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Antoine de Baecque : L'éthique de la représentation

Revue de Jean-Michel Frodon (dir.), Le cinéma et la Shoah. Un art à l’épreuve de la tragédie du 20e siècle (Cahiers du cinéma), à nonfiction.fr (11.03.2008) :

L’ouvrage dirigé par Jean-Michel Frodon, actuel directeur des Cahiers du cinéma, est l’aboutissement de trois années de séminaires, programme initié lors de la préparation des célébrations du 60e anniversaire de l’ouverture d’Auschwitz, le 27 janvier 2005. On retrouve dans l’organisation du livre les traces de ces rencontres, puisque des textes assez différents dans leur statut et leur objet, présentés selon leur thématique ou la géographie du cinéma qu’ils proposent, y côtoient un entretien avec Claude Lanzmann et une longue "conversation" entre six intervenants (les historiennes Sylvie Lindeperg et Annette Wieviorka, la philosophe Marie-José Mondzain, le cinéaste Arnaud Desplechin, les critiques Jacques Mandelbaum et Jean-Michel Frodon), enregistrée au Moulin d’Andé, en Normandie, point d’orgue de ce travail collectif. A ces entrées un peu disparates, forcément inégales, s’ajoutent de fort précieux éléments documentaires, bibliographiques et filmographiques, ainsi qu’une quarantaine de pages de "ressources" très stimulantes : de multiples photogrammes tirés de films parfois rares, parfois attendus mais souvent surprenants.

Le principal est évidemment de trouver dans ce livre collectif les outils qui permettent de reconstituer une perception des manières dont un événement historique comme la Shoah a marqué le siècle de son empreinte. Mais, surtout, a contribué à modifier en profondeur nos modes de perception et de représentation de l’histoire, à travers le cinéma. Car le cinéma permet de poser et de reposer la question de la représentation possible de la Shoah. D’abord, il est un outil documentaire qui a joué un rôle décisif dans la construction du savoir sur cette période. Il a également tenu sa place dans la diffusion nécessaire des formes les plus traumatisantes de l’événement. C’est ainsi en grande partie grâce au cinéma que les procès de Nuremberg ont rencontré un large retentissement, premier événement du genre à faire un usage si massif de l’art nouveau, aussi bien comme preuve que comme vecteur pédagogique. Ensuite, le cinéma est un dispositif de fiction qui, à propos de la représentation de la Shoah, a très vite interrogé l’art dans son fondement éthique : pouvait-on représenter l’extermination, l’archiver visuellement, en témoigner, la reconstituer ? C’est au croisement de ces deux problématiques que se tiennent la plupart des textes ici réunis. La part "documentaire" est sans doute la plus connue et la moins surprenante. Ce sont donc les textes qui s’arrêtent délibérément sur la part fictionnelle qui m’ont semblé les plus intéressants, notamment ceux de Jacques Mandelbaum sur la résurgence de certaines images de la Shoah dans les films de fiction européens, et de Bill Krohn sur quelques films peu connus hollywoodiens qui n’ont pas hésité, dès l’époque, à déplacer leur décor vers les camps de concentration.

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