Jacques Mandelbaum : La jeunesse séditieuse du cinéaste Nagisa Oshima
Revue des DVD d'Ôshima Nagisa (Carlotta Films) au Monde (03.07.2008) :
Les quatre premiers - Une ville d'amour et d'espoir (1959), Contes cruels de la jeunesse (1960), L'Enterrement du soleil (1960), Nuit et brouillard au Japon (1960) - sont réalisés dans le cadre des augustes studios Shochiku et sonnent, par leur virulence, les débuts en fanfare de la Nouvelle Vague nippone. Le cinquième, Les Plaisirs de la chair (1965), est produit par la société qu'Oshima a créée à la suite de sa démission de la Shochiku et consomme sa rupture avec un système cinématographique, mais aussi avec un modèle de société, que ses films n'ont cessé de stigmatiser.
Les quatre premiers films, réalisés par un cinéaste qui n'a pas 30 ans, montrent la face sombre d'une société exaltée par le miracle économique. Un adolescent fait survivre sa famille par des expédients (Une ville d'amour et d'espoir), un jeune couple subit la déchéance morale et physique d'un milieu qui l'entraîne vers le bas (Contes cruels de la jeunesse), le petit peuple des bas-fonds d'Osaka s'entre-dévore dans la turpitude et le désespoir (L'Enterrement du soleil), des étudiants se déchirent lors d'un mariage incarnant l'espoir révolutionnaire déchu (Nuit et brouillard au Japon). Les Plaisirs de la chair, histoire d'un assassin amoureux qui verse par dépit dans la débauche et le nihilisme, inaugure enfin le motif du désir sexuel comme instrument de transgression politique.
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