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Wednesday, 02 July 2008

Lucille Lisack : L'espace de l'écoute

Revue de Antoine Hennion, La Passion musicale (Métailié), à nonfiction.fr (26.06.2008) :

Après cette histoire des rapports entre la sociologie et l’art, Antoine Hennion met en œuvre sa théorie de la médiation à partir de plusieurs exemples. Cette deuxième partie s’appuie surtout sur l’analyse du renouveau baroque et de la querelle entre "baroqueux" et modernistes, analyse qui figurait au début de l’ouvrage dans sa première édition. La réinterprétation baroque est pour le sociologue une véritable "expérience de laboratoire en vraie grandeur". Il y voit le "repeuplement du monde de la musique" par l’ensemble des médiations musicales : sensibilité, gestes, son, interprètes, goût du public. Au lieu d’interpréter en termes de vérité et d’erreur la résistance des modernistes qui préfèrent "jouer ce qu’ils veulent entendre" contre l’évidence des recherches musicologiques, l’auteur prend leur "mauvaise foi", en insistant plus sur "foi" que sur "mauvaise", comme témoin d’un processus de fabrication du goût – et, dans le cas du baroque, de déconstruction d’un goût remplacé par un autre. Antoine Hennion insère ici une "ethnographie d’une classe de solfège" absente de la première édition. On change d’échelle, pour s’intéresser non plus à la construction historique d’un goût, mais à l’éducation des enfants à l’écoute via une foule de médiateurs, détours nécessaires de l’enseignement.

Toute la fin de la deuxième partie est principalement consacrée à trois médiums : les instruments, les partitions et les disques. En scrutant le rôle des médiateurs, l’auteur défait l’évidence d’une musique-objet visible, tangible, pour analyser les mécanismes de cette "transformation d’un courant d’air en statue". À partir de ces trois médiums et des querelles entre partisans des uns et partisans des autres, Hennion reconsidère les oppositions entre les différentes musiques, en s’attachant plus particulièrement à la musique contemporaine, à la musique populaire commerciale, au rock et à la musique classique. Il dégage ainsi des continuités et redéfinit les différences en se fondant sur les médiums privilégiés par chaque musique. Il s’agit de "montrer qu’on peut parler des musiques, non pas directement à travers une essence esthétique ou une authenticité sociale, mais à travers la façon dont elles dénoncent certains intermédiaires et en promeuvent d’autres". L’opposition entre variétés et classique est remplacée par deux "axes" au sens mathématique, définissant un espace où l’on peut placer les éléments réels des diverses musiques : l’axe de la "musique objet" ou "musique-pour-la-musique" et celui de la "musique-relation" ou "musique-pour-le-public". Mais à ce modèle statique des deux axes est préféré le modèle dynamique d’une oscillation entre "un modèle où les éléments, les points à relier [la musique et le public] sont premiers, et leurs relations secondes, et un modèle où au contraire les relations font les éléments qu’elles relient. […] Le même espace est vu tantôt comme un ensemble de points, tantôt comme un ensemble de relations."

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