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Simon Chemama : De Beckett à Césaire, l'abécédaire

Revue de Mrie-Claude Hubert, Le Nouveau Théâtre, 1950-1968 (Honoré Champion), à nonfiction.fr (21.05.2008) :

Un catalogue un peu terne

Mettons tout de suite les choses au clair : cet ouvrage n’est pas un essai. En aucun sens du terme. C’est un aboutissement, fruit d’un travail de lecture, de documentation, de classement très impressionnant. Et c’est un catalogue, un catalogue très complet certes, mais qui propose peu d’analyses nouvelles et dont la progression même n’est guère stimulante.

Il fait partie de la collection "Dictionnaires et références", qui propose des ouvrages sérieux, analytiques et qui prétendent à l’exhaustivité. Il se conçoit avant tout comme un outil de travail. Très utile pour le professeur de lettres qui a besoin de repères précis ou d’idées de pièces à faire étudier. Pour l’étudiant, qui se fera une bonne vision d’ensemble du sujet. Pour l’historien, qui y trouvera aussi matière à réflexion.

C’est une vulgarisation très sérieuse, suivant ce schéma : présentation d’un auteur, énumération de ses pièces dans l’ordre chronologique de leur année de création à la scène, avec un résumé de l’action, des indications concernant la mise en scène et le bilan des critiques qui avaient été données dans les grands quotidiens et revues spécialisées de l’époque.

Mais est-ce tout ce que l’on peut demander à un tel ouvrage ? D’une part, si l’on découvre les goûts du public et de la presse, l’analyse sociologique n’est pas développée. Ce que dira Lemarchand ou Sandier de la nouvelle mise en scène d’une pièce de l’auteur x par Maréchal ou Barsacq, on finit par le deviner avant de le lire. Reste qu’on sourit parfois, en retrouvant ça et là les critiques de J.-J. Gauthier, qui adore les boulevards et dit pis que pendre de Fin de partie de Beckett, ou du Balcon de Genet (sa hantise du sale, de la souillure, mériterait une séance de psychanalyse). D’autre part, les résumés des pièces occupent bien les deux tiers du volume. On devrait se poser la question de leur nécessité à l’heure d’Internet ; car ils seront sans doute bientôt accessibles sur Wikipedia par exemple…

Ce livre, nous répondra-t-on, agence de façon pertinente les présentations des auteurs et des pièces. Certes. Mais …

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Rachida El Mala : Stendhal, un désir de cinéma

Revue de Laurent Jullier & Guillaume Soulez, Stendhal. Le désir de cinéma.
Suivi des Privilèges du 10 avril 1840 de Stendhal,
Paris, Séguier, 2006, à Fabula Acta (21.05.2008) :

En avril 1840, Stendhal écrit les Privilèges : un texte déroutant, destiné à rester inédit et composé de vingt trois articles qui rêvent pour le « privilégié » une série pouvoirs surnaturels. « À travers ces étranges rêveries de toute-puissance », font valoir les deux auteurs du présent ouvrage, « se lit une sorte de préfiguration des pouvoirs du dispositif cinématographique qui sera mis au point cinquante ans plus tard. Comment ce désir de cinéma entre-t-il en résonance avec le réalisme si particulier de Stendhal, souvent illustré par le travelling imaginaire du « miroir que l'on promène le long d'un chemin » dans Le Rouge et le Noir ? ». Comme l’indique la quatrième de couverture encore, les deux éditeurs ont cherché à décrire « l'effet sur Stendhal de la « transformation du spectateur » en ce début du XIXe siècle, avec l'apparition des nouvelles « machines à images ». Ils reviennent sur sa théorie de « la sensation », en particulier à l'aune des recherches contemporaines sur les expériences de pensée et les modes possibles. Pourquoi ce « montage des reflets » auquel se livre Stendhal nous apparaît-il aujourd'hui comme quelque chose de cinématographique ?

Dans un premier chapitre de ce livre, L. Jullier et G. Soulez précisent que le désir de cinéma n’équivaut pas à la prescience miraculeuse d’une invention future qui révolutionnera après la disparition de Stendhal le rapport au réel d’une grande partie de l’humanité.

Ce désir, on le retrouve chez des écrivains contemporains de l’invention du cinéma, comme Marcel Proust, ou de sa maturité et même de sa modernité — les deux auteurs se réfèrent à Roland Barthes, chez qui la fréquentation des salles obscures n’épuise pas le désir en question.

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Robert Maggiori : Grand écart parallactique

Revue de Slavoj Zižek, La Parallax (Fayard), à Libération (22.05.2008) :

On le sait : un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. Parfois, il manque un mot, et tout est désorganisé. Ou, à l’inverse : un mot vient (une notion, un concept), et tout fait corps autour de lui, les parties disjointes s’attirent, les bouts de sens éparpillés se connectent. Prenez parallaxe. Si l’on n’est point féru d’astronomie, d’optique ou de mathématiques, on a du mal à comprendre même les définitions du dictionnaire : «Angle maximum sous lequel on verrait du centre d’une étoile un rayon de l’orbite terrestre», «différence algébrique des abscisses ou des ordonnées»… Mais le mot est chic, et, quel que soit son sens scientifique, évoque peu ou prou l’idée de modification, de changement (apparent) d’un objet observé quand l’observateur change de place. Aussi peut-on le métaphoriser ou le déterritorialiser. Admettons que ce ne soit pas une étoile qu’on regarde, mais, par exemple, «la réalité» ou «la conscience», et que l’observateur ne soit pas un astronome mais d’abord Platon, puis Descartes, Kant, Hegel, Marx ou Heidegger… L’écart parallactique permettrait de reconstituer un arc de l’histoire de la philosophie. Et si l’étoile observée était «la réalité selon Descartes», ou Kant, ou la physique quantique, «l’inconscient selon Freud», «le cerveau selon la neurobiologie», «l’événement selon Badiou», le matérialisme, la démocratie, le communisme, la liberté… quel observateur serait apte à «changer de place» pour produire les plus fins effets de parallaxe ? Aucun doute : Slavoj Zižek.

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Interview with Slavoj Zižek

Eric Aeschimann's reportage,  "Zižek l’axe slovène", at Libération (22.05.2008) :

A la chute du communisme, le petit groupe est très proche du Parti libéral démocrate, qui gouverne le pays jusqu’en 2003. «Dans tous les ex-pays de l’Est, le champ politique s’est organisé en deux blocs : la droite nationaliste et les ex-communistes», résume Zižek, qui sera même candidat à une élection nationale sous l’étiquette PLD. «Ici, le PLD a fait une politique libérale centre gauche, non nationaliste, qui a servi de parapluie à de nombreuses innovations.» En 1996, à l’occasion du cinquième anniversaire de l’indépendance, le groupe d’artistes «Nouvel art slovène» organise une vraie-fausse cérémonie patriotique, avec un philosophe déguisé en boucher. Zižek en rit encore : «Ça a été un scandale. L’archevêque est parti au milieu. Puis le PLD a changé, il y a eu la corruption, c’est devenu un parti comme un autre.»

Le philosophe a soutenu l’indépendance de son pays, l’adhésion à l’Europe, le traité constitutionnel. Il déteste le nationalisme de droite et les bons sentiments de gauche. «Quand on me demande quel est le meilleur moyen de lutter contre le racisme, je réponds : les blagues racistes.» Contre le relativisme des cultural studies américaines, il s’entête à croire à l’universel. «Même si l’égalité abstraite finit dans la terreur, elle contient un noyau authentique.» A côté de Lacan, son autre grand homme est Hegel, dont il retient la définition de l’être comme «négativité» : «On devient sujet quand on est privé de toute substance, quand on vous prend tout ce que vous êtes.» Snobé en France, Hegel est très lu à Ljubljana. «Nous nous réclamons du rationalisme et nous pensons que, même s’il n’y a pas de vérité ultime, ça ne veut pas dire que tout est relatif», résume la philosophe Alenka Zupancic, une proche.

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Catherine Munroe Hottes : Tomoyasu Murata and Company

From Midnight Eye (17.05.2008) :

Murata's stop motion work, paintings and pastels tend to have a rather melancholic theme. The My Road series - Scarlet Road (2002), White Road (2003), Indigo Road (2006), and the most recent instalment Lemon Road (2008) - can be read as meditations on loss and mourning. These poetic films tell their story through motif, character expression, music and montage and require repeated viewing for one to absorb the subtly evoked layers of meaning. Perhaps the only flaw with the use of music in these claymation films is that over-sentimentality occasionally rears its head.

Murata's other animation ranges from lyrical mixed media work like Winter Rainbows (2005) and Nuance (2006) to comical cel animation like the Sakadachi-kun films, which feature a small boy running about on his hands. Sakadachi-kun reminds me of the fourth section of Donald Richie's experimental film Five Filosophical Fables (1967) in which a man wanders through Tokyo walking on his hands. This sense of humour is also apparent in Murata's manga work, installations and mixed media art. For example, he has a series of photographs of people in which their heads have been obscured by blobs, and some of his installations also include large white blobs.

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Colin Maunoury : La chute en avant

Revue de James Gavin, La longue nuit de Chet Baker (trad. Franck Médion, Denoël), à nonfiction.fr (20.05.2008) :

Chet Baker est un refuge. Sa vie semble être une chute que tout le monde aime contempler ; suscitant à la fois envie et soulagement. Assister à la chute des autres rassure ; si l’on est en position de voir les autres tomber, c’est qu’on ne tombe pas soi-même.

La Longue Nuit de Chet Baker raconte en détail cette chute, ces minuscules plates-formes de vide auxquelles Baker tenta de s’accrocher, tout en étant toujours conscient qu’il était immanquablement attiré vers le bas. Parce qu’on lui a promis trop vite les sommets, Baker n’a pu que souffrir d’un vertige génial, qui est devenu de moins en moins présent sous le regard attristé puis atterré des témoins de sa vie, à mesure que le drogué prenait le pas sur le musicien.

The English original, The Deep in a Dream, was published by Knopf, 2002.

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Gabriel Tarde, Les lois de l'imitation

Ecco. Merci à l'Université de Doshisha.

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Marie Martin : Quand le cinéma illustre la philosophie

Revue de Olivier Pourriol, Cinéphilo (Hachette Litterature), à nonfiction. fr (19.05.2008) :

Il ne faut attendre de ce nouveau livre d’Ollivier Pourriol aucune révélation à propos de Descartes ou Spinoza, les auteurs dont il entreprend d’exposer la philosophie. Ce n’est pas non plus une entreprise comparable à l’édition des cours de Gilles Deleuze : l’exigence n’est pas la même, là puissantes analyses au travail, ici vulgarisation des systèmes des deux penseurs du grand siècle. Ollivier Pourriol conçoit son ouvrage comme un hommage rendu aux passeurs de philosophie qu’ont été Alain et ses propres maîtres. Sa défense et illustration de l’enseignement de la philosophie explique le cours paisible de l’ouvrage, son refus du jargon et de tout ce qui pourrait sembler causer difficulté dans la compréhension de pensées dont il ne minore pas les points névralgiques mais s’attache à les dénouer peu à peu. Il faut transmettre le savoir et améliorer encore le coefficient de pénétration de la philosophie dans des esprits. Et quel meilleur moyen pour faire comprendre une idée qu’un exemple tiré du plus grand réservoir commun d’images ? Le parti pris apparemment lumineux est donc de confronter tel ou tel aspect des textes (Les Méditations Métaphysiques, Le Traité des passions, L’Ethique) – ou, comme le dit le sous-titre du livre, "les plus belles questions de la philosophie" – au grand écran : classiques contemporains, blockbusters attractifs et quelques raretés (Le Jardin de Celibidache, de Serge Ioan Celibidache, et My Architect, de Nathaniel Kahn) voisinent selon le principe d’apprentissage qui commande d’aller du connu vers l’inconnu. On entre dans le système spinoziste en suivant Forrest Gump ou un moine de La 36e Chambre de Shaolin, on comprend la nécessité du doute cartésien radical et hyperbolique en revoyant Matrix. Le plan du livre, la progression des idées, le meilleur moyen de les présenter et de les appareiller aux exemples cinématographiques les plus parlants ont été mûrement réfléchis : c’est un des principaux mérites du livre, qui se lit très agréablement, avec un souci constant d’accessibilité.

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Eran Dorfman : Jacob Rogozinski, Le Moi et la Chair

Revue de Jacob Rogozinski, Le Moi et la Chair, Éditions du Cerf, 2006, à Fabula Acta (17.05.2008) :

Je ne voulais qu’essayer de vivre ce qui spontanément voulait surgir de moi. Pourquoi était-ce si difficile ?, dit l’exergue de Demian, roman de Hermann Hesse paru en 1919. Presque quatre-vingt-dix ans plus tard, après Foucault, après Lacan, cette question nous semble naïve, déplacée, presque enfantine. Comment peut-on parler aujourd’hui sérieusement d’un moi spontané et authentique ? Et pourtant, c’est justement à ce moi qu’il faut aujourd’hui retourner, annonce Jacob Rogozinski dès la première page de son remarquable livre, Le moi et la chair.

J’ai dit « un moi spontané et authentique ». Mais c’est là qu’il faut préciser, car le moi auquel Rogozinski se propose de retourner est loin d’être un moi pur, isolé, ou encore irréfléchi. Ainsi, Rogozinski nous livre une analyse détaillée des grands « égicides » du vingtième siècle, Heidegger et Lacan. Mais la force de ces analyse vient justement de ceci que le moi ne peut se ressusciter qu’à travers ses assassins. Pour revenir au moi, il fallait, semble-t-il, s’attarder sur les tentatives de le nier, de le tuer, car ces tentatives, cette crise et cette menace permanente, font partie du moi même.

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Interview with Oe Kenzaburo

Onishi Norimitsu's report at The NY Times (17.05.2008).

The title of the novel he's now writing is Death by Water, in T.S. Eliot's Waste Land. Eliot was an anti-semitist... Does it not matter to him ?

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