Philippe Lançon : Tom Jones, de la cave au plafond

A French translation of Tom Jones is re-published by Folio/Gallimard, at Libération (03.01.2008) :

André Gide a résumé la qualité profonde du personnage : «Il n’aime la vertu que naturelle ; tout effort vers la perfection, dès que ne l’obtient plus naturellement l’amour, c’est l’orgueil qui l’exige et qui ne l’obtiendra qu’en nous dénaturant.» Or dénaturer un homme, c’est comme contenir un roman : ce n’est pas vivre. La libre nature du héros reproduit celle de l’auteur, et l’une et l’autre se déploient sans misère ni contrainte dans ce roman d’une puissance générale où tout, absolument tout, est invité et bienvenu «comme à une table d’hôte publique» : la société d’une époque ; les réflexions sur le cœur humain en toute période ; les digressions perpétuelles qui, en arrêtant le récit, le nourrissent et le relancent ; les parodies de l’Odyssée ou de l’Enéide (Fielding lisait et traduisait le latin et le grec, sa bibliothèque était l’une des mieux fournies de son temps) ; les réflexions d’autodéfense sur son art du roman («car, étant en réalité fondateur d’une nouvelle province littéraire, j’ai toute liberté d’édicter les lois qu’il me plaît dans cette juridiction») ; et - déjà - des assauts contre la misère impuissante du critique, qui «n’est rien de plus que le greffier chargé de transcrire les règles et lois établies par les grands juges que leur vaste et puissant génie a érigés en législateurs», mais qui, sous l’effet de l’ignorance générale, a commencé d’«envahir le pouvoir et de s’arroger la dignité de son maître».

Comme Don Quichotte, que Fielding avait lu, Tom Jones découvre l’aube du roman - et, à l’aube, on est libre et on voit tout. C’est donc un roman formidablement dilaté. Ses mille pages divisées en dix-huit livres semblent durer une vie et parcourir la terre entière, quand les aventures ne se déroulent que sur peu d’espace et de temps. Mais le chevalier à la Joyeuse Figure parcourt sa Manche britannique avec tant d’énergie, talonné par tant de chiens et de mots, qu’on y perd pendule, boussole et toute espèce de médiocrité orientée. Gide : «Les pires égarements de Tom Jones ne sont jamais suivis de remords ou de repentirs ; s’il les regrette, c’est qu’ils ont pu peiner Sophie.» Sa Dulcinée concrète. On ne saurait mieux dire sa délicatesse ni donner de meilleure raison de lire ses aventures, matrice du roman anglais, dont Gallimard republie en poche, légèrement revue, l’édition de la Pléiade (la préface de Jacques Brenner, dans la précédente édition Folio, aurait mérité d’être reproduite).

I love 18th century English novels : Fielding, Smollett, Richardson, Sterne, Wallpole, Mrs. Radcliffe,... Are their novels like Encyclopedia at that time ?

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Robert Maggiori : L’épine dans l’hostie

Revue de Jean Louis Schefer, L’Hostie profanée. Histoire d’une fiction théologique,. P.O.L, 554 pp., 48 illustrations en couleurs, 48 euros, à Libération (27.12.2007) :

Processions. Dans la Galerie nationale des marches, au palais ducal d’Urbino, se trouve l’une des œuvres les plus célèbres de Paolo Uccello. «Il s’agit d’une peinture sur bois, à la détrempe, divisée en six panneaux, d’une longueur totale de 42 cm sur 361», commanditée par la Congrégation du Corpus Domini et exécutée en 1467 ou 1469. La prédelle met en scène le Miracle de l’hostie profanée : indépendamment de ses caractéristiques esthétiques et de sa place dans l’histoire de l’art, elle donne à voir, ou à lire - s’agissant d’une «narration visuelle» - la façon dont le juif est conçu dans l’imaginaire chrétien. C’est par l’examen du polyptyque d’Uccello que s’ouvre l’H ostie profanée. Histoire d’une fiction théologique de Jean Louis Schefer, écrivain, théoricien de l’art, historien et philosophe. Les six tableaux de la prédelle reproduisent une véritable histoire, une suite de scènes telles que celles représentées sur des chars lors de processions, qu’on comparerait aujourd’hui aux planches d’une bande dessinée.

Cette istoria est celle d’un usurier juif. Pour rendre à une femme le manteau qu’elle a mis en gage chez lui, celui-ci exige qu’elle lui apporte une hostie consacrée. Il veut la brûler, mais l’hostie se met à saigner et le «liquide rouge sinue sur les dalles et passe au dehors entre les pierres du mur» - alors que des hommes en armes tentent de forcer la porte. Une procession reconduit l’hostie vers un autel pour la reconsacrer. La femme est amenée sous un arbre pour être pendue, mais un ange lui tend la main. Le marchand juif et sa famille sont brûlés vifs.

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Murielle Lucie Clément : Le Clézio. Architecture d’un malaise existentiel

Revue de Ruth Amar, Les Structures de la solitude dans l’œuvre de J.M.G. Le Clézio, Paris, Publisud, 2004, à Fabula Acta (27.12.2007) :

Les Structures de la solitude dans l’œuvre de J.M.G. Le Clézio tourne autour d’une question fondamentale : qu’est-ce que la solitude redéfinie par l’écriture le clézienne ? Plusieurs critiques avaient déjà mis en lumière les principaux éléments fondateurs de l’écriture le clézienne, tels le désert, le silence, la nature, entre autres, mais aucun ne les avait reliés à la solitude, matrice qui les rassemble tous. Le mérite revient à Ruth Amar d’avoir approfondi la solitude et ses effets chez Le Clézio. Quelle est-elle ? Est-elle un élément structurel des romans par sa présence indéniable ? Amar recense toutes les visions possibles de la solitude dans cet ouvrage en deux parties dont la première traite de la mise en solitude des paysages et la seconde de la création du personnage en solitude.

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New York Noise : Anarchy in the USA

Anonymous review of New York Noise (Soul Jazz Records), at Telegraph (22.12.2007) :

The 400 black-and-white images in New York Noise follow a timeline, from 1978 to 1988, that mirrors the span of Simon Reynolds's well-argued eulogy of post-punk musical creativity in Britain, Rip It Up and Start Again. Together these books reveal the very different transatlantic scenes of the time, and highlight the fact that the '80s were a period of thrilling artistic upheaval, so much more vital than the floppy-fringed pop-gloss wasteland that the decade is often dismissed as.

From Laurie Anderson and Cindy Sherman, via Jean-Michel Basquiat, Madonna and William Burroughs to visitors such as Jean-Luc Godard and Akira Kurosawa, many famous names peer out from the images (by photographer Paula Court) that fill these pages. But perhaps more valuable is the record of the many pivotal people that posterity has been less kind to - the girl groups, graffiti artists, DJs and performance artists who shaped the scene without ever transcending it.

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Donald Richie : The many faces of a complex city

Review of Tokyo Tokyo Tokyo, photographs by Gorazd Vilhar, text by Charlotte Anderson. IBC Publishing Co., 2007, 144 pp., ¥3,300 (cloth), at The Japan Times (23.12.2007) :

Dazzling it certainly is as presented through the lens of Vilhar. As in the gorgeous "Kyoto: A Cultural Sojourn," published a few years back, a frankly beaux-arts sensibility is used to picture the various ingredients of this great congeries of Tokyo.

A statue of the 15th-century founder, Ota Dokan is photographed against the grills and struts of the modernistic International Forum in Yurakucho — ancient verdigris against the sheen of new steel. A bronze replica of the 17th-century haiku master, Basho, gazes across the Sumida where he can now only see the big-box buildings of the new corporations recently moved there. A mendicant monk holds up his begging bowl in front of the elegantly kitsch show-windows of Wako department store. Traditional decor studs the florid wastes of Roppongi Hills.

Besides the colorful contrast of old and new, the persistence of the past is also pictured. There is a dynamic aerial shot of a four-ton portable shrine carried by its score of kimonoed bearers that could have been photographed in 1800 if they had had cameras then. A robed Buddhist priest walks by, eclipsing a bright red Coca-Cola vending machine. The traditional core holds.

These beautiful photos, so fully illustrating our paradigms, are plainly foreign views. For, as Anderson writes, "rather than viewing these elements as being in opposition, the Japanese prefer to see them as parts of a harmonious continuum." And, indeed, the search for incongruity, the assumption of a persevering past, would probably not occupy most native photographers.

The value of this collection, however, besides its sheer beauty, lies in just this concern for a Western interpretation of this dynamic Eastern capital. It provides a matrix for the juxtapositions, for the sheer montage offered by this city. In its way "Tokyo, Tokyo, Tokyo" is, besides being photo album de luxe, a pictorial guide through the city, an accounting of its many parts, a solution to its complexity.

How can I get this book ? Somebody fill me.

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David Leavitt : A Beast in the Jungle

Review of Sheldon M. Novick, Henry James : The Mature Master (Random House), at The NY Times (23.12.2007) :

Does Novick succeed in giving us a new, more “ordinary,” less cerebral Henry James? The answer, for better or worse, is yes. Indeed, the life that he describes (“The Mature Master” begins with the successful 1881 publication of “The Portrait of a Lady” and ends with James’s death in 1916) is one that, for any urban writer, will seem eerily, even tiresomely familiar. Passionately devoted to his craft, James is also burdened by the constant pressure to make money. He suffers from back pain and constipation, and often feels overwhelmed by the amount of writing he has to do: in addition to the novels, many of them published in serial form, there are the short stories, travel articles, reviews and “potboilers” from which he earns his living, not to mention the correspondence with which he feels dutybound to keep up. When in London, he attends dinner parties almost every night, at least in part because at these dinner parties, he picks up the germs — what he calls données —; from which his fictions grow. But he also travels to Europe, to Italy and France, when he can afford to take the time off and his bank account permits. Personal relationships matter intensely to him. He is close to his sister, Alice, and his brother William, though his relationship with William is intermittently barbed. He has many friends — titled ladies, political leaders, fellow writers, actresses. And then there are the young men with whom, Novick broadly hints, he has love affairs, and to whom he writes erotic letters.

“The Mature Master” is a more understated book than its predecessor. Far from making speculative claims that will raise the hackles of his fellow Jamesians, Novick here approaches his material with a once-bitten, twice-shy caution. For example, he mentions in a footnote — but does not elaborate on — the rather extraordinary detail that the “pelvic massages” that Alice James underwent as part of her treatment for hysteria were sexual in nature, leading to orgasm. “The success of the treatment,” he continues, “induced Henry to try a version of it himself. He hired a young man to administer the massages and like Alice was for a time relieved of his symptoms.” Novick also quotes again the diary entries on the basis of which he deduced that James had had a sexual encounter with Holmes. Significantly, however, he refrains in this case from commentary. The only hint that remains of a sexual episode is one rather insinuating sentence: “Holmes and James had exchanged visits, had become intimate friends.”

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Mathias Sabourdin : Dans l'ombre de Fellini

Revue de Tullio Kezich, Fellini, sa vie et ses films (Gallimard), à nonfiction.com (17.12.2007) :

L’ombre du maestro

Fellini est devenu avec le temps un cinéaste dont le prestige a éclipsé l’œuvre, dont la figure de maestro a placé toute évocation de son travail sous l’éclairage univoque du cliché journalistique. Cinquante ans après André Bazin et son étude approfondie de la structure narrative des Nuits de Cabiria dans la perspective de l’après néoréalisme,  vingt-cinq ans après l’analyse faite du cristal fellinien par Gilles Deleuze dans L’image-temps , on ne peut que constater combien l’œuvre du réalisateur de 8 1/2 paraît s’être éloignée du questionnement cinéphilique contemporain. Là où d’autres auteurs majeurs du cinéma comme Robert Bresson, Michelangelo Antonioni ou Orson Welles ont su offrir aux critiques des modèles esthétiques parfaitement identifiables (ce dont témoigne le nombre imposant d’articles qui leur sont consacrés), Fellini n’a fait que brouiller les cartes d’un jeu a priori connu et reconnu. Il reste en effet extrêmement difficile de lier l’évidence du ressassement thématique et de la récurrence des modes opératoires que présentent sa filmographie à une démarche formelle qui semble ne jamais vouloir faire école. Ce qui résiste en définitive dans l’analyse de ses films, c’est la définition (et l’affirmation) de sa part strictement cinématographique au sein d’un récit qui, lui-même, joue de l’ambiguïté de son origine autobiographique. C’est pourquoi face à une oeuvre qui ne se livre qu’en surface, la minutie du travail biographique proposé par l’ouvrage de Tullio Kezich s’impose d’emblée à la curiosité de l’amateur comme une possible voie menant à la compréhension du processus créatif fellinien.

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Robert Maggiori : Métaphysique du déjà-vu

Revue de Remo Bodei, La sensation de déjà-vu, traduit de l’italien par Jean-Paul Manganaro, Seuil, 200 pp., 19 euros, à Libération (20.12.2007) :

Elle ne crée qu’un petit trouble quand elle est légère et passagère - trouble qu’effacent les lazzis de ceux qui alentour vous traitent gentiment de fou. Mais si elle revient souvent, si elle perdure, cette étrange paramnésie qui donne la sensation d’avoir déjà vécu un événement ou une situation présente, d’avoir déjà connu une personne qu’on voit pour la première fois, entendu prononcer à l’identique la phrase qu’on vient de prononcer devant vous, séjourné dans cet hôtel où l’on vient d’arriver, cette paramnésie, donc, non seulement inquiète ou effraie, mais pousse l’esprit à la divagation. Je déraille… l’Alzheimer me guette… mon âme a déjà vécu une autre vie et s’est réincarnée… je suis capable de voyager dans le temps… un revenant habite en moi… je reçois par télépathie des souvenirs inconscients de mon voisin… je suis possédé par le diable… et mon médecin est en vacances.

Professeur de philosophie à l’Ecole normale supérieure de Pise et, aujourd’hui, à l’université de Californie (Ucla), auteur, entre autres, de la Géométrie des passions (PUF, 1997) ou de Logiques du délire : raison, affects, folie (Aubier, 2002), Remo Bodei analyse, dans la Sensation de déjà-vu, toutes les dimensions, poétiques, littéraires, philosophiques, psychologiques, psychanalytiques ou neurologiques de ce «déraisonnable souvenir du présent» dont tout le monde a fait expérience au moins une fois dans sa vie, et qui, en tant que «trompe-l’œil temporel», fait se superposer «l’alors et le maintenant, l’ici et l’ailleurs», dans un «court-circuit qui annule non seulement l’écoulement du temps, mais jusqu’à son annulation même».

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Paul French : Red Mandarin Dress by Qiu Xiaolong

From ARB (16.12.2007) :

In RED MANDARIN DRESS, QIU XIAOLONG's fifth Inspector Chen novel, he's finally pulled of a brilliant blend of east and west. Not that the first four Inspector Chen novels, all set in 1990s Shanghai, weren't good, but the latest is a consummate blend of the Chinese approach to crime solving and western noir crime fiction -- Raymond Chandler on The Bund. Inspector Chen aficionados already know the poet-detective well and his milieu of 1990s fast changing Shanghai. Chen is a master of balancing the concerns of the Party to keep a lid on things with the shenanigans of the Mr Big Bucks new tycoons, gangsters and corrupt officials as well as the hostesses, whores and the easily duped who become their victims.

In his latest outing Chen is once again in the multi-layered world of the new urban China as dodgy property speculators, rapacious officials and get-rich-quick conmen converge. But this time the answer may lie in the past and while it's OK (in reality and in the book) to cut down a weed that grows too tall every now and again, however well connected, delving into the Cultural Revolution is a no-no. In the book, as in China today, the horrors, persecutions and vendettas of that period are swept under the carpet -- no South African or Northern Ireland-style truth and reconciliation commissions for China. And, as Qiu suggests, the result of this collective state-sponsored amnesia are festering dreams of vengeance that remain repressed but may just, now and again, boil over into murder.

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Ophélia Deroy : Qu'est-ce que lire de la métaphysique ?

Revue de Emmanuelle Garcia et Frédéric Nef (dirs.), Métaphysique contemporaine. Propriétés, mondes possibles et personnes (Vrin), nonfiction.fr (17.12.2007) :

Après Qu’est-ce que la Métaphysique ?   les lecteurs peuvent enfin aller explorer par eux-mêmes les nouveaux territoires de l’ontologie contemporaine, avec comme fil d’Ariane trois grandes questions : qu’est-ce qu’une propriété ? Comment concevoir la réalité du possible ? Qu’est-ce qu’être une personne ?

La collection des textes-clés de philosophie contemporaine s’est récemment enrichie d’un volume consacré à la métaphysique, qui vient ainsi compléter une série déjà entamée en philosophie de l’esprit, des sciences, de la connaissance et l’esthétique. L’esprit de la collection, héritier des textbooks universitaires anglais et américains, est de réunir dans un même ouvrage un ensemble de textes et d’articles publiés de façon éparse, le plus souvent dans des revues philosophiques. Ce volume, dirigé par Emmanuelle Garcia et Frédéric Nef, met ainsi à portée des lecteurs français, en traduction et dûment introduits, une douzaine d’articles ou de chapitres signés par des philosophes de plus en plus familiers : David Armstrong, Robert Chisholm, David Lewis, Derek Parfit, Alvin Plantinga… La plupart de ces articles sont postérieurs aux années 1960, et sont d’une importance philosophique bien établie. Ils sont ici organisés autour de quatre grands thèmes : les particuliers, les universaux, les mondes possibles, les personnes, et accompagnés d’un index qui fait apparaître des thèmes transversaux : contingence, événement, instanciation, structure, Tout.

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Guillaume Paugam : Vie et mort d'une collection?

Du Nouvel Observateur (12.12.2007) :

Mais ce sont les Éditions du Cerf qui ont tranché, quitte à déplorer aujourd'hui une réaction qu'elles comprennent mal — se voulant rassurantes sur la continuité de la collection placée sous l'autorité d'un jeune professeur dont personne ne conteste les qualités et le prestige de la Sorbonne où il enseigne. «Mais André Laks, l'un des candidats proposés par Wismann ne professe-t-il pas lui-même à Paris-IV?» est-on immédiatement tenté de répondre. Questionné à ce sujet, le Père Renaud Escande, responsable du secteur «Philosophie» aux Éditions du Cerf, explique qu'au détriment de Laks a sans doute joué son profil trop marqué du côté de la philosophie pré-socratique pour une collection de philosophie contemporaine. Sans parler du travail d'éditeur de Laks aux Presses Universitaires du Septentrion à Lille (et, pour ne prendre qu'un exemple parmi d'autres, ses traductions de Humboldt), n'était-ce pas le cas de Wismann en 1986 qui, à l'heure de diriger cette nouvelle collection, était surtout connu pour son travail sur «Héraclite ou la séparation»?

Sans rien ôter aux qualités du successeur pressenti par Wismann, le choix de Benoist aurait pour avantage d'ouvrir sur de nouvelles perspectives pour la collection, avance le Père Escande. Mais n'était-ce pas là justement la cause de l'inquiétude de ses lecteurs que ces nouvelles perspectives, au sein d'une collection d'abord définie par sa cohérence, effraient? Le cercle argumentatif ainsi constitué, la gêne est perceptible chez cet ancien élève de Wismann (comme l'est l'auteur de ces lignes) qui dit sincèrement admirer le travail effectué depuis vingt ans, mais semble aujourd'hui chargé de justifier un choix qu'on devine ne pas être totalement le sien. Ce serait alors une bien étrange maison que le Cerf, s'il était avéré que le mot final de cette décision n'était pas revenu au responsable éditorial du secteur «Philosophie». Et les «wismanniens» soupçonneraient à bon droit un processus de décision dont les données étaient, dès le départ, biaisées.

Reste le plan judiciaire, les deux parties revendiquant chacune la paternité de l'idée de la collection, de son nom et de son argument reproduit dans chacun de ses volumes depuis vingt ans. Wismann déclare disposer d'une preuve écrite de ses dires via le témoignage de Bernard Lauret (directeur littéraire au Cerf à la création de la collection), et, disposé à faire valoir son droit moral quant à l'intégrité de «sa» collection, se dit prêt à envisager des suites judiciaires pour le faire respecter. Quitte à rouvrir ailleurs d'autres «Passages»?

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Michel Temman : Les waka de l’amour

Revue de Murasaki-shikibu, Le Dit du Genji, trad. par René Sieffert, Diane du Sellier, coffret en trois volumes, 1 263 pp, 480 euros à Libération (13.12.2007) :

Fastes. Le Japon découvre le dessin en courbe. Le galbe des épées, droites jusqu’alors, s’arque. Tout comme les auvents des pagodes et des sanctuaires. Les extrémités des toits des temples s’élancent vers le ciel. Lorsqu’elle débute l’écriture du récit, qui va durer près de huit ans, Murasaki-shikibu, dame d’honneur érudite et poètesse assoiffée de culture, a déjà étudié les classiques chinois. Sa force est de tout noter et de savoir donner vie à ses idéogrammes. Dame Murasaki donne, vers l’année 1013 pense-t-on, la dernière touche à son recueil. Le Dit du Genji est né. Un chef-d’œuvre. Au gré de huit cents waka (poèmes sentimentaux de trente et une syllabes) et de cinquante chapitres, l’auteur dépeint avec précision les fastes et le quotidien de quelque quatre cents aristocrates du tout Heian.

Le tableau est beau et grave. Sur fond de raffinement extrême, au cœur des privilèges, dame Murasaki conte la vie des princes et des princesses, des ministres, des commandants, conseillers et héritiers. Elle dissèque leurs histoires de sentiments mêlés, les liens passionnels, les conflits d’intérêts, les intrigues amoureuses et politiques. Un être se détache : Genji, le «Prince radieux» dont dame Murasaki détaille l’errance sentimentale. Privé de mère, désireux et instable, il est condamné à rechercher dans les palais l’amour et le plaisir. En décrivant cette recherche désespérée en vue de rencontrer la femme idéale, Murasaki-shikibu décrit ce qui, depuis la nuit des temps, fait battre le cœur des hommes.

Au gré de ses conquêtes, le roman explore, avec le prince, les sensibilités et failles de l’âme féminine. La jouissance à l’envi lui ouvre les portes de l’exil et de la souffrance. Comme les personnages de Shakespeare, Genji n’est jamais au bout de ses peines. A ses amours déchues et contrariées, à ses désirs sublimés, se greffent les vexations et les frustrations, la disgrâce et la trahison propres à la vie de palais. L’initiation est douloureuse. Le prince craque pour une belle, promise à l’empereur. Or ce dernier n’est autre que son père. Avec la femme-enfant, il découvre enfin un amour idéal que seul la mort peut briser.

Aussi voir Wikipedia (fr).

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Léopold Boyer : Sade visible

Revue de Michel Delon, Les vies de Sade. Paris, Textuel, 2007, à Fabula Acta (11.12.2007) :

On se souvient que Michel Delon a édité une part importante de l’œuvre du marquis de Sade pour Gallimard dans trois volumes de la prestigieuse « Bibliothèque de la Pléiade » (1990, 1995, 1998), qui constituèrent un évènement dans le champ des études sadiennes. Rappelons également qu’il a aussi, depuis, codirigé la tenue et la publication des actes de deux colloques consacrés à l’auteur : Sade en toutes lettres : Autour d’Aline et Valcour (2002, publication chez Desjonquères en 2004), avec Catriona Seth, et Lire Sade, premier colloque international sur Sade aux USA (2003, publication chez L’Harmattan, en 2004 également) avec Annie Le Brun, Marcel Hénaff et Norbert Sclippa. Enfin, on ne se lancera pas ici dans une recension des articles qu’il a consacrés au sujet. Voir, à nouveau, le nom de Michel Delon associé au titre d’un ouvrage sur ce marquis qu’on dit divin, n’a donc rien en soi de particulièrement surprenant. En revanche, la forme de l’ouvrage en question peut quant à elle susciter, au moins de prime abord, plus d’étonnement.

C’est que les deux volumes grand format réunis en coffret sous le titre Les vies de Sade ne constituent pas, cette fois, un essai : il s’agit – et Michel Delon emploie à plusieurs reprises le mot dans son introduction – d’un « album ». Album qui « se présente […] comme un distique », toujours selon l’auteur (p.5), quoique l’organisation de celui-ci soit un peu plus complexe que cela, trois parties distinctes prenant place dans les deux volumes : « Sade en son temps », « Sade après Sade » et « Sade au travail », les deux premières parties occupant une place (d’ailleurs inégale) au sein du premier volume tandis que la troisième occupe tout le second.

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Christopher Sorrentino : Postwar Crimes

Review of David Peace, Tokyo Year Zero (Knopf), at The NY Times (09.12.2007) :

How exhilarating, then, to discover David Peace through his brilliant, perplexing, claustrophobic and ambiguous seventh novel, “Tokyo Year Zero.” Set amid that city’s postwar rubble and based on the historical case of a serial killer named Kodaira Yoshio (a k a “the Japanese Bluebeard”), the book is narrated by Inspector Minami, who on the day of Japan’s surrender to the Allies is summoned to an air raid shelter where a woman’s body has been discovered. It turns out that the corpse, found on naval property, is within the jurisdiction of the military police, whose officers find and execute a scapegoat, an elderly Korean, on the spot. Case closed.

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It seems fitting that in a book of such relentless interiority, in which the shadow of death darkens every page, even characters other than Minami come off as shades. The closest Minami can come to real connection is with the dead, or with those who torment him with their knowledge of his frailty: Adachi, his superior, or Kodaira, the monster, who seem to be secret sharers, of a kind, with Minami. Peace ingeniously transforms all others into the sum of their gestures, habits, rituals, postures and whatever authority they possess or lack. Above all, “Tokyo Year Zero” portrays a rigidly hierarchical culture recovering from the near chaos brought on by its defeat. One of the marvelous things about the novel is Peace’s depiction of a country on its knees but relying for order upon the maintenance of elaborate everyday formalities and ceremonies. (The closest I’ve come to Peace’s depictions of ritual apology and bowing that riddle the book like some strange form of punctuation is in Yasunari Kawabata’s short story “Mr. Thank You,” composed largely of iterations of that courtesy.) While Peace implies that the fragile renaissance of Japanese society in the months after the nation’s surrender relied upon formal behavior and conventions, which offered a way for a damaged people to maintain honor and dignity as they adapted to the humiliations and indelible changes brought by occupation, he also suggests that such behavior obscures much: at the heart of the novel is the strong insinuation that Kodaira’s crimes — and Minami’s own secret — offer the more telling glimpse of the human soul.

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Céline Spector : Difficile(s) liberté(s)

Ruvue de Marcel Gauchet, L'avènement de la démocratie, (Gallimard, 2 tomes, 2007), à nonfiction.com (07.12.2007) :

Mort des idoles, crise des idéologies

Au moment où se décrète la fin des idéologies, où les anciennes idoles (la Science, le Progrès, le Peuple) semblent déchues, M. Gauchet propose donc une extraordinaire plongée dans l’histoire politique des deux derniers siècles – au point de livrer, à sa façon, une théorie de la démocratie et une nouvelle figure de la philosophie de l’histoire. Bien sûr, ce choix n’est pas sans risque. D’un point de vue historique d’abord : le privilège absolu accordé à l’Europe, et en son sein à la France, n’est jamais justifié, et l’on s’interrogera sur l’interprétation étrange ou lacunaire de certains événements historiques : la naissance de l’impérialisme évoquée comme un "suivisme" anglais et allemand au regard du projet français , ou encore l’analyse de la révolution de 1848 lue comme une révolution purement libérale, sans mention des événements de juin, et de l’importance du socialisme, qui fit pourtant trembler Tocqueville. D’un point de vue philosophique ensuite : l’idéalisme méthodologique conduit à faire surgir des acteurs de l’histoire dont on ne voit pas comment ils pourraient s’incarner, des idées prétendument vouées à devenir des forces.

Mais au-delà de cette perspective cavalière sur l’histoire qui conduit à des approximations, à des abstractions ou à des thèses invérifiables,  on retiendra surtout la volonté de placer l’analyse des crises au cœur de la réflexion politique : crise de croissance de la démocratie, crises du libéralisme. C’est par cette théorie des crises que l’auteur distingue implicitement son approche de celle de Pierre Rosanvallon, concurrente dans sa volonté d’expliquer les évolutions contemporaines de la démocratie. Les trois crises diagnostiquées par M. Gauchet marquent chacune à leur façon la fin d’une époque et le commencement d’une autre. Avec la première s’achève l’espoir d’une unification de la condition collective : les trois dimensions de l’autonomie (politique, historique, juridique) sont appelées à coexister dans le "régime mixte" de la modernité ; avec la seconde se perd l’illusion selon laquelle ces versions de l’autonomie pourraient se couler dans le moule de l’unité religieuse, alors qu’elles sont incompatibles. La troisième crise, enfin, conduit à faire le deuil d’un âge d’innocence où l’on pouvait tenir la démocratie pour l’expression spontanée et le couronnement naturel de la liberté des individus. La conclusion de Gauchet n’appelle aucune thérapie miracle ou aucune "rupture" de choc : au fond, la démocratie libérale se dérobe à la prise dès lors que la puissance collective demeure d’un autre ordre que l’indépendance individuelle. Peut-être faudrait-il oser parler alors, après l’extinction du totalitarisme, de la mort du libéralisme comme idéologie – mais nul ne se risquera à une conclusion aussi manifestement contraire à l’évidence historique.

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Donald Richie : Finding the self and losing others

Review of Suzanne Kamata's Losing Kei (Leapfrog Press, 2007), at The Japan Times (09.12.2007) :

Much as I would like to believe in the added levels that such a narrator would provide, I am not sure they are there because the author has kept the heroine very close to the genre pattern for victimized mothers. She hovers at the playground, she hangs outside the boy's window, staring in, like the stock figure in such hankie-friendly melodramas as "Stella Dallas." And very affecting she is.

On the other hand, the writer does not always agree with her character and gives us ways to slip past the persona: "After making miso soup for the first time I felt kind of tired"; in her maternal sorrow she muses about Mel Gibson "one eye patched, soaking with sweat" as he runs toward her; at someone else's wedding "Braham's [sic] wedding march fills our ears." What kind of a narrator is this? Would you trust her?

My advice is, don't. The novel is more interesting when you experience it as the story of an expatriate in the throes of self-creation, trying to decide who she is and making one instructive error after another.

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Vincent Roy : Marcel Proust, un monsieur qui raconte et qui dit "Je"

Revue de Correspondance de Marcel Proust, choix de lettres et présentation par Jérôme Picon, GF Flammarion, 382 p., 8,30 €., au Monde (06.12.2007) :

Dans une lettre qu'il adresse au frère de Léon Blum en 1913, Marcel Proust explique, à propos de la Recherche : "Je ne sais pas si je vous ai dit que ce livre était un roman. Du moins, c'est encore du roman que cela s'écarte le moins. Il y a un monsieur qui raconte et qui dit : Je."

Ce "monsieur", sur bien des points, n'est pas éloigné de celui qui dit "Je" dans la Correspondance - autre gigantesque roman. Ce "monsieur" est encore une création de Proust. C'est-à-dire un personnage, "au sens romanesque" : voici donc le vrai héros de cette Correspondance, son sujet changeant, qui échappe à la situation, franchit le discours et se "diffracte dans le regard de l'écrivain".

"Je ne suis qu'un corps neutre", avertit Proust, qui "décroche de lui-même", comme le démontre Jérôme Picon dans sa brillante présentation d'un choix d'une centaine de lettres de l'auteur de La Prisonnière. Au vrai, ce décrochement prend la forme d'un soliloque : "Il s'agirait de s'écrire pour être lu par d'autres que ceux auxquels on feint de s'adresser", remarque aussi Jérôme Picon. De quoi nous parle-t-on ici ? De littérature. Voilà la seule obsession de Proust, dont les lettres portent une parole qui vise, exactement, ce que la littérature exige : elles ne sont pas seulement "un miroir tendu où se figurer sous la forme de mots, mais un relais de cette vision" qui trouve, au-delà du destinataire avéré, "son véritable public".

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Robert Maggiori : Cités du mépris

Revue de Robert Castel, La Discrimination négative, Seuil, «la République des idées», 140 pp., 11,50 euros, à Libération (06.12.2007) :

Ghettos. Pour montrer que «la banlieue comme marge s’inscrit pleinement dans la question sociale contemporaine, en même temps qu’elle la dramatise en lui donnant une connotation ethnoraciale qui la discrimine négativement», il restitue les données historiques, sociologiques ou urbanistiques qui expliquent le passage de «la cité radieuse», projetée dès la fin du XIXe siècle, aux «grands ensembles», à la «cité-dortoir», aux «zones à urbaniser en priorité» (ZUP) et aux «barres». Les cités ne sont pas encore des ghettos, mais le deviennent sous la poussée conjointe de «vecteurs de paupérisation et d’ethnicisation», dont les effets sont, d’un côté, l’émergence de «lieux de relégation» accueillant les catégories sociales les plus défavorisées et, de l’autre, l’apparition d’une «mixité sociale» réduite à un «mixage de populations» rapprochées par une même origine ethnique et «accumulant les handicaps en matière de ressources économiques, de rapport au travail et de capacités à assurer elles-mêmes leur indépendance sociale».

La cité illustre ce que Castel a appelé ailleurs la «fin de la société salariale», un modèle de société qui, même s’il ne garantissait en rien la fin des inégalités, assurait du moins à l’ensemble de la population une «protection de base», un travail à peu près stable et des ressources permettant de ne pas vivre à la journée - un modèle qui décline même au «centre» de la société et qui, dans ses «marges», n’existe plus.

Aussi la violence des jeunes de banlieues peut-elle s’alimenter - si l’on fait abstraction des nombreux facteurs qui nourrissent la haine des forces de police et d’autres symboles de l’autorité de l’Etat, y compris scolaires - au sentiment d’«exil intérieur»«les conduit à vivre en négatif, sous la forme de promesses non tenues, leur rapport aux opportunités et aux valeurs qu’est censée incarner la société française», et ce d’autant plus que ces opportunités se raréfient lorsque le développement économique stagne, et sont inégalement distribuées selon des critères discriminatoires prenant en compte le nom, le lieu d’habitation, l’appartenance ethnique, la confession religieuse et autres. Il y aurait bien une solution : «Travailler plus pour gagner plus.» Slogan qu’on entend bien dans les banlieues, où le taux de chômage dépasse l’entendement, où domine le précariat et où un emploi est donné difficilement au «citoyen français issu de l’immigration».

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Florian Coulmas : Japanese intellectual crosscurrents

Review of Takeyama Michio, The Scars of War : Tokyo During World War II, edited and translated by Richard H. Minear, Rowman & Littlefield, at The Japan Times (02.12.2007) :

Rather, it is the tension between high regard and disdain that gives this essay its acumen. Takeyama is genuinely puzzled and tries to come to grips with the fact that a country that in the past had produced the most sublime statements of European humanism and enlightenment was sinking into barbarity.

In his analysis, which anticipates ideas German philosophers Max Horkheimer und Theodor W. Adorno put forth after the war in "The Dialectics of Enlightenment," Germany epitomized the problems of modern man. Alluding to a poem by Goethe, Takeyama writes that "like the sorcerer's apprentice, modern man seems unable now to control the spirit he himself called up and set to work; instead, controlled by it, he is being destroyed."

Similarly, nationalism, in his diagnosis, once played a positive role in Europe, but turned into "state absolutism" in Germany — and Japan, one might add. For developments in Germany were of interest to Takeyama in their own right and because of its role as a model and political ally of Japan.

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Cécilie Champy : Une histoire des cocus

Revue de Maurice Daumas, Au bonheur des mâles. Adultère et cocuage à la Renaissance 1400-1650, Armand Colin, à nonfinction.fr (29.11.2007) :

Pourquoi les hommes de la Renaissance avaient-ils si peur d’être cocus ? De Rabelais à Montaigne, en passant par les innombrables histoires de cocuage que l’on trouve dans la littérature de divertissement, les fabliaux et les nouvelles - dont les recueils les plus célèbres sont pour la période ceux de Boccace et de Marguerite de Navarre - il n’est question que de maris trompés par des célibataires sans scrupules, prêts à tout pour leur prendre de gré ou de force leur femme, voire leur fortune. Partant de ce constat, l’auteur cherche à comprendre les raisons de cette peur qui semble avoir obnubilé les maris à la fin du Moyen-Age et à l’aube des Temps Modernes. L’ambition de Maurice Daumas est de s’intéresser à la fois à la réalité de l’adultère dans la France de la première modernité et à sa représentation dans la culture orale, telle que nous la connaissons à travers les sources judiciaires et les enquêtes menées par les historiens sur les rituels festifs et dans la littérature de divertissement, celles des nouvelles de Boccace, de Marguerite de Navarre ou de Noël du Fail.

En introduction de son ouvrage l’auteur souligne le paradoxe qui existe entre la réalité de l’adultère et sa représentation. Dans les faits, l’adultère constitue un des péchés les plus graves aux yeux de l’Église – dans la Bible, deux des dix commandements le condamnent – comme de la société - l’adultère, et principalement l’adultère féminin, est perçu par les juristes et les moralistes des Temps modernes comme la racine du "désordre des familles" qui menace la stabilité d’un État alors en pleine affirmation. Dans les représentations orales, écrites ou figurées de l’adultère au contraire, ce péché sacrilège prend soit le visage comique et bon enfant du "cocuage", une situation matière à d’innombrables contes gaillards voire paillards, soit celui d’un jeu de société dans la littérature courtoise, où l’amour du chevalier pour la dame ne peut se développer qu’en dehors du mariage. Il existe donc selon Maurice Daumas une "énigme du cocuage" que l’auteur se propose d’éclairer dans son ouvrage en montrant pourquoi mais surtout comment les hommes et les femmes de la Renaissance furent amenés à se jouer d’un péché sévèrement réprouvé, puisqu’à l’époque il faut encore parler d’adultère, terme qui suppose une faute et non pas d’infidélité, terme qui n’implique plus de condamnation morale et est usité à partir de l’époque de la "transition sexuelle" évoquée par Maurice Daumas en conclusion du livre.

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Pascale Fautrier : Qui a peur d’Emma Bovary ?

Revue de Jacques Rancière, Politique de la Littérature, Galilée, 2007, à Fabula Acta (02.12.2007) :

« Comment organise-t-on la perception de son monde dans un espace donné, comment relie-t-on une expérience sensible à des modes d’interprétation intelligibles » : voilà comment Jacques Rancière formule la problématique centrale de son œuvre, celle du partage du sensible.

Il précise que ses recherches ont débouché sur une double « théorisation de la politique en termes de conflits entre des mondes perceptibles, et de l’esthétique en termes de rupture sensible : c’est-à-dire de définition d’un champ d’expérience en rupture avec les autres champs d’expérience ».

Dans son dernier livre, Politique de la littérature, le philosophe propose de penser la distance entre la « scène politique démocratique » et la « littérature » comme « régime nouveau d’identification de l’art d’écrire » né en France vers 1802 avec le texte inaugural de Mme de Staël : De la littérature (1802).

Issue de la Révolution française, la littérature relèverait d’un autre « partage du sensible » que la « parole démocratique » inventée par les orateurs révolutionnaires. Elle aurait sa politique propre telle qu’elle n’a pas cours sur la scène démocratique.

Nous verrons que c’est dans son rapport à la vérité et à la connaissance — au sujet de la connaissance — que la littérature à la fois se noue à et se disjoint du politique.

Mais avant de définir avec Rancière ce qu’est cette politique de la littérature, il faut préciser ce que le philosophe entend par politique et par littérature.

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Patrick Kéchichian : Maurice Blanchot, une voix claire en temps troubles

Revue de Maurice Blanchot, Chroniques littéraires du "Journal des débats" avril 1941-août 1944 (Gallimard), au Monde (29.11.2007) :

Blanchot ne se dérobe pas. Il réfléchit en écrivant, évolue, se conteste implicitement lui-même. Parfois un trait du passé transparaît, mais la plupart du temps, c'est le risque de penser qui s'exprime. Il ne déserte son époque, même si la tentation du désespoir existe. Cette époque, il la pense avec une autonomie farouche, affirmant la dignité et la liberté de la littérature. Même si, en même temps, il juge cette dignité dérisoire, impuissante. Ainsi, semaine après semaine, à propos d'auteurs anciens - de Dante et Rabelais à Montesquieu, de Sainte-Beuve à Huysmans et Bloy - ou des nombreux livres formant l'actualité éditoriale, Blanchot accomplit superbement sa tâche critique. Il n'est pas de plus belle leçon de littérature que celle qui consone avec un tel "temps de détresse".

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Pierre-Jean Rémy sur Le soleil se couche à Nippori de Jean Pérol

Du Nouvel Observateur (26.11.2007) :

Ex-communiste revenu de tout, le héros de ce «Soleil» a vu l’horreur et connu la rédemption. L’horreur, pour lui l’amoureux du Japon, ce sont les enfants du Japon, les 300 000 Chinois – et surtout Chinoises, les violées, les éventrées – tués à Nankin en quelques jours en 1937, comme les aviateurs américains passés au fil de l’épée, après même la capitulation du Japon. Mais la rédemption, ce sont quelques histoires d’amour, une histoire d’amour et la fin de cette histoire d’amour, les cendres de la femme aimée dispersées dans tous les lieux qui furent ceux de l’amour.

 

Il y a du bruit et de la fureur dans ce gros livre-là, qu’on aurait voulu voir caracoler en tête de cette rentrée littéraire où l’on nous parle d’abondance de si vieux jeunes gens, quand à 75 ans Jean Pérol est un si jeune auteur dont on a le sentiment de découvrir un époustouflant premier roman.

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Philippe Lançon : Céline et la «vache matière»

Revue de Louis-Ferdinand Céline, Lettres à Marie Canavaggia 1936-1960 (édition établie et annotée par Jean-Paul Louis, Gallimard, 752 pp., 39 €) et David Alliot, L’Affaire Louis-Ferdinand Céline. Les archives de l’ambassade de France à Copenhague 1945-1951 (Horay, 183 pp., 20 €), à Libération (29.11.2007) :.

«Lanterne sourde». Mais on ne lit pas les lettres de Céline pour les croire ou s’en indigner. On les écoute. Ce sont d’abord des expériences musicales, de petites notes rapides, joyeuses et surprenantes qui font descendre et monter les tristes portées de la condition humaine. Les romans sont des concertos, des symphonies ; les lettres, c’est sa musique de chambre.

Ses trois entretiens télévisés de 1957, 1958 et 1961 donnent le mode d’emploi de l’orchestre. Ils sont réunis dans deux DVD avec l’excellent film que réalisèrent sur lui en 1975 Michel Polac et Yannick Bellon. Un enregistrement sonore permet enfin de l’entendre lisant des passages de Nord. Céline, lui demande-t-on en 1958, écrivez-vous pour communiquer votre expérience ? «Monsieur, ça m’est bien égal. L’expérience est une lanterne sourde qui n’éclaire que celui qui la porte. Par conséquent ça ne peut pas servir aux autres…» Il répond sans regarder, ou en regardant son perroquet, d’une voix douce, précieuse, marmonnante, une voix d’aristocrate légèrement ironique, légèrement populaire, minaudant la modestie, poussant sa délicatesse vers les hauteurs. Pour communiquer l’émotion, alors ? «La faire tenir au papier.»

 

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François Thomas : Comprendre plutôt que communiquer

Revue de Denis Thouard, Le partage des idées. Etudes sur la forme de la philosophie (CNRS), à nonfiction.com (21.11.2007) :

Le philosophe est en quête d’une vérité qu’il n’est jamais assuré de posséder tout à fait. Mais dès lors qu’il communique sa pensée, celle-ci risque toujours de se figer, dans des formules ou des dogmes. L’élan de la pensée retombe et celle-ci peut devenir prisonnière des mots qui la disent. C’est pourquoi la question de la forme et du langage de la philosophie est essentielle. Le choix d’une forme par un auteur, loin d’être un simple souci littéraire, "engage le sort de sa pensée comme pensée partagée."

La preuve en est la très grande variété des formes utilisées dans l’histoire de la philosophie. Les attitudes des philosophes se rangent selon deux grandes tendances, entre d’un côté la volonté optimiste de faire partager sa pensée, et de l’autre l’exigence d’un effort plus ou moins grand de la part du lecteur pour comprendre. D’une part une pensée qui se veut claire et compréhensible par tous, mais qui court le risque de la simplification et du catéchisme ; et de l’autre une pensée qui prend le parti de l’hermétisme et s’expose à la tentation de n’être plus que poésie voire mysticisme.

C’est cette problématique qu’aborde l’ouvrage de D. Thouard - directeur de recherche au CNRS, spécialiste de philosophie allemande et notamment de la tradition herméneutique - à partir d’études consacrées aux Lumières ainsi qu’au romantisme et à l’idéalisme allemand.

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Stephen Mansfield : Tales of Meiji love, lust and drinking tea

Review of Kawaguchi Matsutaro, Mistress Oriku : Stories from a Tokyo Teahouse (Tuttle), at The Japan Times (25.11.2007) :

During the middle to late years of the Meiji Era, factories, cement works and commercial shipyards began to spring up like noxious mushrooms along the embankments of Tokyo's Sumida River. Despite the smokestacks and coal skulls spilling soot into a river where fishermen had until recently drawn water to brew their tea, an exquisite culture of taste was still possible along its eastern banks.

The best teahouses served as venues for the powerful and wealthy, hosting statesmen, business elites, and industrialists. Restaurants and teahouses also played a key role in the cultural life of the city, developing carefully nurtured affinities with the world of kabuki actors, bunraku puppet masters, koto performers, the better off gidayu chanters, and the idly elegant. One of the most celebrated of these establishments was Mistress Oriku's Shigure Teahouse in Mukojima.

In Kawaguchi's novel, structured around a series of linked stories, we learn the degree of Oriku's roots in the capital's floating world, having been sold into a Yoshiwara brothel at the age of 18. Rejecting the flesh trade, she rebuilds her life at 40 with the construction of the Shigure Teahouse, an establishment as historically real as Kawaguchi's main character. The enterprise gives her a new lease on life and love. Atypical of her age, she frankly admits that "there are times when I want a man, and at my age I see no reason not to indulge myself." Urbane in matters pertaining to the arts and popular entertainment, Oriku's straightforwardness sweeps away the stifling proprieties that thwart female desire.

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Robert Maggiori : Leopardi épistolaire

Revue de Giacomo Leopardi, Correspondance générale (Allia), à Libération (22.11.2007) :

Dès lors on pourrait croire que la Correspondance n’est qu’une annexe qui permettrait de préciser certains points biographiques, de mieux comprendre l’œuvre poétique, morale et philosophique, en ce que «le regard quotidien» que Leopardi porte sur les «limites douloureuses de sa propre condition», comme l’écrit Antonio Prete, s’accompagne du dialogue avec le monde. Et, grâce aux missives qu’il reçoit des lettrés de l’époque, de l’écoute des «formes du savoir et de l’élan de la connaissance». Mais elle est bien plus que cela : un des plus beaux livres de la littérature italienne. Le Zibaldone est le «laboratoire» de l’œuvre de Leopardi : la Correspondance le lieu de l’alchimie, où, arrachés à la vie, les matériaux bruts des blessures et des enthousiasmes, des illusions et des espoirs, des combats, des résignations et des errances sont thésaurisés avant d’être distillés, purs, dans l’œuvre poétique.

La Correspondance est ce qui se rapproche le plus de cette «Histoire de l’âme» que Leopardi évoque dans une lettre de mars 1829 – un «roman» qu’il n’écrira jamais, et qui eût retracé «les vicissitudes intérieures d’une âme née noble et tendre, de ses premiers souvenirs à sa mort». Une âme tellement désireuse d’une existence «vraie» qu’elle parvint surtout, de l’existence, à goûter les douleurs et à en faire les diamants de ses Chants. De Rome, Giacomo écrit à son frère Carlo : «Aime-moi, par Dieu. J’ai besoin d’amour, d’amour, d’amour, de feu, d’enthousiasme, de vie, le monde ne me semble pas fait pour moi.»

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David Schiff : In Our Orbit

Review of Edward Said, Music at the Limits (Columbia), at The Nation (26.11.2007 Issue) :

In all of Said's criticism, his highest term of praise is "intelligence." This habit, like music critic Charles Rosen's similar privileging of "wit," can at times just seem like an advertisement for the intelligence or wit of the critic. But in selecting Gould as his döppelganger, Said scrutinized the terms of Gould's intellectual stance as well as his own. In a piece published in Vanity Fair in 1983, he described Gould's style just as Gould had once described Sibelius--"passionate but antisensual." In later articles Said sets forth the full terms of Gould's mind/body problem, the way his intelligence depended not just on his decision to remove himself from the concert hall to the safer realm of the recording studio but also on his alienation from his own body, which as a hypochondriac he seemed to view mainly as a source of weakness.

For Said, Gould performed "at the limit where music, rationality, and the physical incarnation of both in the performer's fingers come together." Said's own complex understanding of the relation between criticism and performance, theory and praxis, allows his criticism to transcend his impulse to divide performers and listeners into smart nerds and dumb jocks--which, come to think of it, was the way he viewed our humanities class. Although all the essays exhibit a stylistic elegance to which other critics can only aspire, I think the longer pieces, such as an essay on Fidelio and a review of Charles Rosen's The Romantic Generation, are the most rewarding, because they give Said ample room to develop ideas; by the time he reaches the conclusion that "the uniqueness of Fidelio is that it arises, so to speak, in the heroic element of his middle period but ends up as herald of last works," every nuance of this summation has been carefully interrogated. Music criticism may have been Said's avocation, but I think that even his occasional pieces will reward rereadings for many years to come.

In relation of Said and Gould.

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Bertrand Mialaret sur Mo Yan

De Rue89 (21.11.2007) :

Torrent rabelaisien, grande puissance d’évocation et de création d’atmosphère, tels sont les qualités des grands romans de Mo Yan qui ne dédaignent pas le sordide ou la vulgarité. Parfois la composition est si complexe ("Beaux seins ,belles fesses") que le traducteur américain, Howard Goldblatt pratiqua avec l’accord de l’auteur coupures et réorganisation de chapitres! Mo Yan, qui est membre du parti communiste chinois, a toujours lutté pour son indépendance et ses démêlés avec la censure démontrent l’absurdité de celle –ci: "Le pays de l’alcool", son roman le plus dévastateur sur la corruption des cadres n’a pas été interdit! Après avoir obtenu un prix, "Beaux seins, belles fesses" a été interdit puis publié à nouveau sans coupures. A l’intérieur du système, ce colonel de l’armée populaire de libération, reste un homme libre.

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Dumitra Baron : L’altérité, modes d’emploi

Revue de L’autre de l’œuvre, sous la direction de Yoshikazu Nakaji, Paris, Presses Universitaires de Vincennes, coll. « L’Imaginaire du texte », 2007, 363 p., à Fabula Acta (14.11.2007) :

Les articles réunis dans ce volume ont été présentés lors de la « troisième rencontre triangulaire des Universités de Paris 8, de Genève et de Tokyo, qui eut lieu du 13 au 15 novembre 2003 sur le campus Hongo de l'Université de Tokyo » et prolongent les deux rencontres précédentes « Le Temps des œuvres  : mémoire et préfiguration » (Paris 8, 1999)1 et « L'œuvre illimitée » (Genève, 2001) (p. 6). L'ouvrage se veut une discussion animée sur l'identité de l'œuvre en fonction de ce qui lui est autre : du point de vue de la création et de la réception, des transformations d'une œuvre à l'autre et des éléments caractéristiques. Nous observons en même temps la richesse des contributions qui relèvent non seulement du domaine littéraire, mais aussi du domaine de la philosophie, du cinéma, de l'opéra ou de l'histoire. Il faut mentionner aussi le fait que les articles portent sur différentes époques (du XVIe siècle jusqu'au XXe siècles), ce qui indique la pertinence et l'ampleur de ce thème. Les trois volets autour desquels s'organise l'ouvrage sont : « L'œuvre et son dehors », « L'œuvre en son devenir » et « L'autre dans l'œuvre ».

Dans l'Avant-propos, Yoshikazu Nakaji énonce les principaux axes du volume (l'altérité extérieure — le « dehors » de l'œuvre, l'altérité intérieure — le « devenir » de l'œuvre et l'altérité que l'œuvre représente – l'autre dans/de l'œuvre) et argumente le choix d'un tel thème de recherche : « Quelles relèvent de la linguistique, de l'intertextualité ou de la réception, les réflexion théoriques modernes ont au moins la vertu de nous apprendre, parfois par leur excès même, à aborder avec plus de prudence et de pertinence les questions de l'auteur et de l'œuvre » (p. 5).

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Entretien avec Patrice Locmant

Sur son livre, J.-K. Huysmans le forçat de la vie (Bartillat, 2007), au Mague (14.11.2007) :

Thierry de Fages : Votre livre s’intitule « J.-K Huysmans Le forçat de la vie ». Pourquoi ce titre ?

Patrice Locmant : L’expression « forçat de la vie » est de Huysmans lui-même. C’est ainsi qu’il désigne, dans son roman à rebours, le personnage de des Esseintes, esthète et dandy décadent, sorte de double romanesque de Huysmans lui-même.

L’expression convient, me semble-t-il, parfaitement à Huysmans, ce pessimiste névrosé qui n’a eu de cesse, sa vie durant, de vivre à rebours de son époque, en marge de ses contemporains, de se débattre avec son siècle qu’il condamnait pour sa vulgarité, tout en conservant toujours cependant une lueur d’espoir, un sens élevé de l’Absolu (esthétique comme religieux), une croyance en l’Idéal, au sens baudelairien du terme.

Thierry de Fages : Tout commence en 1848 au 11 rue Suger (Paris), lieu de naissance de l’écrivain. Quel est l’environnement familial et social du jeune Huysmans ?

Patrice Locmant : Huysmans se présente lui-même comme l’amalgame improbable « d’un parisien raffiné et d’un peintre de la Hollande ». Son père, émigré hollandais exerçait à Paris la profession d’artiste lithographe, s’adonnant, à ses heures perdues, à la peinture, à laquelle il vouait une vraie et sincère passion. Très jeune il initia son fils à la peinture. Celle des clairs-obscurs de la peinture hollandaise ; celle vivante et intimiste des œuvres de la peinture flamande.

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Mark Schreiber : Serial slayer's victims dressed to be killed

Review of Qiu Xiaolong, Red Mandarin Dress (Minotaur), at The Japan Times (18.11.2007) :

In the latest saga of Police Chief Inspector Chen Cao, Shanghai is abuzz over the shocking murder of a young woman, whose suffocated corpse is found in a public place clad in a red qipao (pronounced CHEE-pow), as "mandarin dress" (aka cheongsam) is called in standard Chinese.

The victim had worked at a mundane job in a cheap hotel and spent the rest of her time caring for her enfeebled father, a former cadre during the "Great Proletarian Cultural Revolution" launched in 1966, when hordes of youthful radicals were mobilized to purge Chinese socialism of reformist elements.

When an identically clad victim appears at another location, it's clear a serial killer is at work.

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Interviw with Jonah Lehrer

Jonah Lehrer talks about his latest book, Proust Was a Neuroscientist (Houghton Mifflin), at Bostonist (13.11.2007).

The actions of these authors, painters, and chefs seem very deliberate in their approach to art, as if they went into their work with a specific theory in mind. But how can you know for sure that's how, say, Virginia Woolf approached her work?

That was an easy one because she loved her diary. That was one of the things that surprised me while writing the book was just how rigorous all these artists were, how seriously they took their own art. George Eliot said her novels were a set of experiments in life. Whitman read brain textbooks of the day and then would write poetry. All these artists took their art very, very seriously. They didn't think they were writing pretty things or beautiful things or making something entertaining or diverting. They thought they were expressing something important, something true about human nature and the human condition. And that's something that surprised me. I don't think we see art in the terms that Virginia Woolf saw her art anymore.

Regarding the diaries, especially the Proust chapter, did you ever think that maybe the artists' theories were formulated in hindsight?

I tried not to do too much psychoanalysis. I'd be the last person to be able to tease out Virginia Woolf's true motivations or what Proust was really up to. I tried to begin with the work itself and tried not to spend too much time trying to parse apart their deeper motives and their deeper messages. I just tried to begin with To the Lighthouse or In Search of Lost Time (Remembrance of Things Past) or Song of Myself, and try to take that and interpret that and flesh out the chapters with biographical details. I tried to make the centerpiece of each chapter the thing itself, the painting or the symphony, or in Escoffier's case, the cookbook. Obviously, the work of art is inseparable from the person behind it. I try to only bring in biographical details where it was relevant. I talk about Virginia Woolf's mental illness, which she talks about a lot in her diary, but I talk about it in context of how it informed the work of art, how that led her to be more introspective about her own life. She's always watching out for symptoms of madness. That informed her very methodical interpretation of her own brain.

How and when did you start developing your interdisciplinary approach?

It was born of indecision. I was a double major in college. I loved novels and neuroscience. I couldn't pick one. I was lucky enough to work in a great neuroscience lab for several years and had great mentors. There's lots of down time in a neuroscience lab. You're always waiting for an experiment to finish, so I'd bring in novels to read. I was assigned Proust for a literature class. We only had to read Swann's Way, but I really got swept away by the soap opera of it. It's really good melodrama at its core, a love story. So I spent a few months reading Proust while waiting for an experiment to finish, and that's when I first had the idea that Proust had anticipated my experiment with memory. The lab I worked at was studying the chemistry of memory, what happens to the brain when you make a memory. I began reading Proust and couldn't help but see connections to what I was doing in the lab.

Also see Jenny Davidson, "Misreading Minds", at Bookforum (Sep/Oct/Nov), Barbara Probst Solomon, "À La Recherche Du Thé Perdu", at The NY Sun (14.11.2007), and Mike Pride, "Concord writer stirs science with art", at Concord Monitor (06.11.2007).

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David Kamp : Woody Talks

Review of three books by Woody Allen : Conversations with Woody Allen (Knopf), Mere Anarchy (Random House), and The Insanity Defense (Random House), at The NY Times (18.11.2007) :

Not only does Woody Allen profess not to care one whit about his legacy as a filmmaker; he’s also fashioned some choice Woodyisms on the topic. Here’s one: “I’m a firm believer that when you’re dead, naming a street after you doesn’t help your metabolism.” Here’s another: “Rather than live on in the hearts and minds of my fellow man, I’d prefer to live on in my apartment.”

Point taken, maestro. This is the Woody we’ve come to know well: the godless, affectless, clarinet-tootling, awards-ceremony-shunning workaholic who will give neither himself nor his audience the satisfaction of sitting back and taking pleasure in his achievements. (The working title of his most acclaimed film, “Annie Hall,” was “Anhedonia,” meaning the inability to experience pleasure.)

Would it be churlish, though, to suggest that Allen is being a tad disingenuous? For if he really were indifferent to his legacy, then why would he sanction the publication of a hefty book called “Conversations With Woody Allen,” and why would he have sat for hours and hours of new interviews with Eric Lax, the man who wrote a quasi-authorized biography of him 16 years ago?

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Unknown Deleuze

COLLAPSE Volume III : Unknown Deleuze is available, from Urbanomic (18.09.2007) :

The volume includes two newly-translated articles by Gilles Deleuze along with contributions from Arnaud Villani, Thomas Duzer, Quentin Meillassoux, John Sellars, Éric Alliez & Jean-Claude Bonne, Haswell & Hecker, Robin Mackay, Mehrdad Iravanian, J.-H. Rosny the Elder, Graham Harman, Iain Hamilton Grant and Ray Brassier.

For anyone wanting to go right to the core of Deleuzian philosophy and to experience the challenge of Deleuze's thought, the articles collected in Collapse III will provide a virtually inexhaustible treasury of insights. As the featured authors shed light on this challenge from different points of view, they produce unexpected points of convergence, providing important resources for a more complete conceptual 'portrait' of Deleuze, and suggesting further lines of thought to be investigated. For anyone looking for an alternative to the emerging orthodoxy seemingly bent on broadcasting an 'image of Deleuzian thought', Collapse III provides a wide-ranging but uniformly rigorous and innovative survey of Gilles Deleuze's thought, and an illustration of the fact that, even if it is already fashionable to evoke a 'post-Deleuzian' era, we have not yet begun to draw the properly philosophical consequences of this thought.

Via Continental Philosophy (15.11.2007).

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Robert Solé : Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, ces écrans qui changent le monde

Revue de Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, L'Ecran global (Seuil), au Monde (15.11.2007) :

Savaient-ils, les frères Lumière, ce qu'ils allaient provoquer ? Pouvaient-ils même l'imaginer ? L'invention du cinéma, dans les années 1890, n'a pas seulement donné naissance à un septième art : elle a changé notre manière de voir le monde et, peu à peu, notre façon de vivre. Car les images animées, prises en charge par l'électronique, ont tout bouleversé. De l'écran-spectacle des salles obscures, nous sommes passés à l'écran à domicile (la télévision), puis à l'écran à tout faire, l'écran total. Cette "véritable révolution copernicienne" est analysée par le philosophe-sociologue Gilles Lipovetsky et un spécialiste du cinéma, Jean Serroy, dans un livre très riche, qui nous fait mesurer l'incroyable chemin parcouru en quelques décennies.

Les deux auteurs n'ont cependant pu s'empêcher d'écrire... deux livres. Ils nous offrent, à la fois, une passionnante histoire du cinéma et une plongée très instructive dans "l'écranosphère". Leur tendance à tout ramener au septième art donne un caractère un peu artificiel à l'ouvrage. Les nouveaux modes de vie, qu'ils décrivent de manière concrète et pertinente, ne vont-ils pas bien au-delà de "l'esprit cinéma" ? Entre les films en Technicolor d'hier et l'électronique omniprésente d'aujourd'hui, n'est-on pas passé à autre chose ?

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Lynn Barber : The hasty genius of Noël Coward

Review of The Letters of Noël Coward (ed. by Barry Day, Knopf, November 2007), at Telegraph (12.11.2007) :

In 1949, Noël Coward wrote to his childhood friend Esme Wynne, who was trying to get him to find God:

"My philosophy is as simple as ever. I love smoking, drinking, moderate sexual intercourse on a diminishing scale, reading and writing (not arithmetic). I have a selfless absorption in the well-being and achievements of Noël Coward… In spite of my unregenerate spiritual attitude, I am jolly kind to everybody and still attentive and devoted to my dear old Mother."

This seems a fair appraisal. His kindness is much in evidence in his letters, as well as his devotion to his mother, but he remained resolutely "shallow" and unwilling to be drawn on serious topics.

T E Lawrence, who corresponded with him for a while, concluded that he was "not deep but remarkable. A hasty kind of genius."

But "a hasty kind of genius" is exactly what you need to write good letters, and Coward was a brilliant correspondent.

 

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Fabrice Bourlez : La morale d’état civil conduit-elle le savoir au musée de la pensée?

Revue de François Dosse, Deleuze et Guattari, biographie croisée (La Découverte), à nonfiction.fr (14.11.2007) :

Avec le livre de Dosse, cette nouvelle génération de philosophes apprendra qu’il ne faut pas sous-estimer la présence du travail de Guattari dans les livres qu’il cosigne avec Deleuze. Dosse traverse en effet l’ensemble des ouvrages des deux auteurs pour montrer comment chacun a contribué à sa façon à l’élaboration d’un nouveau savoir. Toutefois, pareil constat relève de l’évidence pour tout lecteur un peu rigoureux, jeune ou vieux, des œuvres de Deleuze et de Guattari. De plus, est-il bien nécessaire de savoir que Deleuze redoutait les fous ou que Guattari était plutôt coureur de jupons pour mieux saisir l’importance de la schyzo-analyse ou du concept de n-sexes ? Ajoutées à la rapide traversée des ouvrages de chaque auteur, les données personnelles qu’on glane dans l’ouvrage de Dosse ne risquent-elles pas de conduire à justifier l’œuvre de Deleuze-Guattari d’un point de vue strictement psychologique en parfaite contradiction avec tous leurs efforts théoriques? Du coup, la porte ne s’ouvre-t-elle à une série d’explications abusives ? Un exemple parmi d’autre : l’absence de la notion d’angoisse ou de pulsion de mort chez Deleuze proviendrait de la trace qu’a laissé en lui le décès de son frère…

Dans ces conditions, on dira plutôt qu’avec le livre de Dosse, les jeunes philosophes d’aujourd’hui et ceux de demain parviendront peut-être à mieux saisir le climat parisien des années 60-70-80. Cependant, il faut bien admettre que le traitement thématique qu’a adopté Dosse dans sa rédaction (d’abord le rapport à la psychanalyse, puis à la politique, puis au social, puis à l’université, puis à l’art, puis à l’international, puis…) et l’alternance entre l’histoire de Guattari et celle de Deleuze impliquent un constant va-et-vient temporel qui aboutit moins à l’effet d’une pliure baroque qu’il ne brouille la perception et la distinction des faits caractérisant chaque décennie. En tout cas, le livre de Dosse a au moins le mérite d’essayer d’expliquer l’histoire de la relation privée entre les deux hommes comme un événement qui serait le fruit d’une époque et dont les résonances sont encore tout à fait actuelles. Mais, alors que l’un des principaux intérêts de l’œuvre deleuzo-guattarienne réside justement dans les devenir que ne cessent d’ouvrir leurs travaux aux générations à venir, on ne peut que regretter la rapidité (voire le "zapping" ?, : une quinzaine de pages, seulement) avec lequel Dosse traite l’actualité de Deleuze et Guattari.

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Peter Gay, Modernism

Tim Rutten reviews Peter Gay, Modernism : The Lure of Heresy (Norton, November 2007), at The LA Times (14.11.2007) :

A great medievalist once remarked that, in the end, Byzantine civilization failed because it was merely ingenious rather than original. Thanks to what we now call modernism, that can't be said of the Euro-American culture that has dominated the world for the last two centuries.

Peter Gay is perhaps our leading historian of culture and ideas, and in "Modernism: The Lure of Heresy: From Baudelaire to Beckett and Beyond," he sets himself an interesting -- personally felt -- task. It is not, as he writes in his introduction, to give a comprehensive history of the movement. Rather, Gay undertakes a reconstruction of modernism's origins in the lives and work of various seminal artists -- Charles Baudelaire, Oscar Wilde, Claude Monet, Paul Cézanne, their supporters and friends. Then he moves through a series of essay-like chapters devoted to modernism's workings in each of the arts -- painting, sculpture, literature, music, dance, architecture and so on.

Gay, who has undergone formal psychoanalytic training, is a leading, though undogmatic, practitioner of what has come to be called psychohistory -- and Sigmund Freud's shadow lies across many of these essays. He is a generally helpful presence because Gay, as his subtitle suggests, convincingly locates the modernist impulse in the talented individual's struggle against convention and orthodoxy. This focus on the protean artist makes broad descriptions difficult, since, as Gay points out, "Whatever cultural symptoms of modernism we explore, the particular threatens to overpower the general." Still, he maintains, modernism "produced a fresh way of seeing society and the artist's role in it, a fresh way of valuing works of culture and their makers. In short, what I am calling the modernist style was a climate of thought, feeling and opinion."

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Sylvain Santi, Georges Bataille, à l’extrémité fuyante de la poésie

Reuve de Sylvain Santi, Georges Bataille, à l’extrémité fuyante de la poésie (Faux titre, 2007), par Maud Gouttefangeas, à Fabula Acta (11.11.2007) :

Quelle est cette poésie souveraine si méfiante à l’égard de l’image et de ces traitements surréalistes ? L’écriture automatique peut-elle ne rester que pure dépense, sans jamais tomber dans les nécessités d’une nouvelle rhétorique ? sans non plus faire les frais du monisme absolu auquel conduisent les jeux d’analogies des poètes surréalistes ?  Bataille refuse la perspective unitaire ; il rejette aussi toute herméneutique : l’image n’est plus traitée comme un « signe ascendant » mais bien comme mise en présence de la « matière basse », surgissement du sacré. Dans cette recherche de l’intensité de la présence, l’expression se dépouille, se « retranche1 », ne requérant plus d’images mais une simple monstration qui fait basculer dans le monde sacré.

Or, le « sacré ne peut être une chose. Seul l’instant est sacré, qui n’est rien (n’est pas une chose)2. » C’est là l’événement poétique où se révèle la nature fuyante de la poésie qui ignore toute stabilité subjective pour s’échapper sans cesse dans un pur mouvement, un dé-chaînement qui suit la voie ouverte par l’écriture automatique. Une telle pratique d’écriture participe d’un acte sacrificiel en détruisant le sujet et l’objet pour n’être que vision instantanée.

Un tel spectacle, qui mène à la pure dépense, aboutit donc à une mise à mort. L’image poétique conduit à la nuit. Cette ruine de toute représentation que J. Kristeva présentait comme « fiction souveraine3 », il est possible de la déceler dans la poésie qui ouvre à l’impossible, à l’absence de sens en prenant pour objet « ce qui est ».

 

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Peter Williams : What's late about late Brahms?

Review of three books on Brahms, Margaret Notley, Lateness and Brahms (Oxford), Inge van Rij, Brahms's Song Collection (Cambridge), and Barbara Owen, The Organ Music of Johannes Brahms (Oxford), at TLS (07.11.2007) :

These three volumes prompt thoughts again on what it is to write scholarly books on music, especially difficult today when university departments have to struggle on two fronts. On the one hand, they need to keep “classical music” alive in an age when cultural chit-chat constantly interferes with it, and when young musicians, barely able to harmonize a scale on the piano, are wizards at composing electronically. On the other hand, musicologists heavily influenced by literary theory, particularly in American universities, still find themselves having to face up to music’s ageless incorrigibility, and the fact that it is more than a sociopolitical manifestation. Indeed, how does one write about it? Notley’s solution is to discuss previous authors’ ideas about “lateness”, to sketch in aspects of Viennese society (including its anti-Semitism) and to discuss other relevant music. These general matters are interspersed with lengthy technical-analytical details about Brahms’s fondness for certain kinds of counterpoint, similarities between themes, grammatical rules, types of adagio, etc. But the deep link between culture and music is not as apparent as Notley assumes it to be; moreover, the technical detail itself seems to me not very advanced, and derived from passive, partial reading rather than experience “from the inside” of as much music as possible.

Van Rij’s survey of the songs is rather more straightforward. It tends to look at concepts (musical organicism) and people (Schlegel, Coleridge) as if they haven’t been looked at before, but a certain freshness results. Again, I am not convinced by the handling of technical details, such as the illustrations of “harmonic ambiguity”, or thematic similarities, or those effects the author calls “chromatic” and “Neapolitan”. More importantly, I am not sure that in considering what a song-cycle ought to mean she has properly acknowledged a basic fact of musical life: that composers will do almost anything to have their music performed, whether in sets, cycles, one-offs, or pieces that are transcribed, transposed, put in one order, and then another.

Just as Notley draws on other authors of Brahms’s time and her own, so van Rij draws on a “graphic artist”, Max Klinger, to whom Brahms dedicated his final set, the wonderful Four Serious Songs. But was there really in Klinger’s nightmarishly erotic and mythological images something that matched Brahms’s “increasingly dark songs of maturity”? Anything more than a certain heavy density, common to so much artistic production of the period? If there is anything in Klinger that can truly be shown to be relevant to Brahms’s conceptions – the way, for instance, so many of his works move from “sorrow to comfort” (the Requiem, the First and Third Symphonies) – well, I don’t see it. And is there not a risk that for readers of the book, performances of the late Clarinet Quintet will for evermore bring to mind Klinger’s horrible drawings?

Owen’s answer to the problem of writing about music is more traditional and practical. She discusses the pieces one by one, the personnel (not many people know that Clara Schumann pumped organ bellows for Robert) and organs from Brahms’s early days in Hamburg to late on in Vienna, and she offers advice on performance. Other composers, including Leipzig’s Reger and Gloucester’s Parry, are neatly involved. It would be a pity if readers took one look at the book’s lists of organ stops and thought the book had nothing to say to them about Brahms. Such books on music are becoming increasingly rare, at least at this level,so vulnerable has the (tiny) market become to cultural theory.

Aimez-vous Brahms ?

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Stephen Mansfield : Trapped between borders

Review of Richard Humphries, Frontier Mosaic : Voices from the Lands in Between, Orchid Press, 2007, 180 pp., $29.95 (paper), at The Japan Times (11.11.2007) :

"A man on a motorbike comes by and we then follow him through the streets of Mae Sot." So begins one of the narrative vignettes from "Frontier Mosaic." Based on extensive travel along both sides of the Thai-Burma (Myanmar) frontier and exhaustive research abroad, this new study is both social testimony and reportage on what it means to be trappe