Roger-Pol Droit : Gilbert Lascault, "au royaume du visible joyeux"

Revue de Gilbert Lascault, Ecrits timides sur le visible (Editions du Félin) et Figurées, défigurées. Petit vocabulaire de la féminité représentée, avec préface de Mikel Dufrenne (Editions du Félin), au Monde (15.05.2008) :

Qu'on ne s'y trompe pas. Avec l'air de ne pas y toucher, Gilbert Lascault, né en 1934 à Strasbourg, agrégé de philosophie en 1960, a fabriqué une oeuvre considérable. Par son volume : 9 livres d'esthétique, dont une thèse devenue classique, Le Monstre dans l'art occidental (Klincksieck, 1973, rééd. 2004), qui s'ouvre par cette phrase d'Henri Michaux : "Le poste d'expert en monstres est le premier des postes subalternes." A quoi il convient d'ajouter 29 monographies consacrées à des artistes contemporains et pas moins de 14 fictions, depuis Un monde miné (Bourgois, 1974) jusqu'à Galaxies amoureuses (Le Passage, 2004) qui propose de nouvelles figures fantastiques de féminité à rapprocher de Figurées, défigurées. On devrait en outre mentionner 84 commentaires fictionnels, 230 textes de catalogues, 122 participations à des ouvrages collectifs, et de très nombreux articles de presse ou émissions de radio.

Cette oeuvre est considérable aussi, et surtout, en singularité. Insoucieux des hiérarchies, indifférent aux notoriétés, vraies ou fausses, Gilbert Lascault explore ce qu'il appelle "le royaume du visible joyeux" avec une sorte de gourmandise tenace, tour à tour apeurée et tranquille. Dira-t-on qu'il choisit les marges ? Il n'est pas le seul : "Les artistes et les écrivains examinent les bords. Ils sont contrebandiers, passeurs, nautoniers. Ce sont eux (par exemple, Pierre Alechinsky) qui mettent en évidence les lisières, les franges, les margelles d'un puits, les rivages, les berges, les plages, les banlieues, les périphéries, les démarcations. Les frontières sont des zones de traversée, de joie et de crainte, de risque et de vertige. Il faut cheminer en évitant les douaniers, la police des occupants, les chiens."

A moins qu'il ne s'agisse aussi de se frayer un chemin entre la parole et le silence. Ou bien entre l'éclatante vérité des philosophes et le mutisme des choses. Ou encore entre le désir d'écrire et celui de se cacher. "Ai-je ou non envie de ne rien dire ?", interroge une page des Ecrits timides sur le visible. Ne pouvant répondre de manière assurée, Gilbert Lascault a choisi comme mode de prédilection le conditionnel, mode par excellence de la fiction, des mondes possibles et des histoires supposées. Voilà donc ce qu'il convient de dire : il se glisserait, dans son appartement des alentours de la rue d'Alésia, entre une marionnette sicilienne et un masque du Timor, s'assiérait dans un étrange fauteuil et se mettrait au rêve, comme d'autres se mettent au travail. Ensuite, il écrirait.

 

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Cécilie Champy : L’art européen avant l’Europe, circulations et influences

Revue de Roland Recht, Catherine Périer d’Ieteren et Pascal Griener (dirs.), Le grand atelier, chemins de l'art en Europe (Ve-XVIIIe siècle) (Acte Sud), à nonfiction.fr (15.05.2008) :

Le grand atelier. Chemins de l’art en Europe est le catalogue de l’exposition qui s’est tenue l’automne dernier au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles à l’occasion de la vingt-et-unième édition du festival "europalia.europa", un grand festival culturel destiné à mettre à l’honneur les 27 pays membres de l’Union européenne. Pour célébrer le 50e anniversaire des traités de Rome il s’agissait d’organiser une exposition montrant comment l’espace culturel européen s’est constitué, avant sa mise en forme politique et institutionnelle après 1945. L’Europe, avant d’être une entité politique ou économique, était, pour les Européens du Moyen-Âge et de l’époque moderne, la conscience d’appartenir à une culture commune et le but de cette exposition était de montrer "les chemins de l’art européen" jusqu’au XVIIIe siècle, en 350 œuvres réparties selon 14 thématiques, destinées à mettre en évidence la circulation des œuvres, des artistes et des idées au sein de l’espace européen, mais aussi les influences exercées sur cet espace par les cultures étrangères. Cet ambitieux programme constituait un défi, brillamment relevé par les commissaires de l’exposition, Roland Recht, Catherine Périer d’Ieteren et Pascal Griener.

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Thibaut Chaix-Bryan : Lévinas et Blanchot. Un « entretien infini »

Revue de Levinas Blanchot : penser la différence, Sous la direction d’Éric Hoppenot et Alain Milon, Presses Universitaires de Paris 10, coédition avec les Éditions de l'Unesco, mars 2008, à Fabula Acta (14.05.2008) :

Cet ouvrage de 546 pages, divisé en 7 sections, rassemble les interventions tenues lors du colloque « Lévinas-Blanchot : Penser la différence» qui a eu lieu en novembre 2006 dans le cadre du centenaire Lévinas. Réunissant 62 chercheurs (philosophes, critiques littéraires, chercheurs), cette manifestation a été également inscrite par l’UNESCO dans le cadre de la « Journée mondiale de la philosophie ». Ces réflexions autour du dialogue entre Blanchot, Lévinas et la philosophie, cœur de cet entretien entre les deux penseurs, se poursuit d’ailleurs cette année dans le cadre d’un nouveau colloque (du 13 au 15 mai 2008) organisé par les mêmes organisateurs, Eric Hoppenot et Alain Milon, intitulé « Blanchot et la philosophie ». Une section de ce colloque est d’ailleurs consacrée à Blanchot et Lévinas.

Les différentes communications rassemblées dans cet ouvrage apportent des éclairages nouveaux sur cette filiation dans la mesure où l’objectif de ce colloque était d’analyser davantage les disjonctions entre les deux pensées que leurs points communs. Françoise Collin, une des premières spécialistes de Maurice Blanchot, ouvre ces actes de colloque en développant le lien qui existe entre philosophie et littérature. En montrant d’emblée que philosophie et littérature ont en commun ce corps à corps avec la langue, l’auteure de Maurice Blanchot et la question de l’écriture introduit d’emblée les convergences et les divergences entre la réflexion et l’écriture des deux amis. Ce travail avec la langue, la création d’un texte, est en effet ce qui constitue le cœur de l’amitié de Blanchot et de Lévinas.

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Ovi Magazine features "Me"

Announcement :

What comes to mind when you think of me? Not me, but the theme 'me' because this is what we asked the Ovi team and you can now read their overwhelming response in a 52-page free magazine.

'Me' is Ovi Magazine's 21st theme magazine and you can download the PDF free from our site - no registration or subscription necessary.

Ovi Magazine has also recently celebrated the posting of its 3,000th contribution and we invite you to take a look at the orange corner of the web, with daily articles, columns, opinions, cartoons, poetry and artwork in many languages.

www.ovimagazine.com
Ovi Magazine… we cover every issue.

Please go enjoy the magazine site.

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Sylvain Cypel : Très suspectes photos d'Hiroshima

Quelle erreur ! Bien que la distinction entre ces photos ne peut qu'être ambiguë.

Update 15.05.2008.

L'explication de la Hoover :

Selon la lettre envoyée au Monde par Richard Sousa, son premier directeur adjoint, la Hoover semble se diriger vers un rejet de toute responsabilité dans l'identification erronée de ces photos. Elle affirme s'être contentée d'"indiquer la source comme provenant d'une pellicule trouvée par M. Capp après le bombardement d'Hiroshima. Ces photos ne se trouvent pas sur le site de la Hoover et la décision de les utiliser et de les publier par le professeur Malloy sur son site a été son choix. [Ce dernier] a accepté la déclaration des archives Hoover selon laquelle ces photos provenaient d'un photographe inconnu et a demandé notre assistance pour l'identifier. Ce que nous avons fait rapidement. Toute autre question doit désormais lui être adressée. (...)".

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Eric Nuevo : Au fil des mots et maux du monde contemporain

Revue de François Taillandier, Ce monde-là. Dictionnaire personnel de l'époque (Flammarion), à nonfiction.fr (13.05.2008) :

Au fil de sa chronique hebdomadaire dans le journal L'Humanité, François Taillandier s'est donné pour mission depuis cinq ans, ainsi qu'il l'énonce dans sa préface, "d'augmenter le son" ; mais le son de quoi, précisément ? Celui de notre époque en ce début de XXIe siècle. Augmenter le son : élever le volume de la machine linguistique pour mieux entendre ce que nous raconte notre époque - car elle parle, et mieux, elle nous  parle sans cesse, usant pour cela de tous les stratagèmes imaginables. Et puisque ces moyens divers se multiplient proportionnellement à la vitesse d'évolution des techniques de la communication – télévision, radio, Internet – il s’agit alors de décortiquer les mots, de les comprendre, de les mettre en résonnance avec leur temps, voire d'en inventer de nouveaux qui sauront mieux définir notre époque. La fin (d'une époque) justifie toujours les moyens (linguistiques).

Le sous-titre du livre, Dictionnaire personnel de l'époque, pose le premier jalon du projet de Taillandier : écrire non pas un dictionnaire objectif, universel, mais bien son dictionnaire, un manuel du discours contemporain – et de son absurdité – où  il nous livrerait avec une mordante ironie sa propre interprétation des mots et du langage. Ouvrir ce livre c'est donc, aussi, entrer un peu dans l'esprit de son auteur, en même temps que dans celui de l’époque où nous baignons.

Ingénieux magicien du langage, amoureux des mots et des résonances (Taillandier a récemment consacré un ouvrage à un autre grand jongleur du langage, l’écrivain argentin Borges), l’auteur nous propose un voyage à travers les sens et l’essence des choses. Son analyse au vitriol de la société passe par différentes interprétations du langage courant, que l’on pourrait aisément diviser en trois catégories bien définies : la manière dont notre époque s’adresse à nous au travers de moyens toujours plus insolites ; l’évolution de la langue française au regard des changements politiques, sociaux, économiques de notre société ; et le constat (déprimant) de la disparition de quelques mots, du surgissement de certains autres, ainsi que les glissements sémantiques inévitables que la politique a su employer avec talent.

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Michiko Kakutani : A World of Stories From a Son of Vietnam

Review of Nam Lee, The Boat (Knopf), at The NY Times (13.05.2008) :

The boat in the title story of this remarkable collection is filled with Vietnamese refugees, 200 people squashed into a space meant for 15, going on two weeks at sea, racked by thirst and hunger and illness, their skin blistered by the unrelenting sun on deck, the quarters below awash in vomit and human waste. There is no medicine and little water for the ill; the dead, bundles of skin and bones, are thrown overboard into the shark-infested waters. After days on the boat, Mai, the teenage heroine of this story, realizes that she now understands why her father — who spent five years fighting the Communists and two years in a re-education camp — tried to live on the surface, in the now of the moment, not looking backward or inside:

“Because beneath the surface was either dread or delirium. As more and more bundles were thrown overboard she taught herself not to look — not to think of the bundles as human — she resisted the impulse to identify which families had been depleted. She seized distraction from the immediate things: the weather, the next swallow of water, the ever-forward draw of time.”

This story, like many in “The Boat,” catches people in moments of extremis, confronted by death or loss or terror (or all three) and forced to grapple at the most fundamental level with who they are and what they want or believe. Whether it’s the prospect of dying at sea or being shot by a drug kingpin or losing family members in a war, Nam Le’s people are individuals trapped in the crosshairs of fate, forced to choose whether they will react like deer caught in the headlights, or whether they will find a way to confront or disarm the situation.

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Donald Richie : Brushwork ethereal as the London mists

Review of Yoshio Markino : A Japanese Artist in Edwardian London, revised edition, by Sammy I. Tsunematsu, preface by Ross S. Kilpatrick. London: The Soseki Museum, 2008, 208 pp. ¥1,850 (paper), at The Japan Times (11.05.2008) :

This brush then produced a whole series of watercolor sketches that eventually attracted the attention of the more art-loving inhabitants. Oscar Wilde had just said that the American painter James Whistler had invented London fog — meaning that he was the first to delineate it — and the public had decided that what had been a nuisance was actually an advantage. In Markino was found an artist whose deliquescent drawings perfectly depicted the newfound attractions of London fog.

Later he divulged how he contrived his effects. "I can achieve a very soft color by mixing in oils the strongest primary color with its opponent color . . . I made many other discoveries and was able to achieve some sense of light while trying to draw a silken veil."

These effects found the painter his public. They saw their familiar sights through a new and refreshingly alien eye. Markino went on to paint Oxford and discovered Japanese metaphors — he found the old pavements "cracked like turtle backs" and discovered Oriental color in Occidental England. And when H.G. Wells bought one of his canvases the celebrated author told a friend: "I want to carry London to my Paris flat and this picture is the concentrated essence of London."

This Japanese eye was particularly turned to London's fair sex: "The cherry blossom would be too shy before their complexions. These golden hairs are fairer than chrysanthemum flowers, and the contrast of the dark hair with milk-white complexions is more beautiful than the pear blossom on a moonlight night."

The infatuated artist even changed his name to accommodate his new public. "Markino" is an Anglicization of his Japanese family name. He added the "r" to prevent the English from calling him "Maykino."

Here are some of his paintings and excerpts (ja).

And Sammy I. Tsunematsu's weblog (ja). Mr. Tsunematsu wrote that the book was to be published at the end of January. But I couldn't find it at Amazon.co.jp. How can I get it ?

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Jake Adelstein : This Mob Is Big in Japan

Hope he'll be all right.

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David Orr : Vendler’s Yeats

Review of Helen Vendler, Our Secret Discipline: Yeats and Lyric Form (Harvard University Press), at The NY Times (11.05.2008) :

W. B. Yeats is, of course, one of the Rightest Poets imaginable. Vendler’s new book, Our Secret Discipline: Yeats and Lyric Form (Harvard University Press, $35), is an attempt to explain, as she puts it, “the inner and outer formal choices Yeats made, the cultural significance his forms bore for him,” and “the way his forms ... became the material body of his thoughts and emotions.” That’s no small task: Yeats was a technician’s technician whose massive output is a blizzard of stanza shapes and metrical variations. Fortunately, Vendler relishes the nitty-gritty of douzains and dizains, and the result is a meticulous, enlightening and strangely flawed study that adds plenty to the Yeats canon. If you’re looking for a general introduction to the poet, this isn’t the book for you (it’s 425 pages and drier than chalk dust), but scholars will find years of material here. Vendler’s method is straightforward: each chapter takes up one of Yeats’s potential formal quandaries — the Byzantium poems, the sonnets, the sequences and so forth — and then attempts to determine why and how Yeats made the technical choices that he did, often with helpful reference to biographical or historical facts.

The results can be impressive. Vendler is especially persuasive when tracing the evolution of a poem; one of the book’s first studies is a detailed analysis of “After Long Silence” in which Vendler carefully walks us through Yeats’s development of the poem, in particular the lines “Unfriendly lamplight hid under its shade, / The curtains drawn upon unfriendly night.” She’s also very good at explaining what different forms meant to Yeats. In her discussion of the 12-poem sequence “Supernatural Songs,” for instance, Vendler notes that the sequence ends with a Shakespearean sonnet that seems at odds with the more primitive forms that precede it. But for Yeats, as she explains, the sonnet represents an ultimate refinement of artistic poise, making it the perfect vehicle to reflect the tension between ascetic life and sexual life that animates the entire sequence. It’s an intriguing, well-argued point.

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Nicholas Wroe : The History Man

Interview with David Peace at The Guardian (10.05.2008) :

Peace was born in Yorkshire in 1967 and grew up in Ossett, near Wakefield, where his parents were primary schoolteachers. Since 1994, however, he has lived in Tokyo - "it's probably helped that, for the most part, I have Yorkshire as was, not as is, in my head" - and the first book he bought in Japan instructively illustrated the potential of multiple viewpoints.

"I didn't know too much about Tokyo before I arrived, but I had seen Kurosawa's film version of Ryunosuke Akutagawa's "Rashômon" and so bought the author's collected stories. But the one that really caught my eye was not "Rashômon"; it was called "In a Grove", which is essentially an account of a rape and murder told from six different and conflicting perspectives. It's stayed with me ever since."

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Peace published his first book set in Japan last year. Tokyo Year Zero is the first part of a trilogy based on infamous crimes in war-devastated Tokyo in 1945. There were a lot of false starts with the Tokyo books, largely because recent Yorkshire history kept impinging on him. "The way it works is that I have these boxes full of research that get bigger and bigger and nearer to my desk. Tokyo was pushed out of the way by Brian Clough."

He has "at least" five books already planned for the future, on subjects ranging from the plot to overthrow Harold Wilson and the rise of Thatcherism to the Yorkshire and England cricketer Geoffrey Boycott, as well as a return to the Yorkshire Ripper story - "which is actually not really about him, but more about the general harrowing of the north".

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«Roger-Pol Droit : Claude Lévi-Strauss, théoricien bigarré