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Friday, 04 July 2008

Catherine Halpern : La méthode ? Un détail

Revue de Giorgio Agamben, Signatura rerum. Sur la méthode (Vrin),à Libération (03.07.2008) :

«Vie nue». Signatura rerum prend la forme d’un triptyque autour de trois concepts : le paradigme, la signature, l’archéologie. Centraux, les paradigmes que met à jour Agamben n’ont pas une vocation simplement historique, ils entendent éclairer une réalité politique présente. Quand le philosophe italien fait du camp de concentration le paradigme biopolitique de l’Occident, ou de l’état d’exception le paradigme du gouvernement, il n’entend pas donner une explication historique de la modernité, exhiber une cause ou une origine. Le paradigme vise à «rendre intelligible une série de phénomènes, dont la parenté avait échappé ou pouvait échapper au regard de l’historien». Il est un objet à la fois singulier et exemplaire qui éclaire un ensemble tout en le constituant. La connaissance que le paradigme procure fonctionne de manière analogique, donnant à comprendre le singulier par le singulier.

Pour autant, précise Agamben, il n’est pas une simple construction intellectuelle, il s’enracine dans la nature des choses. Nulle part peut-être plus que dans le camp de concentration, ce no man’s land où l’humain est réduit à sa vie biologique, a été rendue visible la «vie nue», devenue sujet du pouvoir. Car le camp de concentration n’éclaire pas seulement les camps de réfugiés ou Guantanamo : il donne à voir le triomphe de la biopolitique aujourd’hui, la politisation de la vie dans nos Etats modernes.

Giorgio Agamben partage avec Michel Foucault le même souci du présent : sa réflexion plonge dans l’histoire, certes, mais toujours pour comprendre un ici et un maintenant qui dérobe son vrai visage. L’«archéologie philosophique» ne recherche pas l’origine, mais le «point de surgissement» d’un phénomène. Elle permet en réalité «d’accéder pour la première fois au présent». «L’archè vers laquelle recule l’archéologie ne doit être aucunement entendue comme un donné localisable dans une chronologie […] ; elle est plutôt une force agissante dans l’histoire.» Ainsi, l’enfant dans la psychanalyse ne constitue-t-il pas un simple passé : il est ce qui continue d’agir dans la vie psychique de l’adulte et de lui donner sens. L’indo-européen que les linguistes ont reconstitué à partir de comparaisons renvoie-t-il à une langue ayant existé en tant que telle dans le passé ? Il apparaît plutôt comme un «algorithme» établissant un système de correspondances entre les langues historiques ; il opère en elles au présent.

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