Interview with Gianni Vattimo
On Hegel at Le Monde (30.04.2008) :
Quelle est la place de Hegel et de sa pensée dans votre propre itinéraire philosophique ?
Gianni Vattimo : Je me suis formé dans le climat intellectuel italien de l'après-guerre : à l'époque, le discours dominant était qu'il fallait sortir de l'hégélianisme, surtout du courant influencé par les philosophes Benedetto Croce et Giovanni Gentile. Dès la fin des années 1930, les maîtres italiens les plus avertis avaient commencé à s'intéresser attentivement à l'existentialisme. Deux des tout premiers existentialistes italiens - Luigi Pareyson et Nicola Abbagnano - enseignaient à Turin : en s'appuyant sur différents points de vue, ils reprenaient principalement le cours de Kierkegaard, incluant les thèmes de sa polémique anti-hégélienne. Aussi, je peux dire que j'ai rencontré Hegel dès le début de ma formation philosophique. Et naturellement, dans un sens plutôt négatif, même si ma sympathie pour la pensée politique marxiste et l'admiration que je vouais à quelques grands représentants de cette école - comme Georg Lukacs et Ernst Bloch - m'invitaient à ne pas tenir Hegel à l'écart : Hegel a toujours été pour moi une référence incontournable.
Puis, au fil du temps, après m'être familiarisé avec la littérature philosophique, il m'est apparu de plus en plus clairement qu'il était impossible de sortir de l'hégélianisme ; pour reprendre la formule de Marx, Hegel ne pouvait être considéré comme "un chien crevé"... Bon nombre des arguments éthiques que Kierkegaard avait dirigés contre Hegel me semblaient en quelque sorte "inhérents" à son système. Par la suite, l'enseignement du philosophe allemand Hans Georg Gadamer, ainsi que de l'herméneutique d'origine heideggerienne, a eu une influence décisive sur ma relation à Hegel : dire que l'expérience de la vérité est toujours une "interprétation", c'est-à-dire la lecture du fait à la lumière d'un horizon historique, cela signifie que l'on reconnaît la vérité de l'historicité hégélienne ; et cela même si l'on ne suit pas Hegel jusque dans sa doctrine du "savoir absolu". En d'autres termes, Hegel a raison, sauf lorsqu'il théorise qu'il existe une ligne d'arrivée définitive du savoir.
Aujourd'hui, je me sens et je me professe comme un hégélien "modéré" : à mon sens, le chemin de l'émancipation doit être pensé comme une "spiritualisation" de plus en plus complète du monde. Autrement dit, comme un développement progressif des mondes symboliques, y compris des langages de sciences expérimentales qui dépouillent le "réel" de son immédiateté brute et l'élèvent à un niveau plus humain.
「Philosophy 03」カテゴリの記事
- Interview with Bernard Sichère(2008.07.18)
- Roger-Pol Droit : "Humanisme et terreur"(2008.07.18)
- Robert Maggiori : Muchas Gracián (2008.07.11)
- Interview with Michel Onfray(2008.07.11)
- Catherine Halpern : La méthode ? Un détail (2008.07.04)

Comments