyses porte précisément sur ce qui n’est pas, et ce qui prétend être, usurpant ainsi la place du réel. L’idéal de la passion, le monde métaphysique (l’« outre monde », écrit Rosset, en écho avec les « arrières mondes » de Nietzsche), la duplication de l’événement dans la tragédie grecque (où le héros tragique s’attend à autre chose que ce qui arrive, et considère l’événement qui finalement survient comme un mauvais réel), la fausse tautologie de la lapalissade, ou les répliques des Dupond et Dupont dans Tintin (référence omniprésente ici, je dirais même plus, tellement présente qu’elle est partout), qui prétendent dire plus et mieux, donc autrement, et non pas seulement dire le même comme la tautologie authentique ; autant d’exemples de négation de la réalité du réel au profit d’un double illusoire auquel nous accordons plus de réalité.

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Neven Leddy : David Lay Williams, Rousseau's Platonic Enlightenment

Review of David Lay Williams, Rousseau's Platonic Enlightenment (Pennsylvania State University Press, 2007), at Philosophical Review (28.06.2008) :

This book is an inquiry into the role of metaphysical concepts in the history of political philosophy, anchored by Williams' presentation of Rousseau as an eighteenth-century Platonist. Of eight chapters, four concern Rousseau exclusively with the others are dedicated to Hobbes and Locke, Kant, and finally Marx and Foucault. Chapter Two, "Materialism and Platonism in Modern Europe," outlines the immediate cultural and intellectual context for Rousseau's work, and is the most accessible chapter in the book. From Chapter Six Williams' focus begins to narrow to more exclusively political issues, which culminates in his closing discussion of Marx and Foucault where his focus shifts from Rousseau and Platonism to a broader emphasis on the role of transcendent ideas in later political philosophy. The chapters on Rousseau offer an extensive engagement with secondary literature and are destined to become an essential primer for advanced students or other scholars seeking a clear path through the sprawling scholarship on Rousseau, particularly from the perspective of political science or philosophy.

Williams additionally offers a very useful detailed bibliography. Both the text and the apparatus draw attention to lesser known works by and about Rousseau that will open new avenues of discussion in the field. There are, however, several curious oversights: Victor Goldschmidt's magisterial Anthropologie et politique: les principes du système de Rousseau is not mentioned, despite Goldschmidt's own Platonic framework for discussing Rousseau; neither 'Stoic' nor 'Epicurean' appear in the index; and the significant body of scholarship on Rousseau's stoicism is entirely overlooked both in the text and in the bibliography. Chris Brooke's contribution to the Cambridge Companion is one of the few sources on Rousseau's stoic heritage, which is an excellent place to start, but missing are standard texts such as Roche's Rousseau: Stoic and Romantic as well as French-language scholarship on the topic. This is understandable in light of Williams' approach as an investigation of Platonism specifically -- rather than ancient paradigms more broadly -- in the history of political philosophy. This approach also accounts for Williams' emphasis on Hobbes both as a foil for Rousseau and as a lynch-pin for subsequent developments in political thought.

 

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Interview with Yves Bonnefoy

De BibliObs (26.06.2008) :

N. O. - Vous êtes issu d'un milieu modeste, une famille d'instituteurs, notamment. Pouvez-vous, en quelques mots, nous parler de votre père, qui semble associé, écrivez-vous dans l'introduction au «Traité du pianiste», au souvenir de Jules Verne?

Y. Bonnefoy. - Ma mère était institutrice, fille d'un maître d'école de village, il y avait donc de son côté une certaine habitude de la chose écrite. Mais mon père était un ouvrier, ce qui lui donna, je le crains, le sentiment qu'il n'appartenait pas au même monde et fit qu'il se tint un peu en retrait de la vie familiale, et non sans tristesse. Je le voyais rentrer du travail, silencieux, il me semblait qu'il imaginait que même l'enfant que j'étais ne pourrait parler avec lui. Et c'est pour cela comme en effet je l'ai écrit récemment qu'ont tant compté pour moi «les Enfants du capitaine Grant», le magnifique roman de Jules Verne. Dans ce livre, un père manque. Il a été abandonné sur un rivage désert, aux antipodes, et ses enfants, son fils surtout, veulent le retrouver, mais c'est difficile car les messages qu'il a envoyés ont été brouillés par l'eau de la mer et sont partiellement illisibles. J'ai fait mienne cette situation, j'ai voulu retrouver ce père laissé à son silence, et comme bientôt le mien serait mort, je crois qu'une des raisons que j'ai eues d'écrire, et d'écrire comme je fais, ce fut mon désir de lui donner la parole, de faire qu'il parlerait à travers moi.

N. O. - Vous avez grandi dans un «milieu de peu de livres», livres qui vous ont cependant tôt fait apercevoir, comme vous l'écrivez si joliment, au bord des mots, une «irisation». Pouvez-vous être plus précis? Quels livres vous ont marqué, enfant?

Y. Bonnefoy. - Je ne me plains pas de ne pas avoir grandi dans une maison de beaucoup de livres. C'est vrai qu'il y en avait assez peu chez mes parents, en tout cas qui fussent dignes de ce nom, mais chacun d'eux avait de ce fait même la capacité de déployer librement son être de livre, au sein duquel se découvrait un second niveau dans la parole. Qu'un livre soit seul ou presque à solliciter un enfant, dans l'enfance, et ses mots s'élargiront, s'approfondiront, ils se feront les moyens de rêver à un réel autre que le nôtre ordinaire. C'est une expérience métaphysique que ne permettent pas comme telle, ils ont d'autres soucis, les grands livres de la littérature. J'ai peu lu dans l'enfance, pas une ligne de ses classiques, Alexandre Dumas, par exemple, qui est toujours inconnu de moi; et j'étais content de peu lire, d'en rester avec quelques livres brefs et modestes, que le hasard avait apportés. Peut-être puis-je penser, avec à nouveau le souvenir de mon père, que cette sorte de livre, c'était lui, dans son île là-bas, laissée audehors des cartes. Mais bientôt je lus tout de même la poésie, parce qu'elle aussi laissait pressentir un autre niveau de réalité.

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Giulia Puma : Un aggiornamento pour l'iconographie

Revue de Jérôme Baschet, L'iconographie médiévale (Gallimard), à nonfiction.fr (23.06.2008) :

C’est un véritable travail d’aggiornamento de l’iconographie qui est mené dans ce livre, qui nous introduit à la richesse et à la vitalité recelées par les images médiévales et qui nous invite, pour y mieux accéder, à nous libérer d’idées et de concepts qui entravent nos capacités d’analyse : éviter d’essentialiser les thèmes des images, et les historiciser plutôt, pour être toujours réceptifs à ce que chaque image peut introduire d’inédit ; oublier le modèle et lui préférer la citation dont l’éventail des possibles est vaste, "copie stricte ou partielle ; citation légitimante ; rapport de révérence/appropriation ; amplification et dépassement ; combinatoire des références et hybridation ; micro-déplacement, écart affiché ou volonté de différenciation, etc.". Avec une telle finesse de discernement, on imagine aisément comment reconstituer les réseaux de rapports entre les images, et derrière elles, entre les peintres eux-mêmes, l’historicisation se fait très concrète, les images retrouvent le contexte de leur création, à tous points de vue.

Jérôme Baschet dialogue avec tous les grands penseurs de l’iconographie (de Mâle à Wirth, de Panofsky à Pächt). Qu’il remette profondément en question leur pensée ou qu’il propose d’en infléchir légèrement les affirmations, il nous incite aujourd’hui, au fur et à mesure de son discours, à revenir sur l’ensemble du parcours de l’iconographie au XXe siècle. L’iconographie médiévale est bienvenue dans le champ de la réflexion sur l’image. Un tel renouvellement, qui tienne compte des outils de recherche du temps présent, s’avère tout à fait stimulant et d’autant plus légitime qu’il s’appuie sur une profonde connaissance des œuvres qui ont marqué l’iconographie. Pour l’amateur d’images médiévales, ce livre permet d’ouvrir de nouvelles perspectives d’observation et de compréhension ; pour le spécialiste, il est une invitation à la recherche et certainement le moteur d’une nouvelle impulsion.

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Rémi Soulié : Charles Péguy, maître de vertu française

Essai sur Arnaud Teyssier, Charles Péguy (Perrin) au Figaro (23.06.2008) :

Misérablement associé à une fantasmatique « idéologie française » présumée raciste par un nouveau philosophe très daté, Péguy ne compte pas moins, au nombre de ceux qui lui ont rendu justice, maintes personnalités issues de la gauche républicaine, dont notamment Alain Finkielkraut, qui salua en 1991, dans Le Mécontemporain, le pourfendeur du monde moderne, de la « panmuflerie sans limites », mais également le défenseur de la « patrie charnelle » et l'ami de Bernard Lazare. Finkielkraut avait alors rappelé ces propos de Gershom Scholem, admirable spécialiste de la mystique juive, qui disait avoir découvert dans Notre jeunesse « (ces) pages inoubliables où Péguy, catholique et français, a dépeint l'anarchiste juif Bernard Lazare comme un véritable prophète d'Israël. C'est un Français qui, à ce moment-là, a considéré un Juif comme les Juifs eux-mêmes étaient incapables de se voir. »

C'est peut-être Daniel Halévy, écrivain issu de la grande bourgeoisie juive et protestante parisienne, proche de Marcel Proust, l'un des meilleurs amis de Péguy, qui a le mieux cerné son exemplaire personnalité, malgré tout ce qui pouvait les séparer. « Selon Halévy, écrit en effet Arnaud Teyssier, il existe un peuple de France dont les plus belles incarnations humaines forment comme le centre moral du pays. Indifférent aux idéologies, aux doctrines, aux politiques parlementaires, le "paysan du Centre" existe par la culture et la tradition. Et il survit à tout parce qu'il est libre. » Péguy aura rappelé aux Français oublieux de l'étymologie et de leur histoire que la France, pays des Francs, est par définition celui des hommes libres. La leçon est belle et gagne à être apprise par coeur, comme on le faisait jadis, au faubourg Bourgogne, à Orléans, que ce soit au catéchisme ou à l'école publique.

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Nathalie Vincent-Arnaud : Portrait du linguiste en passeur de frontières

Revue de Gérard Dessons, Émile Benveniste, l’invention du discours, Paris : Éditions In Press, 2006, 220 pages, à Fabula Acta (23.06.2008) :

Le titre choisi par Gérard Dessons a de quoi arrêter un instant l’attention du lecteur, la juxtaposition des deux segments et l’ellipse qu’y fait résonner la virgule ouvrant la voie à des interprétations diverses. Si « l’invention du discours » peut apparaître comme un trait définitoire donnant, par apposition, la mesure de l’entreprise linguistique de Benveniste, un certain flou référentiel n’en demeure pas moins à l’entour du mot « discours ». En effet, outre les nombreux débats suscités par son acception en tant que catégorie linguistique — et dûment rappelés au fil de cet ouvrage (pp. 57-71) —, ce terme est également susceptible de désigner, en l’occurrence, l'empreinte épistémologique et stylistique laissée par Benveniste lui-même dans ses écrits, sa manière de penser et de formuler les problèmes. La résolution de cette énigme tout à la fois syntaxique et sémantique — selon une union postulée par la systématique édifiée par Benveniste au fil de ses travaux — est apportée implicitement dès le chapitre introductif dont le titre, « L’art de penser », fournit également un éclairage des plus précieux quant au point de vue affiché :

Penser désigne [alors] cette activité intellectuelle qui se définit comme l’invention simultanée d’un objet (de pensée) et d’une manière. [...] Penser est une œuvre d’art quand, à la manière d’un poème, ce qu’on pense est indissociable de la manière dont on le pense. (p. 10)

On sait l’importance que revêt la notion de manière dans la pensée et les écrits de Gérard Dessons1 pour qui le mot « nomme indissociablement une forme et l’historicité d’une pratique » comme il le rappelle au terme de son exploration (p. 204). L'avant-dernière étape de celle-ci, « Vers une poétique du discours », propose d'ailleurs un élargissement de la réflexion aux champs connexes du style et du poétique, élargissement qui vient également rappeler les prémisses selon lesquelles l'écriture de Benveniste est définie comme « une aventure heuristique, une façon d'explorer poétiquement l'inconnu de la théorie » (p. 15). De ce point de vue, comme de bien d'autres qui se trouvent méthodiquement exposés tout au long de l'ouvrage, les écrits de Benveniste manifestent bel et bien une capacité d'invention qui constitue leur signature propre...

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Sarah Kerr : Eleanor and Francis

Review of Eleanor Coppola, Notes on a Life (Nan A. Talese/Doubleday), at The NY Times (22.06.2008) :

In the early 1970s, newly flush with earnings from “The Godfather,” the director Francis Ford Coppola and his wife, Eleanor — an artist, shy on the surface but not to be underestimated — went house-hunting in Napa Valley. They wanted a place outside of chilly San Francisco where their three kids could play. Also, Francis hoped to grow grapes, maybe make a little wine. On a lark, the real estate agent took them to see a grand old estate that was up for sale. The huge Victorian house had an octagonal lookout tower; there was a perfect oak tree, and the surrounding vineyards dated back nearly a century. “It looked like a movie set! We were enthralled.” Thus writes Eleanor in these winning and quietly provocative if, by definition, highly selective notebook musings on her life and marriage.

Eleanor Coppola has already chronicled the great creative earthquake in her four-plus decades of marriage to Francis. Not only did she keep (and later publish) a vivid diary during the shooting of “Apocalypse Now,” but at her husband’s request she taught herself to use a 16-millimeter camera and filmed the cast and crew at work in the Philippines, battling through a typhoon, Martin Sheen’s heart attack and a script with no ending — not to mention budget overruns that led to the leveraging of their Napa paradise. In 1991, her footage became the basis of the acclaimed documentary “Hearts of Darkness.” Coppola is an observer, and her method here has changed less than you might expect. But a life is no easy thing to pull into focus. What’s in the past has vanished, though it continues to flicker nervously inside our heads. “My thoughts are skipping back and forth as if my life is on a videotape in my mind that pauses randomly here and there,” she writes at one point. Her observations unfurl in the form of entries that are dated but, when necessary, disarranged from their strict chronological order. She tends to think in shortish scenes, which might be quick character sketches of people she has known, wry self-inquiries into feelings that she’s hidden from herself, old memories revisited or a description of something she saw this morning.

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Jérôme Gautheret : écrire l'esclavage

Revue de Jean-Frédéric Schaub, Oroonoko prince et esclave (Seuil) et William Snelgrave, Journal d'un négrier au XVIIIe siècle (Gallimard), au Monde (19.06.2008) :

Oroonoko a tout du parfait gentleman : digne et élégant, galant et généreux, il parle le français et l'anglais, connaît son histoire romaine sur le bout des doigts et se tient même informé de l'actualité européenne. Bien entendu, sa beauté parfaite est le reflet de sa vertu. Il est noir, prince africain, et refuse la révélation chrétienne.

Ce héros d'outre-mer, ce paladin noir paré de toutes les qualités chevaleresques, la romancière britannique Aphra Behn l'a rencontré en la personne d'un étrange esclave, au Surinam. Du moins c'est ce qu'elle affirme dans un roman, Oroonoko, paru à Londres en 1688 et traduit en français dès l'année suivante. Aphra Behn est un personnage capital dans l'histoire littéraire britannique : pour Virginia Woolf, c'est avec elle que la création féminine quitta la sphère de l'intime pour atteindre une "audience", un public.

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Sébastien Lapaque : La main gauche d'Aphrodite

Revue de Takis Théodoropoulos, L'Invention de la Vénus de Milo (Wespieser Éditeur), au Figaro (19.06.2008) :

Comme LeDahlia noir de James Ellroy, l'histoire commence par la découverte du corps nu, mutilé et sectionné en deux au niveau de la taille d'une mystérieuse inconnue. Et comme Le Dahlia Noir, elle se poursuit au rythme trépidant d'une black novel de grand style. Qui l'a amenée ici ? Qui l'a coupée en deux ? Qui a subtilisé sa main gauche tenant la pomme de discorde que certains témoins ont juré avoir vue ? Et surtout, qui est cette jeune femme aux seins nus souillés par la terre, drapée dans son sommeil de marbre blanc ? « Vénus », a immédia­tement tranché Olivier Voutier, aspirant de la Marine française présent sur les lieux aux côtés du paysan grec Yorgos Kendrôtas et de son apprenti Andréas Kalokairinos. Il aurait pu dire Hélène, Euphrosyne, Thalie, Aglaé, Clio, Erato, Polymnie. Il a dit Vénus.

La scène est à Milo, une petite île volcanique des Cyclades, le 15 avril 1820. En prononçant le nom de Vénus, Voutier ne sait pas qu'il vient d'inventer l'un des symboles majeurs de l'art occidental, ni que cette déesse sculptée dans le marbre de Paros va être offerte à Louis XVIII avant de trouver une place royale dans les collections du Louvre qu'elle ne quittera plus.

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Inerview with Robert Coover

Sur son dernier livre Noir (Seuil), le Noueau Roman, et Roland Barthes, à BibliObs.com (18.06.2008) :

N. O. - Vous revendiquez l'influence de Roland Barthes et de ses «Mythologies». Quels sont vos liens avec le Nouveau Roman, qui en est contemporain?

R. Coover. - Quand j'ai commencé à écrire, dans les années 1950, je rejetais en bloc toute la littérature américaine que j'avais lue. Je recherchais ailleurs, sinon des modèles, du moins une inspiration, un stimulant intellectuel. C'est ainsi que j'ai découvert Kafka et que je me suis sérieusement plongé dans Dostoïevski. Je me suis intéressé davantage aux littératures étrangères qu'à la littérature américaine. C'est en lisant Kafka que j'ai compris ce qu'était le réalisme: Kafka est mon modèle absolu en matière de réalisme. J'ai connu le même genre de révélation avec Beckett. Il y avait deux courants littéraires en plein essor à l'époque: le réalisme magique en Amérique latine et le Nouveau Roman en France. J'ai consacré des articles à Pinget, qui s'était attiré les louanges de Beckett. Et l'un de mes premiers textes a été une parodie des premiers romans de Robbe-Grillet comme «la Jalousie», où je décrivais à longueur de pages ma nappe à carreaux rouges... Les auteurs du Nouveau Roman ont été très importants pour moi. Au même titre que le réalisme magique, que ma connaissance de l'espagnol m'a permis de découvrir en version originale avant même que les romans soient traduits en anglais. A l'époque, je ne trouvais pas l'équivalent de tous ces écrivains dans mon héritage littéraire national. En revanche, une fois publiés, j'ai commencé à découvrir des textes de jeunes auteurs inconnus très intéressants. Nous avions en commun la volonté de résister à la norme, de transgresser les règles, de défier le dogme qu'on voulait nous imposer comme unique modèle d'écriture. C'est ainsi que, peu à peu, j'ai découvert Stanley Elkin, William Gass, Donald Barthelme, John Hawkes, et que nous sommes devenus amis. Mais nous ne formions pas une école ou un mouvement organisé autour d'un quelconque manifeste. Chacun travaillait dans son coin, et notre découverte mutuelle a été tardive. Si nous avons constitué un mouvement, c'est donc de manière fortuite et informelle. D'ailleurs, nous étions très dissemblables dans nos styles d'écriture, tout comme d'ailleurs les représentants du Nouveau Roman. L'influence de la pensée française a depuis décliné aux Etats-Unis. Le Nouveau Roman a représenté une magistrale opération de relations publiques qui a permis à cette génération d'écrivains de faire irruption dans le panthéon américain des lettres. Je n'ai rien vu d'équivalent depuis.

Roland Barthes, lui, a représenté pour moi ce que recherche toujours un écrivain, à savoir une sorte de déclencheur, de catalyseur. Il a changé ma manière de penser, comme Kafka avait changé ma conception du réalisme. Barthes avait le don de s'intéresser à l'ordinaire et de lui donner une légitimité. Lire Barthes m'a donné le sentiment que j'avais le droit, que j'avais même raison de faire ce que je faisais. Car je me colletais avec la culture populaire, tout comme lui. Nous étions donc comme des camarades.

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G.S.. Smith : Prokofiev in his own words

Review of Sergei Prokofiev, Diaries Vol. 1 and Vol. 2 (Faber), at TLS (18.06.2008 Issue) :

Sergei Prokofiev is known best as a magnificent musician. As his persistent gravitation towards music with words might suggest, though, he was also a talented and dedicated writer, in particular a diarist. Fortunately he was not a compulsive one. For nearly thirty years, he wrote down what happened to him and what he felt about it when he thought these matters worth recording, clearly with an eye (or rather, in his case, ear) tuned to posterity and the scrutiny of strangers. His entries seem to have been made not daily, but in extended sequences; if he left the diary aside for a while, the next time he picked up his pen he explained why. More important than this judiciousness is the sensitive literary intelligence he brought to his writing. Except for one short sequence in 1914 and then something of a fizzling out at the end of 1923, far from being aide-memoire jottings of dates, people and places, Prokofiev’s diaries offer carefully wrought, polished narrative prose, put together with a sense of pitch and timing reminiscent of his best music. And on the whole they bustle along with the same cocky gait; there is occasional high seriousness, and a sense of occasion when the occasion merits, but there is never any pontificating. Obviously, a healthy dose of vanity is required for someone to undertake self-writing on this scale, but Prokofiev also possessed enough self-knowledge to be his own best editor. Pruning would have damaged the integrity of what the author left. Anthony Phillips rises to all the demands made by Prokofiev’s lucid but delicately nuanced Russian. His translation is accurate almost without a lapse, his tone is consistently faithful to the original, and from time to time he pulls out something truly brilliant.

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Jeanne Lazarus : Les monnaies à travers les âges

Revue de Bruno Théret, La monnaie dévoilée par ses crises, Éditions de l’EHESS, 2007, 2 volumes, 29 et 23 €, à la Vie des Idées (18.06.2008) :

« L’étude de la monnaie est, par excellence, le domaine de l’économie dans lequel la complexité est utilisée pour déguiser la vérité et non pour la révéler » : l’ouvrage collectif La monnaie dévoilée par ses crises, dirigé par Bruno Théret, qui réunit 17 économistes et 5 historiens, dément cette sentence de John Galbraith.

Cette fresque des crises monétaires à travers l’histoire et la géographie est issue du séminaire « crises monétaires d’hier et d’aujourd’hui », qui s’est tenu de 1999 à 2004, réunissant anthropologues, historiens et économistes. Elle poursuit les réflexions sur la monnaie entamées depuis plus de vingt ans par André Orléan et Michel Aglietta à travers trois ouvrages : La violence de la monnaie (1982), La monnaie entre violence et confiance (2002) et l’ouvrage collectif qu’ils ont dirigé en 1998 : La monnaie souveraine.

Pour les chercheurs, les crises monétaires sont des moments particulièrement féconds au cours desquels « les mécanismes monétaires se délitent et le fonctionnement routinier de la monnaie est remis en question ». Elles permettent d’ouvrir la « boîte noire » de la monnaie. Les auteurs s’inscrivent ici dans une tradition de recherche sur le dévoilement de la nature sociale de la monnaie, notamment développée en 1934 par le sociologue François Simiand, dans son article « La monnaie, réalité sociale ». L’originalité de l’approche ici présentée est de chercher cette nature sociale au cœur même du fonctionnement de l’économie capitaliste. En s’attaquant aux crises monétaires, les auteurs s’attaquent à un champ des plus établis de la théorie économique, espace de débats houleux depuis des décennies entre les tenants de la « théorie du voile » – c’est-à-dire les économistes qui soutiennent que la monnaie est un voile masquant l’économie réelle – et les théorie de Keynes qui prennent en compte des éléments psychologiques dans ses réflexions sur la monnaie.

 

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Sandrine Bretou : Pour une théorie du langage

Revue d'Henri Meschonnic, Heidegger ou le national-essentialisme, Paris : Éditions Laurence Teper, 2007, 190 p., à Fabula Acta (16.06.2008) :

Ce livre m’a, à plus d’un égard surpris, en effet, travaillant régulièrement sur Heidegger, je me suis sentie touchée par les remarques assez virulentes faites par Meschonnic. Mais, se justifiant tout au long de l’ouvrage, et prônant ainsi une théorie du langage, que je propose de relever, cet ouvrage se trouve d’un intérêt certain, philosophique et phénoménologique, à plus d’un titre.

Meschonnic part du postulat, que « nous ne pensons pas encore » (p. 7), ni le langage, ni le poème ou encore l’éthique et le politique, tant que les chercheurs ne les étudieront pas dans leur interaction. Pour l’auteur la Bible est un « fonctionnement » (p. 12) et pas seulement une origine. En critiquant le réalisme logique de Heidegger, il nous fait penser au nominalisme, dans le sens où on y considère « les mots comme des noms mis sur des choses. » (p. 13) Ainsi ce réalisme présuppose une essentialisation qui reste pour lui une massification, qu’il appelle alors « le fascisme de la pensée » (p. 14).

Cela revient à parler de « national-essentialisme comme d’une essentialisation généralisée du réalisme logique chez Heidegger » (p. 14), voire une « absolutisation » (p. 15).

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Lorna Lees : Sophie Freud, Living in the Shadow of the Freud Family

Review of Sophie Freud, Living in the Shadow of the Freud Family (Praeger, 2007), at Metapsychology (17.06.2008) :

From Paris, to Nice, to a refugee camp in Morocco, and then to New York, what this book makes clear is that it is impossible to leave all one's baggage behind. Esti was fond of recounting the tale of her and Sophie's daring escape from Paris with only a backpack and a bicycle, and yet the full force of her bitterness towards the Freuds, retained over three continents and nearly half a century, is apparent in her letters. Her ambivalence is equally clear: she kept the name and used it to her advantage wherever an advantage might have been gained from it. Esti established herself three times in three different countries and, as a speech therapist, in three different languages. Despite, or perhaps because of, the strength of will that enabled her to do this, she was not an easy person to love. The letters she sent to her family and reproduced here are filled with recriminations for familial absence or the extreme loneliness that she experienced. This collection of recollections and contemporary voices is an intriguing insight into the complexities of the family, all the more so because Sigmund Freud himself appears in a sort of cameo role, an incidental but influential presence. It is a fascinating read for scholars of Freud and family relationships alike, although for the interested layman it can be read purely for the soap-opera enjoyment of this complex family.

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Carole Goldberg : It takes a nerd to pen a history of nerdism

Review of Benjamin Nugent, American Nerd : The Story of My People (Scribner's), at Philly.com (08.06.2008) :

He traces nerdy characters back to Mary Bennet in Pride and Prejudice (1813) and Augustus Fink-Nottle in P.G. Wodehouse's Right Ho, Jeeves (1934). And he makes the case that nerd-aversion has literary roots in Mary Shelley's classic Frankenstein - not in the monster, but in his coldly science-mad maker, Victor.

He also traces loathing of nerds to their early incarnation as scholarly so-called "greasy grinds," denigrated by adherents of "muscular Christianity," who valued physical prowess, courage in battle, athleticism, and other manly attributes.

Nugent links this celebration of physicality to the rise of industrialism, anti-Semitism, and prejudice against Asians. He also finds intriguing overlaps between nerdy behavior and aspects of Asperger's disorder.

His mining of the history of nerds turns up shiny nuggets, such as the influence on nerd solidarity of pulp-fiction publisher Hugo Gernsbach of Amazing Stories fame.

But strangely - or perhaps not, because he's venturing into emotional expression - when he writes about debate teams, middle-aged sci-fi fans, medieval-life reenactors, and others in nerd-approved pursuits, the book wanders a bit.

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Donald Richie : War and propaganda: a Japanese narrative

Review of David C. Earhart, Certain Victory : Images of World War II in the Japanese Media (Sharpe Inc.), at The Japan Times (15.06.2008) :

This goal, Earhart found, did not change during the war itself though different images evolved. The evolution, however, was itself of a peculiar nature — "it consistently trumpeted victory, even as it related military retreats and devastating air raids, and called for yet greater sacrifices to be made by the entire population."

That is what the "certain victory" of the title means. It is a translation of "hisshou," a term used during the Pacific War to reassure the public that Japan would emerge the winner in "the struggle against Western imperial powers."

As for the demonized enemy, several competing images were initially favored. After the fall of Saipan, however, a monolithic image emerged — "the foe threatening the Yamato race, their sacred land, and their god-emperor, became an evil, loathsome, barbaric monster." During the final year of the war "bastard demon" (kichiku) was the epithet most favored.

This demonized figure may be compared to the grinning, inhuman, buck-toothed "Jap" of wartime Allied propaganda. That the imagery became during the war years increasingly racial on both sides is seen in the evolution of these images.

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Emma Brookes : Love at First Touch

Review of Katie Hafner, A Romance on Three Legs : Glenn Gould's Obsessive Quest for the Perfect Piano (Bloomsbury), at The NY Times (15.06.2008) :

Verne Edquist was born in 1931 to impoverished Swedish immigrants in rural Saskatchewan and was discovered at 6 years of age to have congenital cataracts, which surgery didn’t mend. At 8 he was put on a train bound for the Ontario School for the Blind, where poor students were taught a variety of trades: shoe repair, the proverbial basket weaving and piano tuning. Edquist, who Hafner says had an ear so fine “he could tell the make and model of a car by the sound of its engine,” chose to specialize in tuning. When he left school at 19, he got a job as an apprentice tuner at a Toronto piano factory, which divided its many visually impaired staff members into two groups, “gawkers” (who had less than 10 percent sight) and “gropers” (who were totally blind). Technically, Edquist was a gawker, but he found it easier to tune by feel alone, and so became a groper by choice.

By the time he met Gould he had risen to the position of chief concert tuner at the T. Eaton Company in Toronto, where CD 318 had awaited the pianist’s discovery. CD 318 was the Seabiscuit of the piano world, battered and marked for the glue factory when Gould discovered it in 1960. It was instantly familiar to him; the piano, made during the war, was one he had probably played as a child. And it had the sound he said he desired: “a little like an emasculated harpsichord” — perfect for Bach. The pianist and the tuner had first met when Edquist was called to Gould’s house to do a patch-up job on another piano, which, to Gould’s astonishment, Edquist refused to do. Professionalism compelled him to recommend that the piano be taken in for full service, and in that moment a respect was forged between the two awkward men. Thereafter, Gould always requested that Edquist work on CD 318, and he was present at the marathon overnight recording sessions, when Gould would send him out to fetch what he called his “double doubles” — coffee with two sugars and extra cream, which Edquist gently suggested might not be good for him.

And an excerpt.

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Dinah Ribard : Foucault. La vérité en acte

Revue de Michel Foucault, Le Gouvernement de soi et des autres. Cours au Collège de France, 1982-1983, éd. établie sous la dir. de François Ewald et Alessandro Fontana, par Frédéric Gros, Paris, Gallimard / Le Seuil, « Hautes Etudes », 2008, 382 p., à la Vie des Idées (13.06.2008) :

Le bannissement du sophiste se retrouve dans Le Gouvernement de soi et des autres, lorsque Foucault revient, à la fin du cours, sur l’opposition platonicienne entre rhétorique et philosophie (leçons des 2 et 9 mars). La nouveauté de la « dramatique de la vérité », à travers la reprise de la même histoire, se trouve dans l’insistance qu’elle met à se dégager de toute pragmatique, de toute philosophie des actes de langage, et en vérité de toute philosophie du langage : la parrêsia n’est pas le performatif. A la place, ce sont les conditions d’une réflexion sur le discours comme événement, comme faire, comme action nécessairement située qui sont mises en place : on lira dans ce sens les propositions sur le « réel de la philosophie », sur le discours philosophique comme tâche, ergon, et non pas comme simple logos, p. 209 et suivantes. Il ne faut pas se hâter de déplorer que Foucault coupe ici l’analyse du discours de celle de ses conditions sociales et donc historiques, ni de remarquer que la liste des personnages susceptibles de faire l’objet d’une étude « dramatique » (« le prophète, le devin, le philosophe, le savant », p. 66) est constituée de figures pourvues d’un statut, donc que l’on peut renvoyer à une pragmatique. L’essentiel, dans ce cours où il apparaît pleinement, résolument et délibérément comme philosophe, se situe ailleurs, dans l’élan que la réflexion sur le « courage de la vérité » réussit à prendre, hors de l’« histoire des systèmes de pensée », vers une autre histoire possible, celle-ci sans clôture : une histoire de la pensée, de la parole, de la vérité en acte.

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Frédéric Gros : Les usages de Foucault

Revue de Philippe Artières et Mathieu Potte-Bonnevile, D’après Foucault. Gestes, luttes, programmes, Paris, Les Prairies Ordinaires, 2007, 374 p., 22 euros, à la Vie des Idées (13.06.2008) :

Ce livre, me semble-t-il, illustre à merveille le contenu des leçons prononcées par Foucault au Collège de France en 1983. On comprend à quel point Foucault n’est pas un philosophe politique, mais un penseur politique. La différence est de taille, et on le comprend à chaque page de ce livre. La philosophie politique consiste dans le déploiement d’une rationalité : il s’agit de déplier à propos de l’Etat, des collectifs ou des actions, leur logique rationnelle, ou d’exposer leur essence immuable par-delà la diversité des incarnations historiques. Foucault pourtant expose en 1983 l’idée que la philosophie n’a pas à absorber la politique, pour en déduire une réalité qui serait conforme à son essence, mais à construire sa propre réalité dans un rapport constant à la politique. C’est ce rapport d’extériorité combative, de corrélation vibrante qui se retrouve dans le livre. A chaque fois (à propos du droit, du contrôle, de la révolution), il s’agit de se demander, non pas ce qu’ils sont, mais ce que la pensée peut leur opposer comme jeu de vérité. C’est ainsi que ce livre à propos de Foucault, à partir de lui peut revendiquer une fidélité non aveugle (il ne s’agit pas de répéter une leçon, mais de réactiver un geste). Philippe Artières et Mathieu Potte-Bonneville seraient des héritiers actifs. Livre important donc, moins exactement au niveau du contenu de connaissances (même s’il témoigne de grandes qualités de compréhension de l’œuvre), qu’au niveau du style : témoignage d’expériences intellectuelles, tracé de possibilités de résistance… On retrouve partout cette compréhension par Foucault de la philosophie comme pratique : pratique de soi et construction de rapports qualifiés aux autres. Si la pensée est bien un exercice, Philippe Artières et Mathieu Potte-Bonneville proposent une série d’« essais », c’est-à-dire au fond des mises à l’épreuve de Foucault au tranchant de notre présent.

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Nicholas Rankin : George Hogg, Cheerful Schoolboy

Review of James MacManus, Ocean Devil : The Life and Legend of George Hogg (Harper Perennial), at TLS (13.06.2008) :

In the summer of 1937, twenty-two-year-old George cashed in a legacy to join his idealistic Aunt Muriel on a peace mission to Japan, just months after the Japanese army had invaded northern China from Manchuria. He arrived in Shanghai in February 1938, shortly before W. H. Auden and Christopher Isherwood, as recorded in their Journey to a War. Like them, Hogg moved inland up the Yangtse River to Hankow with Chiang Kai-shek’s Government as the Japanese army pushed west, waging the total war that would kill 15 million Chinese by 1945. But unlike the self-publicizing littérateurs and conflict tourists, Hogg stayed in China until he died. He wrote pieces for AP, UPI and the Manchester Guardian, but mostly worked for the International Committee for the Promotion of Chinese Industrial Co-Operatives, founded in Shanghai in 1938. Later condemned by the Chinese Communists as “humanitarian imperialism”, and investigated by the FBI as a “Red” front, the co-operatives’ fund-raising arm was an acceptable way for wealthy Westerners, such as the Chinese-born media mogul Henry Luce, of Time, LIFE and Fortune fame, to funnel aid to Chinese people in the name of democracy. Both corrupt Nationalists and devious Communists, often more eager to destroy each other than to confront the Japanese, spared the co-operatives where they were useful, but were intensely suspicious of their motives and actions. The co-operatives’ abbreviated name in Chinese, meaning “work together”, entered the English language as the expression “gung-ho!”.

The heart of this always interesting book is the period when George Hogg became the headmaster of a wrecked school at Shuangshipu. Amid a mountainous population cretinous with goitre, he took command of his horde of scabby waifs and orphans, battling for their health and hygiene, growing food, teaching practical skills, setting up and running a cotton-ginning machine, boosting the morale of city and country children through physical fitness and the endless singing of English and Chinese songs. As the war approached, he moved the entire school 700 miles during the winter to set up another Gordonstoun on the edge of the Gobi Desert.

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Edward Willatt : Nick Hewlett, Badiou, Balibar, Rancière

Review of Nick Hewlett, Badiou, Balibar, Rancière : Rethinking Emancipation (Continuum), at Metapsychology (10.06.2008) :

In this book Nick Hewlett introduces three thinkers whose relevance to our times is clear. He explains and explores their complex ideas with great clarity. His use of the contemporary political context to show how their thought works, its relevance and what is wrong with it makes this a vivid and engaging introduction. As a result the audience of this book extends beyond researchers and students. It does not presuppose knowledge of philosophy or political theory but explains its terms and arguments with admirable clarity and rich examples. Hewlett does this by working from his reader's familiarity with the current political context or what he refers to as 'lived reality' or 'the real world'. This strategy is the great strength of this book but is also its great weakness. It enables readers to gain access to the complex thought of these three thinkers but fails to draw them further, clinging as it does to an unquestioned notion of 'the real world'.

Throughout the book Hewlett emphasizes how all three thinkers see intervention in the world as being the only way of understanding it. We understand the world only when we are involved in it, when it is a site of change in which we are involved. Thus they do not want to understand a reality given in advance but to account for the emergence of realities. This creates a tension in his reading of these three thinkers. On the one hand he sees them as accounting for understanding through intervention. On the other hand he takes for granted a common understanding of something he sums up as 'real life' or 'the real world'. This is valid insofar as it provides common ground for the author and reader, enabling complex thought to be staged and grasped. It is also valid as a means of critiquing their thought. Yet to be these things it has to be argued for and not simply assumed. Badiou, Balibar and Rancière question any common understanding of a 'real world' because to understand is to intervene.

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Olivier Maillart : Essai transformé

Revue de Rochelle Fack, Hitler, un film d'Allemagne, de Hans Jürgen Syberberg (Yellow Now), à nonfiction.fr (12.06.2008) :

Le désir d’une approche originale

"Mes vœux d’obscurité sont exaucés à la première image d’un film et le générique de début, me confiant les mouvements des plans, m’engage au rituel de la projection. Il me fait aussi entrevoir ma prochaine naissance, celle qu’entraînera l’issue de la séance, quand le générique de fin aura raréfié en moi l’action du cinéma pour me rendre aux lumières de la vie."

Avec ces lignes, les premières de son livre, l’auteur affiche son ambition : implication physique du sujet dans son commentaire (et dans l’œuvre commentée), recherche d’une écriture neuve pour traiter d’une œuvre cinématographique. Rochelle Fack (dont l’éditeur, dans sa courte présentation, nous apprend qu’elle a publié deux romans par le passé) a véritablement choisi d’écrire un essai, c’est-à-dire une réflexion en prose où les choix formels sont indissociables de la pensée qu’ils expriment : mise en scène de l’auteur face au film qu’il commente, arbitraire revendiqué de certains rapprochements (celui de Hitler avec Le Dictateur de Chaplin, colonne vertébrale de la réflexion, mais aussi citation de Paul Celan, insertion de photographies de mises en scène de Tadeusz Kantor).

En suivant ses intuitions, en pratiquant un art du montage à la mode d’aujourd’hui (dans la lignée des Histoire(s) du cinéma de Godard), Rochelle Fack nous offre une étude originale du film de Syberberg, avec plusieurs développements tout à fait stimulants : ainsi sur les modes d’inclusion du spectateur dans le dispositif de Hitler, un film d’Allemagne, visant à faire de chacun un acteur à part entière du drame qui se joue, ou sur les procédés de projection frontale employés par Syberberg (technique abandonnée depuis le cinéma muet qui consiste, contrairement à la transparence, à projeter une image filmée sur le comédien et la toile devant laquelle il se trouve, plutôt que de projeter cette image par derrière ; le comédien est ensuite surexposé pour que l’image projetée n’apparaisse pas sur son corps). Dans les deux cas, l’approche subjective se trouve pleinement justifiée.

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Todd Shimoda : Mizukami Tsutomu, The Temple of the Wild Geese

Review of Mizukami Tsutomu (aka Minakami Tsutomu), The Temple of the Wild Geese and Bamboo Dolls of Echizen (Dalkey Archive), at ARB (07.04.2008) :

Tsutomu Mizukami (1919-2004) is relatively unknown outside Japan despite his prodigious output of novels, stories, biographies, and plays. He is as well known for his works of popular fiction, especially in the detective genre, as for his serious literature for which he won several awards and prizes. It could be that the multiple personality aspect of his work kept him from a wider international audience.

The two novellas translated in this volume are from his serious literature oeuvre, including the Naoki Award-winning The Temple of Wild Geese. According to the translator's postscript, this novella is semi-autobiographical since both Mizukami and the story's main character, Jinen, were sent as children to work and live in a temple.

Jinen is sent to the temple by villagers who raised him after his mother, a poor homeless woman abandoned him. The boy is a quiet loner, both at the temple and in his middle school. His introversion arises partly because of his background and partly because of his appearance. He is much shorter than normal and his head is disproportionally large. The unfortunate combination makes him look deformed.

He is a hard worker and quick learner at the temple, despite the abuse he suffers at the hands of the unappreciative head priest. The priest is a heavy drinker, gambler, and performs his duties with minimal seriousness, letting his apprentice take over as many as possible. The situation deteriorates when a woman moves in with the previously celibate priest and he makes up for lost time.

水上勉『雁の寺』と『越前竹人形』の英訳が出版されていたのに、気づかなかった。もっと外国に紹介されていい作家だと思うけど、なんで遅れたのかな。"Minakami Tsutomu" としてウィキペディアに登録されている。

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Jonathan Rosen : Paradox Among the Petals

Review of Robert Pogue Harrison, Gardens (Chicago), at WSJ (07.06.2008) :

The rabbis of the Talmud counseled that if you are planting a tree and someone tells you that the Messiah has come, you should finish planting your tree and then go out to investigate. Robert Pogue Harrison implies something similar in his rich and beguiling "Gardens: An Essay on the Human Condition." Gardens, though they offer peace and repose, are islands of care, he writes, not a refuge from it. That is why they are important, since care is what makes us human.

Mr. Harrison reaches back to the earliest Babylonian gardens, pauses to consider the vast gardens of Versailles, and writes as well about the gardens of the homeless that spring up in the middle of inner cities. But "Gardens" is less a history than it is a work of literary criticism, with extended discussions of Dante and Ariosto and Boccacio and a superb reading of Malcolm Lowry's "Under the Volcano" (1947). Mr. Harrison writes that Lowry's novel -- about the last day in the lives of an alcoholic British consul in a small town in Mexico and his unhappy wife -- "shows, in almost allegorical fashion, that the fall from Eden is a continuous, ongoing event. For him, it shows that long after the original sin, we continue with active will to repeat our expulsion and tumble into our own self-chosen inferno." Writing literary criticism allows Mr. Harrison to give his large ambitions full rein, since, as he rightly observes, "human culture has its origin in stories, and its ongoing history is one of endless storytelling."

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Alida Becker : Behind the Wall

Review of Simon Winchester, The Man Who Loved China : The Fantastic Story of the Eccentric Scientist Who Unlocked the Mysteries of the Middle Kingdom. (HarperCollins), at The NY Times (08.06.2008) :

On a winter evening in 1938, Joseph Needham, one of Cambridge University’s most brilliant scientists — and one of its most avid skirt-chasers — lay in bed with a Chinese microbiologist who was also a colleague of Needham’s extremely tolerant wife. Enjoying a post-coital cigarette, he asked her how its name might be rendered in Chinese. His diary records that she obliged by guiding him through the ideogram for “fragrant smoke.” Charmed, he instantly resolved to learn this fascinating language. It was the first step in a project that would absorb Needham until his death in 1995, turning him into one of the foremost Western authorities on China, dedicated to reminding the world that the Middle Kingdom’s decline into backwardness and turmoil had been preceded by centuries of extraordinary creativity — including crucial inventions like gunpowder, printing and the compass, all mistakenly thought to have originated elsewhere. The vehicle for these and countless other revelations was to be a work “addressed,” as Needham put it, “to all educated people.” The first volume of “Science and Civilisation in China,” published in 1954, has never gone out of print. Eighteen volumes were released during Needham’s lifetime; there are now 24, with more still to come.

Despite its hyperbolic new subtitle (apparently the original, “Joseph Needham and the Making of a Masterpiece,” was considered too tame), Simon Winchester’s biography, “The Man Who Loved China,” presents a low-key, often beguiling view of a man who hardly beguiled the postwar American authorities — or, for a time, his own countrymen. A committed socialist and Communist sympathizer, Needham lent his authority to a dubiously documented investigation whose report, issued in 1952, concluded that the United States had used biological weapons in Manchuria and North Korea. Blacklisted by the Americans well into the 1970s and denounced for his political naïveté by the British establishment, Needham retreated into the scholarly realm, where his accomplishments did much to restore his good name.

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Stephen Mansfield : Sordid scenes from a dark, cracked city

Review of Kanehara Hitomi, Auto Fiction (Vintage Books), at The Japan Times (08.06.2008) :

Kanehara cleverly reverses the narrative timeline, taking us on a backward spiral, from the first cracks in the honeymoon to a medicated 15-year-old Rin. As she negotiates the tacky world of karaoke boxes, matchmaking clubs, trance dance clubs and casual rape parties, her sanguine view of the flesh and entertainment world prevents her from being devoured by it, but the reader begins to get a disquieting sense of just how dangerous Tokyo is for the unaccompanied woman.

The frankness of Kanehara's writing is refreshing. It explains, perhaps, why literature of this sort often captures the media's attention, especially when the bursts of obscenity and veracity come from a Japanese woman. Rin, an emotional extrovert aggrieved at life, is the antithesis of the deferential woman.

Rin's is a soured realism, one that can find the sidewalks "teeming with annoying pedestrians — no better than dogs that sh*t in public — all walking on tarmac peppered with black gum stains."

Shinjuku provides the core setting for Kanehara's story of misogyny, as it does for so many novels of this type — from Ryu Murukami's seminal "Coin Locker Babies" to Amy Yamada's short story "Kneel Down and Lick My Feet."

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Maria Martin : Epstein fidèle au cinéma

Revue de Prosper Hillairet, Cœur Fidèle de Jean Epstein (Yellow Now), à nonfiction.fr (05.06.2008) :

Epstein, cinéaste de la pliure

On l’a dit, Prosper Hillairet fourmille d’idées et les brade généreusement. On voudrait donc pour finir en mettre une particulièrement en valeur, celle de la pliure à la fois comme structuration du film et vision du cinéma. “La scène où, en un cadre, le visage de Marie à gauche est repris dans le miroir, montre assez de cette pliure. Le bord du cadre est pliure entre le “réel” et son “image”, en fait du réel redoublé, du réel replié sur lui-même. Et la surimpression participe de cette pliure, dans l’image : les surimpressions eau/visage de Marie sont à l’articulation entre le plissement des vagues et les replis secrets de la peau. Le mouvement se plie, l’espace se plie, le temps se plie. L’histoire de Cœur fidèle est ainsi faite qu’en son milieu, à la jointure des deux périodes, se reprend le titre, en un intertitre : “Cœur fidèle”, comme un nouveau départ. Redépart renforcé par un passage de camion, en aller-retour, reprise des premiers plans du port. Toute l’histoire de Cœur fidèle se déroulerait-elle dans la pliure d’un aller-retour ?”

Cette lecture du film et du cinéma d’Epstein comme pliure (y compris du temps sur l’espace si l’on suit la piste d’Einstein sous les mots de Prosper Hillairet) donne une tout autre ampleur à la mélancolie qui imprègne Cœur fidèle. En effet, si la mélancolie est bien ce mouvement de balancier entre l’excitation et la torpeur, la fulguration et l’hébétude, on comprend que la pliure soit la figure filmique qui, chez Epstein, permet de tenir ensemble ces deux postulations simultanées et d’atteindre, précisément, au cœur mélancolique. “La vue d’ensemble n’est jamais assurée, l’histoire d’amour jamais consolée. On peut toujours tomber du manège ou se noyer dans les vagues. Et le monde et l’amour doivent être sans cesse ré-assurés. Le cinéma est la trace de cette fragilité sans cesse à consolider.”

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Robert Maggiori : Traquer la bête

Revue de Thierry Galibert, La bestialité, Sulliver, 576 pp., 33 €, à Libération (05.06.2008) :

La Bestialité a l’air d’être un livre sur Antonin Artaud. D’Artaud, dont la souffrance physique et psychique sera le lot quotidien - «aussi loin que je plonge dans le souvenir de moi, mes muscles, mes nerfs, mon sang sont un calvaire, mon squelette un billot, un étal, un échafaud» - Galibert n’ignore rien : pas un événement de sa vie, intime ou publique, pas un avatar de sa maladie, ses enfermements psychiatriques, ses addictions (laudanum, morphine, opium, «la plus abominable tromperie»), ses désintoxications, ses tortures ( «impuissance sexuelle», «bégaiement», «tremblement», «constriction du crâne», attribuables moins à ses «troubles nerveux» qu’aux effets secondaires des drogues et autres «remèdes»), ses relations tempétueuses avec les surréalistes, son voyage chez les Tarahumaras du Mexique, pas une ligne de sa correspondance, pas une page de ses œuvres littéraires, pas un détail de son travail théâtral ou cinématographique.

S’il n’était que cela, la Bestialité serait déjà un ouvrage majeur, car il parvient à baliser les chemins enchevêtrés et escarpés qu’Artaud parvient à parcourir en dépit de «la guerre de l’âme avec l’âme au milieu du moi», et à rétablir «la totalité de la trajectoire créatrice à partir de la coïncidence de la pensée et de l’œuvre jusqu’au point où l’interprétation bute sur l’inconnaissable».

Mais il est plus que cela : un ouvrage dense, surabondant, porté par une culture littéraire et philosophique infinie, avançant de thèse en thèse, de citation en citation, comme une machine monstrueuse, passant de Marx à Tocqueville, de Hegel à Breton et Sartre, de Hugo à Max Stirner, Michel Henry, Foucault, Deleuze ou Mallarmé, qui, s’il met Artaud au centre, l’utilise comme prisme à travers lequel sont radiographiées toutes les composantes de la modernité occidentale.

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Jennifer Potter : People, plants and the British psyche

Review of Mary Gribbin and John Gribbin, Flower Hunters (Oxford), and Andrea Wulf, The Brother Gardeners : Botany, Empire and the Birth of an Obsession (Heinemann), at TLS (04.06.2008 Issue) :

Plants and gardens are a peculiarly British obsession, and these two books seek to explore its botanical and imperial roots. In The Flower Hunters, Mary and John Gribbin give us potted biographies of mostly British plant hunters, making an arbitrary “First XI”. Andrea Wulf, in The Brother Gardeners, is both more personal and more rigorous. Surveying one century rather than two, she sets out to show how the botanical (and horticultural) revolution of the eighteenth century turned Britain into a nation not of shopkeepers but of gardeners. In her eyes, six men share prime responsibility: three Englishmen (the merchant Peter Collinson, the gardener Philip Miller, and the naturalist Sir Joseph Banks), two Swedes (Carl Linnaeus again and his protégé Daniel Solander) and one American (the farmer and plant collector, John Bartram). For Wulf, scouting the world for exotic plants is merely the beginning; much more interesting is the effect this had on the British psyche.

Both books tell their stories through people rather than plants, and each sets the scene with a prologue featuring an earlier figure. For Mary Gribbin and John Gribbin, it is the seventeenth-century naturalist John Ray, who brought order and logic to the natural world and placed plants at the forefront of the Scientific Revolution. But aside from a topical reference to Charles Darwin, the bicentenary of whose birth falls next year, it is hard to see why the Gribbins have elected to relate lives that have already appeared in similar collections. The most interesting stories here are the least familiar, among them the journeys of Francis Masson and Carl Peter Thunberg to South Africa, and Thunberg’s travels to Japan that draw on unpublished material by Catharina Blomberg of Stockholm University.

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Susana Gállego Cuesta : Esthétique de l’empreinte

Revue de Georges Didi-Huberman, La ressemblance par contact. Archéologie, anachronisme et modernité de l’empreinte (Minuit), à la Vie des Idées (05.06.2008) :

En retraçant une histoire synoptique de l’empreinte, et en modifiant nos façons habituelles de regarder l’image dans sa singularité, La ressemblance par contact veut contester le modèle optique de l’imitation en promouvant celui, tactile et technique, du travail en acte. Georges Didi-Huberman entend modifier nos façons habituelles de comprendre chaque œuvre d’art dans son historicité. L’histoire de l’art est trop dépendante d’un modèle déductif qui suppose un mouvement de « progrès » du modernisme au postmodernisme, et qu’une « évolution » dans l’art est possible : elle tendrait vers une épuration des formes et des concepts jusqu’à aboutir à un art totalement dématérialisé, ne s’intéressant plus du tout à la forme et à ses contraintes. À ce modèle, il faut en substituer un autre, plus complexe, plus à même de rendre compte des suggestions du visuel, de la puissance évocatrice de l’art, qui tient compte des intrications de temporalités diverses, hétérogènes et conflictuelles, dont toute image est faite, et qui en font la richesse de lecture et de ressenti.

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Marion Naugrette : L'énigme du Roi des Chats

Revue de Sabine Rewald, Balthus, le temps suspendu, 1932-1960 (Actes Sud), à nonfiction.fr (04.06.2008) :

Dans l’étrange et inquiétant tableau de Balthus intitulé La Fenêtre (1933), figure une jeune fille assise sur le rebord d’une fenêtre. Elle fait un geste d’effroi, comme surprise par l’approche de quelque danger épouvantable. Ses vêtements, plutôt bigarrés, sont en désordre : son corsage, ébouriffé ou déchiré, laisse voir son sein gauche à nu. Sur son visage se lit une expression de peur mêlée de surprise, et elle lève la main droite, sans doute pour se protéger. Mais de qui ? Et qu’a-t-il bien pu donc se passer, au point de manquer la faire tomber dans le vide ? Qui est le grand méchant loup qui cause une telle frayeur à ce joli Chaperon Rouge (la jeune fille porte d’ailleurs un ruban rouge bien visible dans ses cheveux) ? Nul autre, en fait, que le peintre lui-même. Sabine Rewald, dans son très bel ouvrage intitulé Balthus : Le temps suspendu, récemment publié aux éditions de l’Imprimerie Nationale, nous révèle ainsi que c’est Balthus lui-même qui avait provoqué ce geste d’effroi chez son jeune modèle. Il lui avait ouvert la porte, vêtu de son vieil uniforme militaire, poignard à la main, l’air menaçant, et l’ayant ensuite empoignée par son chemisier, avait essayé de le lui arracher, provoquant ainsi l’effet pictural désiré : c’est une réelle frayeur qui tord le corps et le visage de la jeune fille sur le tableau. L’atmosphère générale est empreinte de cette inquiétante étrangeté qui est si caractéristique de l’œuvre de Balthus, un mélange surprenant de naïveté – voulue – et de perversité, un monde de l’enfance devenue trop tôt adulte, le conte qui se métamorphose en fable sadique sous nos yeux de spectateurs faits voyeurs complices par le peintre lui-même.

Dans La Fenêtre, le viol est cependant plus symbolique que réel : le viol redouté est un viol optique, un dévoilement opéré par le peintre qui, par le biais de cette petite comédie – certes, de mauvais goût nous dira-t-on –, a réussi à délivrer le visage de son masque, à produire un véritable sentiment d’effroi pudique chez cette jeune adolescente encore si enfant, qui laisse transparaître la maturité de la femme. Balthus montre ce qui nous gêne et ce qui réveille en nous des peurs et des fantasmes enfouis, tel le "vilain grand méchant loup" des contes et comptines. Ou plutôt en malin chat qu’il est, selon ses propres mots : "Enfin on peut bien le dire sans même passer pour spécialement vantard, je suis LE SEUL, très exactement, qui soit capable de faire un portrait – Vive le King of Cats !".

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Jorge Peña : Philippe Mengue, Peuples et identités

Revue de Philippe Mengue, Peuples et identités, Paris, Éditions de la Différence, 2008, 348 p., à Fabula Acta (02.06.2008) :

Avec le concept de ritournelle on peut donc voir reconnue par Deleuze l’idée que le territoire, le peuple comme ensemble ethnique, doté d’une langue et de moeurs déterminées, détenant des frontières dans l’espace, offrant une « Demeure », constitue une force « germinative », une force créatrice et une force de résistance. On conçoit que la position deleuzienne interdit à terme et en droit pour un peuple donné existant tout mode d’unité globale, toute stabilité et identité, toute possibilité d’assumer son passé, son histoire, ses « racines » en raison du procès incessant de minoration qui est toujours à effectuer, à recommencer. La société des citoyens devient un espace sur lequel la minorité créatrice agit depuis les « pointes de création », de déterritorialisation ou de résistance qui ont été dégagées et qui occupent une position de marginalité par rapport au corps politique des citoyens.

Et n’est-il pas étonnant de retrouver la question du clos à l’ouvert en passant par le natal et la ritournelle, en conclusion du livre de Philippe Mengue?

L’histoire avance comme une ritournelle et pour les peuples français et européens, les Grecs et les Latins en ont fourni le refrain, au service des oeuvres d’une différence profonde et créatrice. Le présent ne s’auto-fonde pas de lui-même dans une politique de re-commencement à zéro, entièrement tournée vers l’avenir, faisant du passé table rase. Le mouvement de la ritournelle est caractérisé par la reprise, ou la boucle qui vient enserrer le passé pour s’en alimenter, s’en servir comme d’un tremplin, et le porter plus loin.

L’identité du peuple est donc une identité toujours dérivée, ouverte et toujours à reprendre et à refaire. Tout peuple est une ritournelle, et comme tel, il est le lieu d’entrecroisement des forces de déterritorialisation ou de territorialisation, à la fois distinctes, opposées et inséparables. L’importance capitale de cette analyse est de rappeler contre les exigences souvent surmoïques de la déterritorialisation spirituelle et du nomadisme sans frontière.

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Thomas Cathcart and Daniel Klein, Plato and a Platypus Walk into a Bar . . .: Understanding Philosophy Through Jokes

Amazon UK book description :

This lively crash course in philosophy takes us on a hilarious - and at the same time, profound - tour through the great philosophical traditions, schools, concepts and thinkers. All with a light touch. As if being led on an intellectual adventure by a brilliant stand-up comic, the reader experiences light-hearted excursions through this weightiest of disciplines - laughing all the way. A ribald refresher course for those in-the-know or hilarious starter class, this makes Big Ideas a hoot to understand. Topics include: Logic (Sherlock Holmes never deduced anything!), analogies, fallacies, circular arguments, paradoxes Kant's antinomies, Social & Political Philosophy (Hobbes, Locke and Rousseau were probably nudists!), Philosophy of Religion (a priest and a rabbi are stranded on a desert island...), Existentialism (what do Hegel and Bette Midler have in common?), Ethics and Aesthetics (a dog and a cat are sitting in this tree...), Epistemology (how do you know that you know the stuff you know?), Language ("it depends what your definition of is") and more...

I've heard that the authors studied under Timothy Leary. See their website, and their latest essay at Boston.com.

Fei Guangyuan (馮光遠) writes a review (ch), and Tim Madigan, at Philosophy Now (Issue 64).

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Brian Leiter : Christopher Janaway, Beyond Selflessness

Review of Christopher Janaway, Beyond Selflessness : Reading Nietzsche's Genealogy (Oxford, 2007), at Philosophical Reviews (03.06.2008) :

Christopher Janaway proposes to "transmit something of the richness and reward to be found in reading Nietzsche's texts themselves" (p. 2). In the hands of a scholar less skilled than Janaway, such a proclamation would be a red flag to the philosophical reader that a lot of bad paraphrase and mimicry of Nietzsche's writing style was in the offing. There is, happily, none of the latter, and very little of the former, in this intelligent and illuminating book, which aims to defend two rather precise theses about reading Nietzsche's On the Genealogy of Morality: first, that Nietzsche's method of writing is intended to engage the reader emotionally or affectively; and second, that such affective engagement is a necessary precondition for altering the reader's views about evaluative questions -- that "without the rhetorical provocations, without the revelation of what we find gruesome, shaming, embarrassing, comforting, and heart-warming we would neither comprehend nor be able to revalue our current values" (p. 4; cf. pp. 96-98).

Both theses seem obviously correct and also worth emphasizing. But from them Janaway wants to draw other, more controversial interpretive morals. In particular, Janaway believes that it is wrong to treat Nietzsche's writing style as "mere modes of presentation, detachable in principle from some elusive set of propositions to which his philosophy might be thought to consist," since to do so, "is to miss a great part of Nietzsche's real importance to philosophy" (p. 4). "Nietzsche's way of writing," he explains, "addresses our affects, feelings, or emotions. It provokes sympathies, antipathies, and ambivalences that lie in the modern psyche below the level of rational decision and impersonal argument." This, Janaway says, is "not some gratuitous exercise in 'style' that could be edited out of Nietzsche's thought" (p. 4).

 

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Michael Church : Paul Roberts, Claude Debussy

Review of Paul Roberts, Claude Debussy (Phaidon), at The Independent (03.06.2008) :

"Charming child, true artist's temperament; will become a distinguished musician; great future." Noting these qualities in the awkward 12-year-old loner who became his pupil, Debussy's tutor Antoine Marmontel was prophetic. As expressed through what one critic described as his unforgettable voice – "strange, slightly veiled, articulated with a light staccato" – and a gaze described by another as "caressing and inclined to mockery, sad and full of languor, passionate and thoughtful", charm was Debussy's weapon. Though he was no virtuoso, his touch on the piano bewitched. To the composer Alfredo Casella, "he gave the impression of playing directly on the strings... the effect was a miracle of poetry".

Roberts adroitly chronicles the way Debussy took up with wives and lovers, and then discarded them in his uneasy social climb. If he found relative happiness with Emma Bardac and her children (to whom he became a devoted step-father), one senses that no sexual relationship touched his curiously aloof core. His passion for the Oriental prints and "objets" he collected – and which served as inspiration – was deeper and more constant. It's interesting to see a picture of "Arkel", the Japanese porcelain toad named after the king in his opera Pélleas et Mélisande, which he carried everywhere.

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Alexandre Abensour : L’inconscient et ses images

Revue de Paul Ricœur, Écrits et Conférences 1, Autour de la psychanalyse, Paris, Éditions du Seuil, 2008, 329 p., 21 €, à la Vie des Idées (02.06.2008) :

Cet ouvrage inaugure les publications du « Fonds Ricœur », dont la mission est de mettre au service du lecteur des articles et des conférences de Paul Ricœur, (la plupart n’avaient jamais été publiés en français). Pourquoi commencer avec des textes consacrés à la psychanalyse ? Dans sa présentation, Jean-Louis Schlegel montre bien que la discussion de Ricœur avec Freud a été constante, et qu’elle est ne peut se limiter au grand ouvrage de 1965 (De l’interprétation, Essai sur Freud), qui est certainement une des plus importantes lectures philosophiques qui aient été entreprises sur l’œuvre du fondateur de la psychanalyse. Dans une excellente postface (« Le désir, l’identité, l’autre, La psychanalyse chez Paul Ricœur après l’Essai sur Freud »), Vinicio Busacchi expose clairement l’ampleur et la constance de l’intérêt de Ricœur pour Freud, qu’il fait même remonter à ses années de Lycée à Rennes, où Ricœur eut comme professeur Roland Dalbiez, l’auteur du premier livre philosophique important publié sur Freud (La Méthode psychanalytique et la Doctrine freudienne, 2 tomes, Desclée de Brouwer & Cie, 1936). Vinicio Busacchi ne commente pas davantage cette référence, alors qu’elle n’est pas sans intérêt. Dalbiez inaugure en effet dans son li