« L’Éclipse (1828) | Main | Google: no ads and compact »

Ecofrictions Japon : croissance ou égalité ?

Par Philippe Pons au Monde (30.11.2006).

La mondialisation, qui fait peser une forte pression sur les salaires du bas de l'échelle, dans tous les pays développés, creuse les inégalités. Jusqu'où est-ce tolérable ? Faut-il choisir entre la croissance et l'égalité ?

Le Japon se pose la question. Le pays a retrouvé un solide taux d'expansion (autour de 2,8 % l'an), après une décennie perdue de déflation. Il a même battu en novembre son record de croissance depuis 1945, avec 58 mois consécutifs de hausse du produit intérieur brut (PIB).

Mais ce rebond s'est accompagné de fortes disparités. La proportion d'emplois temporaires est montée jusqu'à un tiers de la main-d'oeuvre, en particulier chez les jeunes et les femmes. Le pays s'est longtemps pensé comme une vaste classe moyenne intégrée. L'évolution, si elle devait perdurer, voire s'amplifier, menace la stabilité sociale.

Afin de soutenir la reprise et de favoriser les investissements, le gouvernement que dirige Shinzo Abe envisage une réduction des impôts sur les entreprises. Le comité fiscal placé auprès du premier ministre les estime plus élevés qu'en Europe et en Asie. Leur taux serait ramené de 40 à 30 %.

Ce projet a déclenché le débat. Cheval de bataille de l'opposition, la montée des inégalités commence à préoccuper le parti Komei (centriste), partenaire des libéraux-démocrates dans la coalition gouvernementale au pouvoir.

Son nouveau président, Akihiro Ota, s'est déclaré "sceptique" devant la presse étrangère à Tokyo sur l'opportunité de réduire les impôts sur les entreprises "alors que les citoyens doivent supporter une charge fiscale supplémentaire". M. Ota a posé le problème qui taraude la société : privilégier les hommes ou les bénéfices des entreprises ?

Le gouvernement minimise la montée des inégalités. Il veut y voir un " effet statistique" du vieillissement. Ce n'est que partiellement vrai. Selon les sondages, 80 % des Japonais constatent dans leur vie quotidienne des inégalités croissantes, alors que la couverture sociale a été réduite par la politique d'austérité budgétaire.

Le parti Komei n'est pas hostile au principe d'une réforme de la fiscalité des entreprises, mais fait valoir qu'il faut distinguer les petites et moyennes qui ont besoin d'oxygène des plus grandes engrangeant des bénéfices records. Il souligne en outre la nécessité pour ces dernières de cesser de donner la priorité dans leur politique d'embauche aux contrats à durée déterminée, qui aggravent la précarité.

Les élections sénatoriales de l'été 2007 s'annoncent mal pour les libéraux-démocrates. Ils devront ménager leur allié Komei, placé sous la pression de sa base électorale, qui est composée de petites gens victimes de la montée des inégalités.

|

Economics」カテゴリの記事

Politics 02」カテゴリの記事

Comments

Post a comment




Comments are moderated, and will not appear on this weblog until the author has approved them.